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Inde : tout comprendre à la colère des agriculteurs, en grève depuis novembre

ÉCLAIRAGE - De nombreux agriculteurs indiens campent depuis novembre sur les principaux axes routiers aux portes de New Delhi pour protester contre des réformes agricoles du gouvernement de Narendra Modi. Mardi, des milliers d'entre eux ont envahi la capitale, donnant un tour violent à leur mouvement.

Des manifestants se tenant sur les remparts du Fort Rouge, à New Delhi, le 26 janvier 2021.
Des manifestants se tenant sur les remparts du Fort Rouge, à New Delhi, le 26 janvier 2021. Crédit : Sajjad HUSSAIN / AFP
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Thomas Pierre et AFP

Mardi, ils étaient des milliers à prendre d'assaut le Fort rouge de New Delhi. Peu avant, ces agriculteurs étaient entrés, certains sur des tracteurs, dans la capitale indienne pour protester contre des réformes agricoles du gouvernement de Narendra Modi. Pour la plupart, venus de l'Etat du Punjab (nord), ces manifestants campent depuis novembre sur les principaux axes routiers aux portes de la ville. 

Quelles sont les raisons de leur colère ? Le poids du secteur agricole est considérable dans le pays, assurant la subsistance de près de 70% de 1,3 milliard d'habitants, et contribuant à environ 15% du PIB. La "révolution verte" des années 70 a permis à l'Inde, pourtant régulièrement confrontée à des pénuries alimentaires, de devenir un pays excédentaire, aujourd'hui important exportateur.

Sécheresse, inondations... La réalité des agriculteurs indiens est pourtant tout autre. L'agriculture est confrontée à des conditions météorologiques de plus en plus erratiques en raison du changement climatique. En outre, les agriculteurs croulent sous le poids de l'endettement et plus de 300.000 d'entre eux se sont suicidés depuis les années 1990. Selon de récentes données officielles, quelque 10.300 agriculteurs ont mis fin à leurs jours en 2019.

Quelles promesses faites par Modi ?

Les différents gouvernements indiens ont toujours fait de grandes promesses aux agriculteurs, qui constituent une cible électorale cruciale, et Narendra Modi n'a pas fait exception, leur promettant de doubler leurs revenus d'ici 2022. En septembre, le parlement a ainsi voté des lois autorisant les agriculteurs à vendre leurs productions aux acheteurs de leur choix, plutôt que de se tourner exclusivement vers les marchés contrôlés par l'État.

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Modi a déjà rencontré quelques écueils depuis son premier mandat mais ils n'ont pas empêché sa large réélection en 2019. Des mois de contestations d'une loi litigieuse sur la citoyenneté fin 2019 ont abouti à des émeutes sectaires à New Delhi en février 2020.

Des agriculteurs "anti-nationaux" ?

Dépeindre les agriculteurs comme "anti-nationaux", comme cela s'est produit en 2019, pourrait se retourner contre le gouvernement, car ils bénéficient d'un large soutien parmi la population. Et si le Premier ministre a bien tenté de minimiser l'impact du mouvement agricole actuel, jugeant les agriculteurs trompés par "les informations erronées" d'une opposition opportuniste, la gronde des agriculteurs ne peut être traitée à la légère. 

Ignorer leurs appels pourrait écorner l'image de champion des pauvres que s'est composée Modi. Mais les émeutes de mardi, Jour de la République, ont pris au dépourvu les syndicats. "En ce moment, les agriculteurs se retrouvent en position de faiblesse à cause des incidents qui se sont produits", estime Parsa Venkateshwar Rao, un analyste politique basé à New Delhi, jugeant qu'"en terme de perception du public, la violence a nui à leur cause".

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