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Espagne : pourquoi la dépouille du dictateur Franco va être exhumée

ÉCLAIRAGE - La Cour suprême espagnole a tranché en faveur de l'exhumation de Franco de son mausolée monumental, objet depuis plus d'un an d'un bras de fer entre le gouvernement socialiste et les descendants du dictateur mort en 1975.

Le lieu de sépulture du dictateur Franco, en Espagne
Le lieu de sépulture du dictateur Franco, en Espagne Crédit : OSCAR DEL POZO / AFP
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Paul Turban et AFP

C'est un bras de fer mémoriel qui divise une partie de l'Espagne où les plaies de la dictature sont encore vives. La Cour suprême espagnole a tranché ce mardi 24 septembre en faveur de l'exhumation de Franco de son mausolée monumental situé près de Madrid, objet depuis plus d'un an d'un bras de fer entre le gouvernement socialiste et les descendants du dictateur mort en 1975

Six magistrats de la plus haute instance judiciaire du pays se sont réunis pour répondre au recours présenté par la famille de Francisco Franco. L'exhumation ne devrait toutefois pas avoir lieu dans la foulée. Les mêmes magistrats devront encore examiner trois autres recours mais, selon un porte-parole de la Cour, il est "prévisible" que leur réponse sera "dans la même ligne". 

Dès son arrivée au pouvoir en juin 2018, le chef du gouvernement socialiste Pedro Sanchez avait fait de l'exhumation du dictateur de son mausolée situé près de Madrid, l'une de ses priorités. Et ce afin que le "Valle de los Caidos" ("Vallée des morts") ne soit plus un lieu d'apologie du franquisme. "Une démocratie n'est pas compatible avec le fait d'avoir Franco dans un mausolée", a martelé ce mardi matin à la radio la numéro deux du gouvernement Carmen Calvo. 

La décision de la Cour suprême intervient en pleine pré-campagne électorale, à un mois et demi des législatives du 10 novembre. En 2017, une large majorité de députés espagnols (198 sur 350) avait demandé que la dépouille de Franco soit transférée.

Les défenseurs de Franco prêts à aller "jusqu'au bout"

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Mais la famille de Franco s'est lancée dans une guérilla juridique et en juin, la Cour suprême a décidé de suspendre l'exhumation, le temps d'examiner son recours, quelques jours seulement avant la date fixée par le gouvernement pour transférer la dépouille du dictateur, au pouvoir en Espagne de 1936 à 1975. 

La Fondation nationale, Francisco Franco, assure elle qu'elle va "continuer à lutter légalement jusqu'au bout pour que Franco reste là-bas", a indiqué la semaine dernière à la presse son président Juan Chicharro Ortega. 

Cette Fondation, qui défend farouchement l'"héritage" et la "mémoire" du dictateur, a déposé l'un des trois recours restant à examiner. Les deux autres ont été présentés par la communauté bénédictine gérant le mausolée et par l'Association de défense du "Valle de los Caidos". 

Dans ses locaux madrilènes décorés de nombreux portraits et d'un buste du "caudillo", Juan Chicharro Ortega s'attend à ce que la décision du gouvernement d'exhumer Franco "soit validée" par la Cour suprême mais que celle-ci autorise "la famille à le ré-enterrer" ailleurs. 

Pour Franco, le cimetière ou la cathédrale ?

Le lieu de ré-inhumation du dictateur est âprement discuté. Le gouvernement voudrait que sa dépouille soit transférée dans le cimetière plus discret d'El Pardo, au nord de Madrid, où est enterrée son épouse. 

La famille souhaite, elle, l'enterrer dans le caveau familial de la cathédrale de l'Almudena, où gît sa fille. Le gouvernement y est farouchement opposé car il craint que cela ne la transforme en un nouveau lieu de pèlerinage franquiste, en plein centre de Madrid. 

Une réconciliation nationale impossible ?

Vainqueur de la Guerre civile (1936-1939) à la tête des militaires qui s'étaient soulevés contre la République, Franco a dirigé l'Espagne jusqu'à sa mort en 1975. Il avait lui-même pris la décision de construire le "Valle de los Caidos", basilique creusée à flanc de montagne et surmontée d'une croix de 150 mètres de haut, à San Lorenzo de El Escorial. Des prisonniers républicains avaient dû participer à sa construction à partir de 1941. 

Au nom d'une prétendue "réconciliation" nationale, Franco avait fait transférer sur ce site les restes de plus de 30.000 Espagnols morts durant la Guerre civile : des nationalistes de son camp mais aussi des républicains, sortis de cimetières et de fosses communes sans que leurs familles en aient été informées.  

Quelques jours après sa mort le 20 novembre 1975, le cadavre embaumé de Franco y avait été inhumé, en grande pompe et en présence de son successeur Juan Carlos. Depuis, sa tombe reste fleurie, au pied de l'autel de la basilique, près de celle du fondateur du parti fascisant La Phalange, Jose Antonio Primo de Rivera. 

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