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"Éviter tout risque de propagation" : comment s'organisent les évacuations sanitaires des cas suspects d'hantavirus

Après la détection de cas suspects d'hantavirus à bord du MV Hondius, les autorités ont engagé une série d'évacuation médicalisée depuis le Cap-Vert et Tenerife. Le navire doit arriver lundi aux Canaries. Les passagers malades ou cas contacts font l'objet d'un suivi renforcé, dans un dispositif coordonné à l'échelle européenne.

Le bateau de croisière MV Hondius au large du Cap-Vert le 6 mai 2026

Crédit : AFP

Hantavirus : Anaïs Legand, experte à l'OMS, est l'invitée de Jérôme Florin

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Comment s'organisent les évacuations sanitaires des cas suspects d'hantavirus

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Hantavirus : comment un navire de croisière est devenu un foyer d'infection

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Qu'est-ce que l'hantavirus ?

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DOCUMENT RTL - Un couple de Français, présent à bord du navire de croisière touché par un hantavirus, témoigne

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AFP - édité par Jérémy Descours

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Le navire de croisière MV Hondius est devenu en quelques jours le centre d'une alerte sanitaire internationale. Parti d'Ushuaïa, en Argentine, pour une expédition dans l'Atlantique Sud, le bateau fait désormais route vers Tenerife, aux Canaries, après la détection de plusieurs cas d'hantavirus à bord. 

Trois décès ont déjà été recensés et plusieurs passagers ont été évacués par avions médicalisés vers différents pays européens. Face au risque de transmission du virus des Andes - une souche rare capable de se transmettre d'humain à humain - les autorités sanitaires européennes et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) ont déclenché une vaste opération de coordination. 

Objectif : isoler les cas suspects, organiser les rapatriements et "éviter tout risque de propagation", selon les mots du ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot sur RTL, ce jeudi 7 mai. 

Une opération sanitaire sous haute surveillance

Depuis plusieurs jours, l'OMS, les autorités espagnoles et plusieurs États européens coordonnent l'évacuation progressive des passagers considérés comme malades, cas contacts ou potentiellement exposés.

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Le MV Hondius, qui transporte 88 passagers et 59 membres d'équipage de 23 nationalités, a interrompu sa croisière après l'apparition d'un foyer d'infection particulièrement sensible. Huit cas ont été signalés à ce stade, dont cinq confirmés comme étant liés à l'hantavirus et trois considérés comme suspects. Trois personnes sont mortes depuis le début de l'expédition : un couple néerlandais et une ressortissante allemande.

Le navire, actuellement en route vers Tenerife, doit arriver aux Canaries avant le début des évacuations sanitaires prévues lundi 11 mai. Les autorités espagnoles ont déjà annoncé que le bateau ne devrait pas accoster directement au port. Il restera au large avant que les passagers soient transférés par petites embarcations vers des dispositifs médicaux et des avions sanitaires spécialement mobilisés.

Pourquoi les autorités redoutent-elles cette souche de l'hantavirus ?

L'inquiétude des autorités tient principalement à la souche identifiée à bord : le virus Andes. Comme l'a rappelé dans RTL Midi Anaïs Legand, experte de l'OMS spécialiste des épidémies, cette variante est actuellement "le seul hantavirus connu capable de transmission de personne à personne". 

Même si les spécialistes se veulent rassurants sur son niveau de contagiosité, bien inférieur à celui du Covid-19, cette caractéristique impose des protocoles sanitaires particulièrement stricts.

Selon les investigations menées par l'OMS, la contamination initiale aurait probablement eu lieu avant l'embarquement. Le premier passager décédé présentait des symptômes quelques jours seulement après le départ du navire, alors que la période d'incubation du virus peut durer jusqu'à six semaines.

"On ne soupçonne absolument pas une première transmission qui viendrait du bateau", explique Anaïs Legand. Les autorités pensent qu'un passager aurait embarqué alors qu'il était déjà en incubation, avant qu'une transmission secondaire n'intervienne ensuite à bord dans cet environnement clos.

Des évacuations médicalisées

Deux membres d'équipage malades - un Britannique et une Néerlandaise - ainsi qu'un cas contact asymptomatique ont déjà été évacués, le 6 mai, du bateau puis embarqués à bord de vols médicalisés au départ de la capitale du Cap-Vert, Praia.

