2 min de lecture Alaska

Des sites archéologiques d'Alaska menacés par le changement climatique

Certains gisements d'objets des Esquimaux yupiks sont probablement en train de disparaître dans toute l'Alaska en raison de la diminution inexorable du permafrost qui a protégé ces objets organiques durant des siècles.

Des objets des Esquimaux yupik découverts par l'archéologue Rick Knecht
Des objets des Esquimaux yupik découverts par l'archéologue Rick Knecht Crédit : Mark RALSTON / AFP
AFP et Julien Chabrout

Le premier objet, un masque de bois, a été découvert par hasard en 2007 par un enfant qui jouait sur une plage de Quinhagak, village rural de l'ouest de l'Alaska, aux États-Unis, le long de la mer de Bering. 

Dans les mois suivants, des centaines d'autres artefacts anciens ont émergé du permafrost, cette couche de sol jadis gelée tout au long de l'année qui recouvre une grande partie de cet État américain et qui désormais tend à fondre sous l'effet du changement climatique. 

Paniers, manches de harpon sculptés, labrets (ornements de lèvre), statuettes, aiguilles d'ivoire pour les tatouages : ces trésors appartiennent à un ancien lieu de peuplement des Esquimaux yupik et remontent pour certains au XVIIe siècle. Quelque 100.000 objets yupik anciens, la plus grande collection au monde, sont désormais entreposés dans le petit musée créé à Quinhagak. 

L'équipe de fouilles tente de sauver les reliques du site

"C'est de loin la chose la plus extraordinaire que j'aie jamais trouvée en quarante ans de carrière et j'ai travaillé sur des sites plutôt spectaculaires", affirme Rick Knecht, archéologue à l'université d'Aberdeen, en Ecosse. 

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Il dirige depuis dix ans l'équipe de fouilles qui tente de sauver les reliques du site découvert à cinq kilomètres de Quinhagak et baptisé Nunalleq, c'est-à-dire "vieux village" en langue yupik. L'archéologue avait été contacté en 2009 par Warren Jones, le responsable du village de 700 habitants, pour tenter de sauver les restes historiques de son peuple. 

"Presque tout ce qu'on connaît de la préhistoire yupik provient de ce site", explique l'archéologue en faisant visiter les fouilles à une équipe de l'AFP. "Les gens d'ici auraient perdu un lien tangible avec leur passé, ce qui aurait été une tragédie incroyable", lâche l'affable scientifique à la barbe grise. 
                   
Même si Rick Knecht se réjouit de cette manne, il est aussi atterré d'imaginer que d'autres gisements d'objets yupiks sont probablement en train de disparaître dans toute l'Alaska. Car le permafrost qui a protégé ces objets organiques durant des siècles diminue inexorablement. 

"Des milliers de sites sont en train d'être perdus"

"Vous pouvez voir le sol se liquéfier. C'est comme un pot de crème glacée", se désole le scientifique, en désignant la boue gluante des berges de Quinhagak et les blocs de terre prêts à être engloutis. 

"Nous avons sauvé ce site mais des dizaines de milliers d'autres semblables sont en train d'être perdus au moment où nous parlons, à cause du changement climatique" et de l'érosion, insiste-t-il. "Dans certaines régions de l'Arctique, le trait de côte a reculé de plus de 1,5 km", souligne Rick Knecht. 

D'après la datation des objets exhumés, les experts estiment que Nunalleq remonte à la période dite des "Guerres de l'Arc et de la Flèche" qui ont opposé les communautés yupik avant l'arrivée des explorateurs russes en Alaska au début du XIXe siècle. Les habitants de Quinhagak fournissent désormais chaque été des bénévoles pour aider l'archéologue et ses étudiants dans leurs campagnes de fouilles. 

"Vous avez ce sentiment terrible d'une course contre la montre, et vous vous rendez compte à quel point le changement climatique est aussi une tragédie culturelle", s'attriste Rick Knecht. 

Un point positif tout de même : la découverte inattendue des objets anciens et la création du musée ont suscité un regain d'intérêt des populations yupik pour leurs traditions. 

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Des sites archéologiques d'Alaska menacés par le changement climatique
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Certains gisements d'objets des Esquimaux yupiks sont probablement en train de disparaître dans toute l'Alaska en raison de la diminution inexorable du permafrost qui a protégé ces objets organiques durant des siècles.
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2019-05-05 06:23:52
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