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Des agents de sécurité gardent une porte de la base aérienne britannique d'Akrotiri après deux attaques de drones signalées près de Limassol, le 2 mars 2026.
Crédit : AFP
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Le conflit s'étend d'heure en heure. De par sa situation géographique à 350 kilomètres au large des côtes libanaises, Chypre se retrouve exposée lundi 2 mars aux frappes venant du Moyen-Orient au troisième jour de guerre des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, qui entraîne une vive riposte de Téhéran. De quoi en faire la porte d'entrée du conflit dans l'Union européenne, que l'île méditerranéenne a rejoint en 2004.
La présence d'une base aérienne du Royaume-Uni à Akrotiri, territoire britannique d'outre-mer depuis l'indépendance de Chypre en 1960, en fait un point chaud naturel. À au moins trois reprises déjà depuis ce week-end, cette zone militaire - dans le sud du pays près de la ville de Limassol - a été visée par des frappes.
Ce dimanche, le ministre britannique de la Défense, John Healey, a déclaré à la BBC que parmi les "attaques de représailles indiscriminées de l'Iran", "deux missiles balistiques" avaient été "tirés en direction de Chypre". "Cela montre à quel point nos bases, notre personnel, militaires et civils, sont actuellement en danger", a-t-il ajouté, précisant qu'il ne pensait pas qu'ils "visaient" le territoire.
La base militaire la plus importante du Royaume-Uni dans la région a ensuite vu sa piste touchée par un drone Shahed dans la soirée dimanche, vers minuit (23h en France), selon le président chypriote Nikos Christodoulides, qui s'est dit en "communication directe" avec le Premier ministre britannique Keir Starmer. Si l'exécutif de Nicosie a évoqué de "légers dégâts matériels" et qu'aucune victime n'est à déplorer, la Royal Air Force a, elle, expliqué que le "dispositif de protection dans la région est au niveau le plus élevé".
La ministre des Affaires étrangères du Royaume-Uni, Yvette Cooper, a ensuite dit qu'il s'agissait "d'une attaque par drone sans pilote, visant spécifiquement la piste" sur Sky News. "Toutes les mesures de précaution sont prises autour de la base".
Enfin, lundi matin, la base d'Akrotiri, qui accueille personnels militaires et employés civils, était en cours d'évacuation après le déclenchement des sirènes, a indiqué un correspondant de l'AFP. Environ 70 voitures ont été vues quittant les environs, tandis que "deux aéronefs sans pilote ont été pris en charge en temps voulu", a indiqué le porte-parole du gouvernement chypriote, Konstantinos Letymbiotis, dans un message sur X.
Londres a récemment déployé des moyens supplémentaires sur la base, y compris des systèmes de défense anti-aérienne et antidrones, des radars et des avions F-35. Et ce, alors que le Royaume-Uni a accepté que les États-Unis utilisent des infrastructures militaires britanniques pour frapper des sites de missiles iraniens, a annoncé le Premier ministre Keir Starmer dimanche, affirmant que Londres ne participerait pas à "des actions offensives en Iran".
Cette décision vise à "empêcher l'Iran de tirer des missiles dans toute la région, tuant des civils innocents, mettant en danger la vie de Britanniques et frappant des pays qui ne sont pas impliqués", a déclaré le dirigeant travailliste. "La base de notre décision est la légitime défense de partenaires et d'alliés de longue date", a-t-il insisté en affirmant qu'elle était "conforme au droit international".
"Nous nous souvenons tous des erreurs commises en Irak et nous en avons tiré les leçons", a souligné le chef du gouvernement britannique, prônant seulement des actions défensives. Le Royaume-Uni, alors dirigé par Tony Blair, avait soutenu l'invasion américaine de l'Irak en 2003, malgré les manifestations qui avaient réuni des millions de personnes dans les rues de Londres. Les détracteurs accusaient l'exécutif d'avoir menti sur la présence, jamais avérée, d'armes de destruction massive en Irak.
Mais pour Rosa Freedman, directrice de l'école du droit à l'université de Reading, il n'y a pas de doute : le Royaume-Uni a désormais rejoint les États-Unis et Israël "pour jouer un rôle plus offensif". "Cela fait bien sûr des bases militaires britanniques des cibles légitimes", souligne-t-elle à l'AFP. Les frappes de drone contre Akrotiri apparaissent ainsi comme une réponse directe à cette décision, malgré les dénégations du gouvernement outre-Manche.
Dans une interview accordée au Telegraph lundi, Donald Trump a lui reproché à Keir Starmer d'avoir pris "beaucoup trop de temps" à autoriser les Américains à utiliser des bases militaires britanniques. "Nous avons été très déçus par Keir", a-t-il affirmé, en référence notamment à celle de Diego Garcia, dans l'océan Indien.
Chypre a annoncé toutefois lundi qu'elle demanderait des garanties selon lesquelles les bases britanniques situées sur son territoire ne seraient utilisées qu'à des fins humanitaires, alors que l'aéroport de Paphos a également été évacué.
Chypre faisant partie de l'Union européenne, sa situation inquiète particulièrement à Bruxelles. "Bien que la République de Chypre n'ait pas été visée, je veux être claire : nous sommes collectivement, fermement et sans équivoque aux côtés de nos États membres face à toute menace", a affirmé sur X la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, après s'être entretenue avec le président chypriote. Elle veut "travailler sans relâche" pour éviter une "propagation" du conflit au Moyen-Orient.
L'Union européenne devrait discuter prochainement du déclenchement ou non de sa clause de défense mutuelle en cas d'agression, a indiqué lundi une porte-parole. "Cette question, qui est une question légitime, sera certainement débattue dans les prochains jours lors des différentes réunions prévues", a précisé la porte-parole de la Commission européenne, Paula Pihno. Le traité instituant l'Union européenne prévoit une clause d'assistance mutuelle en cas d'agression contre l'un de ses membres, dans le cadre de son article 42.7.
Cette clause dispose que, dans le cas où un État membre ferait l'objet d'une agression armée sur son territoire, les autres États membres lui doivent aide et assistance par tous les moyens en leur pouvoir. Elle avait par exemple déjà été déclenchée à la demande de la France, après les attentats islamistes du 13 novembre 2015 à Paris.
De son côté, la Grèce envoie deux frégates et des avions F-16 à Chypre, comme l'a déclaré dans un communiqué le ministère grec de la défense Nikos Dendias, en assurant qu'Athènes aiderait le pays à "faire face aux menaces et aux actions illégales sur son territoire". Il se déplacera sur l'île mardi.
"Nous nous trouvons dans une région d'instabilité géopolitique particulière, confrontée à de nombreux défis et problèmes, qui traverse une crise sans précédent. Notre patrie ne participe en aucune façon et n'a pas l'intention de prendre part à quelque opération militaire que ce soit", a insisté le président chypriote Nikos Christodoulides.
En raison de ces menaces, Chypre, qui assure actuellement la présidence semestrielle du Conseil de l'UE, a décidé de renvoyer à plus tard la tenue d'une réunion informelle des ministres des Affaires européennes de l'UE qui devait débuter lundi soir.
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