Un premier appareil a atterri à Amsterdam. L'un des patients y a été pris en charge au centre hospitalier universitaire de Leyde, spécialisé dans les maladies infectieuses à haut risque. Un second vol a rejoint l'aéroport de Grande Canarie avant qu'un transfert coordonné entre les autorités espagnoles et allemandes ne soit organisé vers un hôpital en Allemagne.

Parallèlement, les autorités suisses ont confirmé qu'une autre personne évacuée du navire était hospitalisée à Zurich pour une infection à l'hantavirus. Ces rapatriements nécessitent une organisation logistique extrêmement lourde : personnels équipés de protections renforcées, isolement des patients durant les vols, circuits médicaux dédiés et coordination constante entre les différents pays impliqués.

Comment fonctionne une évacuation sanitaire en cas de risque infectieux ?

Les opérations mises en place autour du MV Hondius s'appuient sur des protocoles proches de ceux utilisés lors d'épidémies à haut risque. En France, ce type de dispositif repose notamment sur le Corruss (le Centre opérationnel de régulation et de réponse aux urgences sanitaires) en lien avec le Samu, Santé publique France et les autorités européennes.

Les patients potentiellement contagieux sont transportés dans des avions sanitaires spécialement aménagés afin de limiter toute contamination. Les soignants utilisent des équipements de protection comparables à ceux déployés contre Ebola : combinaisons intégrales, lunettes de protection, masques filtrants et procédures de décontamination strictes.

Jean-Noël Barrot a expliqué, jeudi sur RTL, que les autorités françaises travaillaient avec l'OMS "pour définir les protocoles permettant de sécuriser les personnes et éviter tout risque de propagation". Chaque pays applique ensuite ses propres règles sanitaires, même si l'ensemble des opérations s'inscrit dans le cadre du Règlement sanitaire international de l'OMS.

Que vont devenir les passagers considérés comme cas contact ?

Les passagers non contaminés restent eux aussi sous surveillance étroite. Tous les voyageurs présents à bord sont désormais identifiés, suivis et tracés afin de détecter rapidement l'apparition d'éventuels symptômes pendant toute la durée d'incubation du virus.

En France, cinq ressortissants ont été recensés à bord du navire. Selon Jean-Noël Barrot, ils "se portent bien', même si l'un d'entre eux est considéré comme cas contact après avoir voyagé avec une personne infectée.

Le ministère de la Santé prépare actuellement un protocole spécifique de rapatriement et d'isolement. Les autorités envisagent plusieurs scénarios : confinement strict à domicile ou prise en charge hospitalière selon le niveau d'exposition et l'apparition éventuelle de symptômes.

L'Institut Pasteur rappelle que la période d'incubation de l'hantavirus peut varier d'une à six semaines. Certains passagers pourraient donc être isolés pendant plus d'un mois.

Une situation jugée "sous contrôle" malgré le risque de nouveaux cas

Même si l'OMS estime que "d'autres cas sont possibles", les autorités sanitaires insistent sur le fait que le risque d'épidémie mondiale reste faible.

"Ce n'est pas le début d'une pandémie", a assuré Maria Van Kerkhove, responsable de la prévention des épidémies à l'OMS. L'organisation estime que le foyer devrait rester "limité" si les mesures sanitaires sont correctement appliquées.

Les autorités surveillent désormais particulièrement les passagers descendus à terre lors d'une escale à Sainte-Hélène entre le 22 et le 24 avril. Une trentaine de voyageurs y avaient débarqué, poussant plusieurs pays à déclencher des mesures de suivi sanitaire et d'isolement préventif.

À Singapour, au Royaume-Uni ou encore au Danemark, plusieurs passagers ayant quitté le navire ont déjà été placés en quarantaine ou en auto-isolement.

Malgré les inquiétudes, plusieurs croisiéristes décrivent une atmosphère relativement calme à bord du navire. Deux Français présents sur le MV Hondius ont assuré, jeudi sur RTL, qu'""il n'y avait pas de panique du tout", même si tous attendent désormais le début des évacuations sanitaires prévues aux Canaries.

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