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Kenya : des espions turcs "capturent" le neveu d'un ennemi d'Erdogan

Selahaddin Gülen, neveu de Fethullah Gülen, a été interpellé par des agents de l'Organisation nationale du renseignement et rapatrié en Turquie.

Recep Tayyip Erdogan, le 27 mai 2021.
Recep Tayyip Erdogan, le 27 mai 2021.
Crédit : Turkish Presidency / Murat Cetin / ANADOLU AGENCY / Anadolu Agency via AFP
Florine Boukhelifa
Journaliste

Son épouse affirme qu'il a été "capturé". Les services de renseignement turcs ont interpellé à l'étranger un neveu du prédicateur Fethullah Gülen, bête noire du président Recep Tayyip Erdogan, ont rapporté lundi 31 mai des médias. Selahaddin Gülen a été rapatrié en Turquie par des agents de l'Organisation nationale du renseignement (MIT), a rapporté l'agence de presse étatique Anadolu, sans dire dans quel pays l'arrestation s'était déroulée.

Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux le 20 mai, son épouse a affirmé qu'ils vivaient tous les deux au Kenya et qu'elle était sans nouvelles depuis le 3 mai de son mari, qui enseignait dans une école à Nairobi. Des personnes et médias liés au mouvement de Fethullah Gülen ont eux aussi déclaré sur les réseaux sociaux que Selahaddin Gülen avait été "kidnappé" au Kenya, et lancé une campagne appelant à sa libération.

Selahaddin Gülen est accusé par les autorités turques d'appartenir à l'"organisation terroriste Fetö", un acronyme qu'Ankara utilise pour désigner le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen. Le président turc, autrefois allié à Fethullah Gülen, le décrit aujourd'hui comme un "chef terroriste" et l'accuse d'avoir ourdi contre lui une tentative de coup d'État en juillet 2016. Le prédicateur, qui réside aux États-Unis, affirme être à la tête d'un réseau pacifique d'ONG et d'entreprises et nie toute implication dans la tentative de putsch.

Des opposants traqués au quatre coins du monde

Depuis le putsch manqué, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées et plus de 140.000 limogées ou suspendues de leurs fonctions dans le cadre de purges d'une ampleur sans précédent dans l'histoire de la Turquie. Ankara traque également les membres présumés du réseau de Fethullah Gülen à l'étranger et affirme avoir "rapatrié" plusieurs dizaines de personnes depuis 2016, quitte à susciter des remous.

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En 2018, l'enlèvement au Kosovo de six ressortissants turcs par des agents du MIT, accusés de liens avec Fethullah Gülen, avait provoqué une crise politique dans ce pays et conduit au limogeage du ministre de l'Intérieur et du chef du renseignement. Par ailleurs, Ankara fait pression sur de nombreux pays, notamment des Balkans, d'Asie centrale et d'Afrique pour qu'ils ferment les écoles liées au mouvement "guléniste".

Le Kenya avait refusé en 2016 de fermer six établissements malgré l'insistance d'Ankara. Il n'était pas clair dans l'immédiat si la "capture" de Selahaddin Gülen s'est faite avec l'accord des autorités kényanes. En 1999, le pays avait déjà été le théâtre d'une spectaculaire opération des services turcs qui y avaient arrêté le dirigeant du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) Abdullah Ocalan, aujourd'hui emprisonné en Turquie.

"Nous allons bientôt annoncer la capture d'un membre très important de Fetö. Il est entre nos mains", avait déclaré Recep Tayyip Erdogan le 19 mai, vraisemblablement en référence à Selahaddin Gülen.

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