4 min de lecture Russie

Google, Facebook, Reddit : ces géants d'Internet que la Russie censure

Wikipédia censuré pour un article sur le cannabis, Facebook menacé de fermeture... Depuis plusieurs mois, la Russie multiplie les mesures de contrôle à l'égard des grandes figures du web.

Mèmes interdits, sites et réseaux sociaux censurés...le gouvernement russe ne lâche pas d'une semelle les internautes (illustration).
Mèmes interdits, sites et réseaux sociaux censurés...le gouvernement russe ne lâche pas d'une semelle les internautes (illustration). Crédit : ALEXANDER ZEMLIANICHENKO / POOL / AFP
Camille Kaelblen
Camille Kaelblen
Journaliste

Non, internet libre n'est pas vraiment le meilleur ami de la Russie. Depuis mi-août, le Kremlin a repris son bras de fer avec les internautes irrévérencieux. Et c'est cette fois-ci Reddit, le plus grand forum internet du monde, qui se retrouve bloqué par le gouvernement. La raison de cet embargo : un des articles figurant sur le site, datant pourtant de plus de deux ans, qui portait sur la culture des champignons hallucinogènes.

Reddit : "banni"

Le 12 août, l'organe de contrôle des télécommunications russe Roskomnadzor publie un message demandant aux responsables de Reddit de supprimer l'article, jugé inapproprié. "Nous supposons que ce site a simplement été mal géré pendant la période des vacances mais cela n'est pas une excuse pour risquer de perdre toute son audience en Russie", pouvait-on ainsi lire sur le compte officiel VKontakte - l'équivalent russe de Facebook- de l'organe de contrôle. Avec, en guise d'image d'illustration, le logo de Reddit barré par la mention "Wanted". 

"La page du site Reddit a été fermée aux internautes", indiquait le compte Twitter de l'agence de contrôle des télécommunications Roskomnazdor. Sans réaction de la part de Reddit, le Roskomnazdor met à exécution ses menaces. Pendant deux jours, Reddit est totalement fermé aux internautes russes. Le forum finit finalement par supprimer le contenu problématique et l'organe de contrôle russe rouvre alors le site sur son territoire.

Les "mèmes" interdits

Pour la Russie, cette stratégie musclée consiste sans doute à démontrer l'efficacité de sa censure face aux utilisateurs peu respectueux de l'image du régime. Une stratégie dont le pays est déjà plus que familier. En avril 2015, c'était aux mèmes, autres symboles de la culture internet, que l'agence s'attaquait. Ces images d'acteurs, d'animaux ou de simples anonymes reprises en masse par les internautes et détournées avec des slogans, font rire le monde entier... à l'exception de la Russie. Le pouvoir ne voit sans doute pas d'un œil bienveillant les milliers de détournements de Vladimir Poutine torse nu, chevauchant un cheval et pêchant en pleine campagne.

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Qu'à cela ne tienne pour les internautes dissidents, si le mème n'a plus sa place en Russie, il peut toujours s'exporter ailleurs. C'est ainsi que le compte Twitter RuNet Memes voit le jour. Créé par des journalistes de Global Voices, un réseau international de blogueurs et citoyens journalistes, ce compte rassemble les mèmes créés par les internautes russes en signe de protestation contre la censure et les rend publics et visibles au reste du monde. 

Mais si certains internautes continuent à moquer leur gouvernement via des moyens détournés, beaucoup de Russes ne seraient en fait pas franchement opposés une censure d'Internet. Selon une enquête relayée par le site Rue89 et menée conjointement par un institut de sondage russe et un centre de recherche américain en février 2015, le discours de Poutine visant à "protéger" l'internet russe séduirait la moitié des Russes. Le gouvernement serait en fait le meilleur régulateur possible d'internet selon 49% des sondés. Des chiffres qui mettent en lumière le positionnement très contrasté des Russes à l'égard du web.

Google, Facebook et Twitter contraints à l'auto-censure

Mais Reddit est loin d'être le réseau social à faire les frais de la loi russe. En mai 2015, le Roskomnadzor lance également un ultimatum des plus sévères à Google, Facebook et Twitter. Ils devront désormais censurer certaines pages de leurs utilisateurs, s'ils ne veulent pas se retrouver bannis de cet immense marché de 80 millions d'internautes.

Pour appuyer cette décision, l'agence invoque la "loi sur les blogueurs", mise en place en 2014 et qui interdit l'anonymat des blogueurs et autres internautes ayant une influence sur la population par leurs écrits. Résultat : Facebook, Google et Twitter doivent supprimer l'accès aux pages lus plus de 3.000 fois par jour et rédigées par des anonymes. Si les trois géants du web refusent de se plier à cette loi, ils encourent une suspension de l'accès à leurs services de 30 jours.

Wikipedia, seul géant à contre-attaquer

En mai 2015, l'organe de contrôle des communications du Kremlin s'attaque à Wikipédia, l'encyclopédie en ligne participative. La raison invoquée : une page expliquant ce qu'est le "charas", un type de cannabis. Le Roskomnadzor menace alors Wikipedia de fermer entièrement l'accès au site sur son territoire s'il ne supprime pas l'entrée vers cette page. 

Mais Wikipédia ne se laisse pas faire. Le 22 août, la fondation Wikimedia, qui édite l'encyclopédie libre, annonce qu'elle refuse de céder aux pressions du Kremlin, prenant ainsi le risque de devenir inaccessible aux millions d'internautes russes. "Wikimedia est une encyclopédie universelle et toutes les informations publiées dessus ont des références vers différentes sources", affirme ainsi Stanislav Kozlovskiy, le directeur de Wikimedia Russie, à l'agence de presse russe RBC News.

Contrairement à tous les autres sites à vocation internationale, Wikipédia ne met pas en place de filtrage géographique pour se conformer aux lois nationales, explique le site d'informations Numérama. Une philosophie qui se réclame de l'universalisme mais qui permet au final à l'encyclopédie participative de se ranger bien plus du côté américain que du côté russe. Reste désormais à savoir si le Kremlin mettra sa menace à exécution contre Wikipédia, auquel cas ce sont 80 millions de russes qui pourraient être privés d'accès à l'encyclopédie en ligne.

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