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Hantavirus, Covid-19, norovirus... Pourquoi les bateaux de croisière sont des lieux idéaux pour les virus

Espaces confinés, promiscuité, population vulnérable… Les bateaux de croisière cumulent les facteurs favorisant la propagation de virus. L’épisode récent d’hantavirus à bord du MV Hondius rappelle à quel point ces "villes flottantes" peuvent devenir des foyers épidémiques, même pour des maladies habituellement rares.

Trois cas suspects à bord du bateau de croisière MV Hondius, foyer d'hantavirus, ont débarqué au Cap-Vert le 6 mai 2026.

Crédit : AFP

Yasmine Boutaba

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Si les croisières sont perçues comme des vacances idéales, leur fonctionnement même en fait des environnements à risque sur le plan sanitaire. Un navire de croisière fonctionne comme une ville miniature où des centaines, voire des milliers de personnes partagent les mêmes espaces de vie pendant plusieurs jours : restaurants, cabines, ascenseurs, théâtres ou encore systèmes d’eau.

Une organisation qui favorise mécaniquement la circulation des agents pathogènes. Une infection introduite à bord peut rapidement se diffuser d’un espace à l’autre, portée par les interactions sociales, les surfaces partagées ou encore l’air ambiant. Les virus respiratoires comme le COVID-19 ou la grippe exploitent particulièrement ces espaces clos, tandis que des agents comme le norovirus (à l'origine des grastro-entérites) se propagent via les aliments ou les surfaces contaminées.

Depuis le 11 avril, trois passagers, un couple néerlandais et une Allemande, sont décédés de l'hantavirus à bord du navire MV Hondius, selon l’OMS, qui a recensé plusieurs autres cas. Mais l’exemple du Diamond Princess reste le plus emblématique : lors de l’épidémie de COVID-19 en 2020, plus de 700 personnes avaient été contaminées à bord, illustrant la rapidité de diffusion d’un virus dans un tel environnement.

Confinement, ventilation et promiscuité : les trois facteurs clés

Contacté par RTL.fr, l’épidémiologiste Antoine Flahault, professeur de médecine à l’Université Paris Cité, identifie trois facteurs majeurs expliquant ce risque accru. D’abord, le caractère confiné des navires. "C’est un espace assez confiné, où les gens restent les uns avec les autres pendant de longues heures", souligne-t-il. Ensuite, "la ventilation, souvent insuffisante", notamment dans certaines zones du bateau.

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Ces conditions favorisent particulièrement la transmission des virus respiratoires, qui se diffusent par voie aérienne via des microgouttelettes émises lors de la respiration, de la toux ou des éternuements. "La voie respiratoire est la forme la plus efficace de transmission", insiste-t-il au micro de RTL. 

À cela s’ajoute un facteur démographique : les croisières attirent majoritairement une population âgée, plus vulnérable aux infections en raison d’une immunité affaiblie.

Une transmission interhumaine

L’épisode survenu à bord du MV Hondius met en lumière un risque plus inhabituel. L’hantavirus, habituellement transmis de l’animal à l’homme via les déjections de rongeurs, reste une maladie rare : en France, on recense environ une centaine de cas par an, et quelques dizaines de milliers dans le monde, selon l’infectiologue Vincent Ronin, interrogé par l’AFP.

Mais certaines souches, comme le virus des Andes identifié en Amérique du Sud, peuvent exceptionnellement se transmettre entre humains. Une particularité qui semble avoir joué un rôle dans cet épisode.

"Les conditions particulières de promiscuité" à bord ont probablement favorisé cette transmission interhumaine, pourtant considérée comme marginale, explique Vincent Ronin. Il précise que ce type de propagation nécessite généralement des contacts étroits et répétés, dans des contextes très spécifiques.

Antoine Flahault souligne également au micro de RTL.fr que la transmission de ce virus est comparable à celle du COVID-19 ou de la grippe. Toutefois, sa gravité - avec un taux de létalité pouvant atteindre 10 à 50% selon les souches - limite paradoxalement son potentiel de propagation. "Ce sont des maladies bruyantes, donc plus faciles à détecter, note-t-il, contrairement à des virus comme le COVID-19, parfois asymptomatiques".

La gestion de la situation repose sur des mesures classiques : isolement des cas, évacuation des malades vers des structures hospitalières et suivi des cas contacts. "L’avantage d’un bateau, c’est qu’on peut isoler les gens", rappelle Antoine Flahault, évoquant une situation qui n’est pas sans rappeler les quarantaines mises en place au début de la pandémie de COVID-19.

Des protocoles sanitaires renforcés ces dernières années

Pourtant les protocoles sanitaires ont largement été renforcés ces dernières années avec : des programmes d’assainissement, des protocoles d’isolement, des mesures de nettoyage ou encore des systèmes de ventilation renforcés. Selon l'expert en croisière Stewart Chiron cité par la BBC, les croisières ont des processus de nettoyage et de contrôle extrêmement stricts. "Les croisières prennent toujours des mesures approfondies des passagers. Si vous avez l’air malade, vous êtes soumis à un second examen médical", assure-t-il.

Les navires de croisière étant régulièrement associés à des épidémies, notamment de norovirus - une maladie qui fait vomir, contractée par des aliments ou de l’eau contaminés ou par le contact avec des surfaces contaminées - avec plus d’une centaine de flambées recensées dans des études scientifiques citées par le média indépendant australien The Conversation, ils "disposent de divers protocoles activés lorsqu’un cas de norovirus est signalé", explique M. Chiron auprès de la BBC.

"Il y a un frottage approfondi, toutes les surfaces sont nettoyées en continu. Pendant les buffets, il n’y aura pas de nourriture comme les paniers à pain. L’équipage est spécialement entraîné pour cela." Il ajoute que les choses sont devenues plus strictes depuis l’apparition du coronavirus : "Maintenant ils sont beaucoup plus attentifs à l’apparence des passagers (...) les navires sont bien nettoyés et entretenus, ils sont extrêmement minutieux."

Mais la structure même de ces navires reste un défi. Comme le décrypte le média The Conversation, "la santé publique est façonnée autant par la conception des lieux que par les germes eux-mêmes". Par exemple, les navires de croisière disposent d’installations médicales, mais elles sont limitées. Ils sont conçus pour fournir les premiers secours, des soins de base et des soins de courte durée, et non pour gérer une épidémie rapide à grande échelle, illustre ce même média.

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