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Haut-Karabakh : derrière l’Azerbaïdjan et l’Arménie, l’ombre d'Ankara et de Moscou

DÉCRYPTAGE - Arméniens et Azerbaïdjanais restaient sourds jeudi 1er octobre à de nouveaux appels à la trêve, continuant d'échanger des tirs au Nagorny Karabakh, territoire séparatiste soutenu par Erevan.

Un manifestant tient un drapeau de l'Azerbaïdjan lors d'une manifestation de soutien à Bakou en conflit avec l'Arménie, à Istanbul, le 1er octobre 2020.
Un manifestant tient un drapeau de l'Azerbaïdjan lors d'une manifestation de soutien à Bakou en conflit avec l'Arménie, à Istanbul, le 1er octobre 2020. Crédit : Ozan KOSE / AFP
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Thomas Pierre et AFP

L'escalade se poursuit dans la région du Haut-Karabakh. Vladimir Poutine, Emmanuel Macron et Donald Trump ont appelé jeudi 1er octobre à "la cessation immédiate des hostilités". Aucune trêve ne semble pourtant encore en vue, tant les tensions entre Arméniens et Azerbaïdjanais se sont intensifiées ces derniers jours. "Un cessez-le-feu pérenne dans cette région est tributaire d'un retrait arménien de tout le territoire azerbaïdjanais", a insisté le président turc Recep Tayyip Erdogan. 

Depuis le début des hostilités dimanche 27 septembre, seuls des bilans partiels sont communiqués, faisant état au total de 128 morts. Du côté arménien, 104 soldats et 8 civils ont été annoncés tués. Bakou se refuse de son côté à communiquer des bilans militaires mais a annoncé la mort de 16 civils. Deux journalistes français, qui couvraient le conflit pour Le Monde, ont également été blessés lors de bombardements dans la ville de Martuni. 

Après des semaines de rhétorique guerrière, l'Azerbaïdjan dit avoir déclenché une vaste "contre-offensive", affirmant répondre à des provocations armées du Nagorny Karabakh, où vivent majoritairement des Arméniens, et qui a fait sécession de l'Azerbaïdjan. La région séparatiste soutenue politiquement, militairement et économiquement par l'Arménie, affirme de son côté avoir été la victime d'une agression. 

Bakou cherche à reprendre cette province qui lui échappe depuis la chute du bloc soviétique et une guerre qui, de 1988 et 1994, a fait 30.000 morts. Ces combats meurtriers opposant l'Azerbaïdjan et les séparatistes se déroulent dans une région à la jonction de zones d'influences de puissances concurrentes : en particulier la Russie et la Turquie. 

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Depuis la reprise des affrontements, Ankara a ainsi exprimé un soutien total à son allié azerbaïdjanais, laissant craindre une intervention directe de l'armée turque. L'Arménie a également accusé la Turquie d'avoir abattu un de ses appareils avec un chasseur turc basé en Azerbaïdjan, et de soutenir Bakou avec des mercenaires syriens. 

Comment expliquer une telle position d'Ankara ? Ce soutien turc s'inscrit dans "le projet historique" d'union des peuples turcophones, comme les Azéris. "C'est aussi un moyen de montrer que la Turquie est une puissance régionale grandissante pouvant agir sur plusieurs théâtres d'opération", explique l'expert français Jean Radvany. 

Mais il s'agit aussi d'entretenir une "mobilisation patriotique" pour rassembler l'électorat nationaliste autour du président Recep Tayyip Erdogan, pour qui l'Arménie est une menace régionale et un adversaire historique, les deux pays s'opposant toujours sur la question du génocide arménien à l'époque ottomane.

Moscou, arbitre du conflit ?

Depuis la fin de l'URSS, la Russie entretient, elle, de bonnes relations avec les ex-républiques soviétiques d'Arménie et d'Azerbaïdjan, livrant même des armes aux deux pays. Selon Gela Vasadze, un analyste géorgien, la stagnation du conflit du Karabakh, avec ses éruptions de violence ponctuelles, profite à Moscou qui peut "y maintenir son influence" en tant qu'arbitre.

Certes, Vladimir Poutine a insisté sur un cessez-le-feu, mais cette position russe est "mise en péril" par le soutien grandissant d'Ankara à Bakou, en mesure de "bouleverser l'équilibre des forces", souligne Jean Radvanyi. L'expert évoque des frustrations de Bakou envers Moscou, qui livre des armes "plus perfectionnées" à Erevan. Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a d'ailleurs fustigé cette "préférence russe pour l'Arménie". 

La Russie, qui voit ainsi d'un mauvais œil le rôle grandissant de la Turquie dans le conflit, a reproché Ankara de "jeter de l'huile sur le feu" en encourageant Bakou dans son offensive. Une intervention militaire directe turque constituerait en effet un tournant majeur vers l'internationalisation du conflit. Un scénario catastrophe que veut a tout prix désamorcer Moscou, de même que Paris ou Washington. 

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