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"L'Ange de la Mort" d'Auschwitz : la Suisse va ouvrir des dossiers secrets sur Joseph Mengele, relançant les interrogations autour du nazi fugitif

La Suisse va ouvrir des archives longtemps tenues secrètes sur Josef Mengele. Une décision qui relance les questions sur un possible passage du criminel nazi en territoire helvétique après la guerre.

De gauche à droite, Josef Kramer, Josef Mengele, Richard Baer, Karl Hoecker

Crédit : AFP PHOTO/Holocaust Memorial Museum

Jérémy Descours

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Après des décennies de secret, la Suisse va finalement ouvrir les archives de ses services de renseignement consacrées à Josef Mengele, le médecin nazi surnommé "l'Ange de la Mort". Une décision qui ravive les interrogations sur les possibles passages du criminel de guerre en territoire helvétique après la Seconde Guerre mondiale.

Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) a annoncé, le 3 mai 2026, qu'il accorderait désormais un accès "libéral" au dossier Mengele, jusque-là frappé d'un délai de protection prolongé jusqu'en 2071.

Comme le révèle le média suisse Le Temps, ces archives avaient systématiquement été refusées aux historiens au nom de la sécurité nationale et de la protection des sources. Cette ouverture des archives intervient après le combat mené par l'historien suisse Gérard Wettstein, qui avait contesté devant la justice les refus répétés des autorités. 

Derrière cette affaire, une question obsède les historiens depuis des décennies : Josef Mengele est-il revenu secrètement en Suisse alors qu'il était déjà recherché pour crimes contre l'humanité ?

Mengele a-t-il continué à voyager en Europe ?

Dans une longue enquête publiée par la BBC, plusieurs historiens rappellent que le médecin d'Auschwitz avait déjà séjourné officiellement en Suisse en 1956 pour des vacances au ski avec son fils Rolf. À l'époque, il vivait sous une fausse identité après avoir fui l'Europe grâce à des documents de voyage obtenus auprès de la Croix-Rouge au consulat suisse de Gênes.

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La véritable énigme concerne toutefois les années suivantes. L'historienne suisse Regula Bochsler a découvert qu'en 1961, les services de renseignement autrichiens avaient averti la Suisse que Mengele voyageait sous un faux nom et pourrait se trouver sur son territoire. Dans le même temps, son épouse avait loué un appartement discret dans la banlieue de Zurich, à proximité de l'aéroport international.

Regula Bochsler a également pu consulter des documents de la police zurichoise montrant que cet appartement avait été placé sous surveillance. Les enquêteurs avaient notamment observé Mme Mengele en compagnie d'un homme jamais identifié. Était-ce Josef Mengele lui-même ? Impossible à dire.

"Tout le monde dira qu'ils ont quelque chose à cacher"

Pour de nombreux historiens, le maintien du secret pendant près de soixante ans a surtout alimenté les théories du complot. "Tant qu'ils resteront fermés jusqu'en 2071, tout le monde dira qu'ils ont quelque chose à cacher", a déclaré Gérard Wettstein à la BBC.

D'autres spécialistes, comme Jakob Tanner, ancien membre de la Commission Bergier, estiment que cette affaire révèle surtout le rapport compliqué de la Suisse à son passé pendant la Seconde Guerre mondiale. Le pays reste marqué par les polémiques sur les réfugiés juifs refoulés à la frontière ou encore sur les fonds déposés dans les banques suisses par des familles victimes de la Shoah.

Le Service de renseignement de la Confédération prévient toutefois que l'accès aux documents ne sera pas total. Certaines pièces pourraient être expurgées afin de protéger des sources ou d'éventuels échanges avec des services étrangers, notamment le Mossad israélien, qui traquait activement les anciens nazis dans les années 1960.

Les expériences de "l'Ange de la Mort" à Auschwitz

Josef Mengele n'a jamais été jugé. Médecin SS à Auschwitz, il sélectionnait les déportés envoyés dans les chambres à gaz et menait des expériences sordides pseudo-scientifiques sur des prisonniers, notamment des enfants et des jumeaux. Dans ce camp de concentration et d'extermination nazi, environ 1,1 million de personnes ont été assassinées, dont près d'un million de Juifs.

Réfugié en Amérique du Sud après la guerre, il est mort au Brésil en 1979 sous une fausse identité. Son corps ne sera formellement identifié par ADN qu'en 1992.

Reste désormais à savoir ce que contiennent réellement les archives suisses. Et surtout si elles permettront enfin de répondre à une question qui hante historiens et survivants depuis des décennies : la Suisse a-t-elle servi de refuge discret à l'un des criminels nazis les plus recherchés du 20e siècle ?

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