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Des cargos au large de Fujairah, ville des Emirats Arabes Unis, dans le détroit d'Ormuz.
Crédit : Giuseppe CACACE / AFP
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Au cœur de la guerre qui secoue le Moyen-Orient, le détroit d'Ormuz s'est révélé aux yeux du monde comme l'un des points névralgiques du commerce mondial. Ce passage maritime étroit, situé entre l'Iran et Oman, voit transiter près de 20 millions de barils de pétrole par jour, soit environ 20% de la consommation mondiale. Une part importante du gaz naturel liquéfié, notamment en provenance du Qatar, y circule également à destination des marchés asiatiques comme la Chine, l'Inde, le Japon ou la Corée du Sud.
Ce corridor maritime est d'autant plus stratégique qu'il dessert les exportations d'une grande partie des pays producteurs du Golfe ( Arabie saoudite, Iran, Irak, Koweït, Émirats arabes unis ou encore Qatar) qui comptent parmi les principaux fournisseurs d'énergie de la planète. Par endroits large d'à peine une cinquantaine de kilomètres, il est considéré comme particulièrement vulnérable, comme le prouve la situation actuelle.
Sa fermeture, depuis le 1er mars 2026, fait donc peser un risque majeur sur les chaînes d'approvisionnement mondiales. Plusieurs grands armateurs ont déjà ordonné à leurs navires de se mettre à l'abri ou d'éviter la zone. Des experts parlent même d'un "gel sans précédent" du commerce maritime dans cette région, une situation inédite puisque même lors de la guerre Iran-Irak ou de la guerre du Golfe, le passage n'avait jamais été totalement interrompu.
Mais existe-t-il des accès pour contourner ce détroit d'Ormuz ? Comment s'organisent les entreprises de transport maritime et les fournisseurs de pétrole ou de gaz pour maintenir leurs activités malgré ce blocage stratégique ?
Dans les faits, ces alternatives existent mais elles restent limitées. Pour transporter du pétrole, du gaz ou d'autres marchandises, certains pays misent sur des pipelines terrestres, véritables artères stratégiques capables de contourner partiellement le détroit.
C'est notamment le cas de l'Arabie saoudite qui dispose d'un pipeline est-ouest capable d'acheminer le pétrole du Golfe vers la mer Rouge. De leur côté, les Émirats arabes unis exploitent un oléoduc reliant les champs d'Abou Dhabi au port de Fujairah, sur le golfe d'Oman.
Mais ces infrastructures ne peuvent absorber qu'une partie du trafic habituel. Selon les experts, elles ne permettraient de détourner qu'une fraction des flux qui transitent normalement par le détroit d'Ormuz.
Pour le transport maritime des marchandises, les solutions passent surtout par une réorganisation logistique. C'est ce que décrit Rodolphe Saadé, patron du géant français CMA-CGM, dans un entretien au Figaro ce jeudi 12 mars. "Aujourd'hui, nous avons une quinzaine de nos bateaux bloqués dans ce détroit", explique-t-il.
Face à cette situation, l'armateur a dû improviser en quelques jours des routes alternatives pour continuer à desservir les pays du Golfe. "Comme on ne peut pas entrer dans le golfe arabo-persique, on décharge la marchandise venue d'Asie au port de Khor Fakkan à Sharjah, un des sept Émirats arabes unis juste avant le détroit d'Ormuz. Après, nous acheminons les produits par train ou par camion dans les pays de la zone (Qatar, Bahreïn, Koweït, etc.)", détaille-t-il.
Le groupe utilise également un autre corridor pour contourner le blocage maritime. Les marchandises venues d'Asie sont déchargées au port saoudien de Djeddah, sur la mer Rouge, avant d'être acheminées par voie terrestre vers les États du Golfe. "Nous déchargeons la marchandise à Djeddah. Et de Djeddah, ça repart par camion ou par rail vers les pays du Golfe", résume Rodolphe Saadé.
L'objectif est clair : maintenir les flux commerciaux malgré la fermeture d'Ormuz en multipliant ces "corridors logistiques" combinant transport maritime et terrestre.
La crise autour du détroit d’Ormuz pousse donc les armateurs et certains États à chercher des routes logistiques alternatives afin de maintenir les flux commerciaux. Ces corridors logistiques multimodaux permettent de contourner les zones de conflit, mais ils restent plus coûteux et plus lents, notamment en raison des ruptures de charge et de l'allongement des distances.
Dans certains cas, le contournement passe par exemple par de longs détours maritimes. Depuis les attaques des rebelles houthis en mer Rouge, de nombreuses compagnies maritimes ont déjà évité le canal de Suez et choisi de contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance, ce qui rallonge les trajets de plusieurs jours voire semaines.
En somme, contourner Ormuz est possible, mais au prix d'une logistique complexe et de coûts supplémentaires. Ce qui explique pourquoi ce détroit demeure, malgré toutes les alternatives envisagées, l'un des points de passage les plus stratégiques de la planète.
Face aux périls qui se profilent avec l'enlisement de son blocage, l'Organisation maritime internationale (OMI), l'agence des Nations unies chargée de la sécurité du transport maritime, a annoncé ce jeudi 12 mars la convocation d'une réunion extraordinaire les 18 et 19 mars.
Cette session, demandée par plusieurs États membres, doit examiner les conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur la navigation et la sécurité des marins, "en particulier dans et autour du détroit d'Ormuz".
Dans le même temps, les autorités iraniennes ont affiché une position très ferme : les Gardiens de la Révolution ont promis, ce jeudi, de maintenir le détroit fermé, après un appel en ce sens du nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei.
"En réponse à l'ordre du commandant en chef, nous porterons les coups les plus sévères à l'agresseur ennemi tout en maintenant fermé le détroit d'Ormuz", a déclaré sur X le commandant des forces navales iraniennes, Alireza Tangsiri.
De son côté, Donald Trump a affirmé ce mercredi qu'"une grande sécurité" serait bientôt rétablie dans le détroit d'Ormuz. Faut-il y voir un signe d'une réouverture prochaine du détroit ? Rien n'est moins sûr.
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