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Trafic maritime bloqué, explosions des assurances maritimes : comment la guerre en Iran paralyse le détroit d'Ormuz

L'opération menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran a paralysé le détroit d’Ormuz, passage clé du commerce pétrolier mondial. Trafic maritime bloqué, prix du pétrole en hausse et explosion des coûts d’assurance bouleversent l’économie internationale.

Un bateau pétrolier (photo d'illustration)

Crédit : GIUSEPPE CACACE / AFP

Eléonore Aparicio

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Dans le détroit d'Ormuz, passage stratégique par lequel transite près d'un cinquième du pétrole mondial, la guerre opposant l'Iran aux États-Unis et à Israël a transformé l'une des routes maritimes les plus fréquentées au monde en zone de danger pour les navires marchands. Situé entre l'Iran et Oman, ce détroit est devenu une zone de confrontation directe, provoquant un effondrement brutal du trafic maritime dans la zone. Dimanche, le prix du baril de pétrole a dépassé les 100 dollars, une première depuis 2022, après l'invasion russe en Ukraine. 

Dans les jours qui ont suivi le début des hostilités, l'Iran a annoncé que le passage était fermé et a menacé d'attaquer tout navire tentant de le traverser. Les attaques et incidents se sont multipliés. Selon les données compilées par Reuters et par les autorités maritimes, au moins cinq pétroliers ont été endommagés par des drones, missiles ou des explosions et au moins deux marins ont été tués dans ces incidents.

>> EN DIRECT - Guerre en Iran : Emmanuel Macron affirme préparer une future mission "purement défensive" pour rouvrir le détroit d'Ormuz

Les données de suivi montrent qu’au moins 200 navires, dont des pétroliers et des méthaniers, sont restés immobilisés dans le Golfe persique ou dans les eaux voisines, attendant une amélioration de la situation sécuritaire avant de tenter de passer. Certains équipages sont restés bloqués pendant plusieurs jours dans une zone où des explosions et des frappes étaient signalées à proximité.

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Seuls quelques navires seraient parvenus à traverser la zone au cours des premiers jours de la crise. Ces passages restent toutefois exceptionnels et représentent une fraction minime du trafic normal. En temps normal, 110 bâtiments franchissent le détroit d'Ormuz. 

Selon Bloomberg, des hauts responsables des compagnies d’énergie publiques chinoises ont indiqué que les autorités tentaient de garantir que l’Iran n’attaque pas les navires transportant du pétrole et du gaz à destination de la Chine.

L'explosion du coût des assurances maritimes

La crise a également provoqué une explosion du coût de l’assurance maritime. Les assurances contre les risques de guerre, indispensables pour naviguer dans une zone de conflit, ont été suspendues par certains assureurs ou renégociées à des niveaux beaucoup plus élevés. Selon des courtiers cités par le Financial Times, le coût de l’assurance pour un navire traversant le détroit a été multiplié par douze en quelques jours. Les primes peuvent désormais atteindre environ 3 % de la valeur totale du navire et de sa cargaison, contre environ 0,25 % avant le début de la guerre. 

Cette hausse massive rend la traversée extrêmement coûteuse pour les armateurs. Pour un très grand pétrolier, cela peut représenter plusieurs millions de dollars pour un seul passage. Dans certains cas, les assureurs ont même annulé leurs couvertures existantes avant de proposer de nouveaux contrats à des tarifs reflétant le niveau de risque actuel.

Le détroit d'Ormuz est également classé "zone d'opérations de guerre" depuis jeudi 5 mars, tout comme le Golfe persique et le Golfe d'Oman. Les marins ont à présent la possibilité d'exercer leur droit de retrait et de demander à être rapatriés aux frais de l'armateur. Une évacuation qui dans les faits, semble compliquée à mettre en place. 

La piste des assurances publiques

Dans ce contexte, les États-Unis cherchent à relancer la circulation dans le détroit en proposant un système d’assurances publiques et en envisageant des escortes navales pour les pétroliers. Washington a annoncé un programme de réassurance maritime pouvant atteindre 20 milliards de dollars pour couvrir les pertes des navires dans le Golfe. 

"Avec effet immédiat, j’ai ordonné à la United States Development Finance Corporation (DFC) de fournir, à un prix très raisonnable, une assurance contre le risque politique ainsi que des garanties pour la sécurité financière de tout le commerce maritime, en particulier l’énergie, transitant par le Golfe", a écrit Donald Trump sur Truth Social. 

La sécurisation de la zone, et la nécessité de préserver la liberté de navigation en mer Rouge, sont également au coeur des priorités affichées par la France qui a annoncé par la voix d'Emmanuel Macron ce lundi 9 mars préparer une future mission défensive avec ses partenaires afin de rouvrir ce nœud stratégique du commerce mondial.

L’objectif est de rassurer les armateurs et de permettre la reprise du trafic dans l’une des routes énergétiques les plus importantes de la planète. Mais tant que les hostilités se poursuivent et que les navires restent exposés aux attaques, plusieurs experts du transport maritime interrogés par Reuters estiment que le détroit d’Ormuz restera une zone extrêmement risquée pour le commerce international.

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