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Le pétrolier Marinera, précédemment nommé Bella 1 photographié près de Singapour en mars 2025
Crédit : Hakon Rimmereid / AFP
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Les forces armées américaines ont annoncé, mercredi 7 janvier, avoir pris le contrôle d'un pétrolier russe dans le Nord de l'Atlantique entre l'Islande et le Royaume-Uni. Cette opération fait suite à une traque entamée fin décembre près des côtes vénézuéliennes, avec le soutien des forces britanniques. À plusieurs reprises, ce navire fantôme a changé de pavillon et trafiqué ses données pour échapper, sans succès, aux contrôles.
Au début de l’automne 2025, un pétrolier alors connu sous le nom de Bella 1 apparaît, selon ses données de localisation, dans les eaux stratégiques du détroit d’Ormuz. Pourtant, des images satellites le repèrent à 700 km de là, à Kharg Island, le principal terminal pétrolier d’exportation de l’Iran. C’est là, d’après les autorités américaines, qu’il charge du pétrole brut iranien destiné à contourner les sanctions internationales imposées à Téhéran.
À cette période, le Bella 1 est déjà dans le viseur de Washington. Les États-Unis le considèrent comme faisant partie d’un réseau de pétroliers opérant dans ce que les analystes appellent la "flotte fantôme" russe, des navires vieillissants utilisés pour transporter du pétrole sous embargo en dissimulant leurs véritables itinéraires, cargaisons et propriétaires.
Après son chargement, le pétrolier entame une longue traversée vers l’ouest. Les données du système d'identification automatique (SIA), récoltées par Sky News, indiquent qu’il remonte la mer Rouge puis franchit le canal de Suez à la mi-novembre 2025. C’est à partir de ce moment que le comportement du navire devient plus opaque.
Le Bella 1 commence à transmettre des données de position incohérentes, voire cesse complètement d’émettre son signal SIA pendant certaines périodes. Cette pratique, connue sous le nom de "spoofing", consiste à falsifier ou à masquer sa position afin de compliquer la surveillance par les autorités maritimes.
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En décembre 2025, le pétrolier traverse la Méditerranée, franchit le détroit de Gibraltar, puis met le cap sur l’Atlantique. Il se dirige vers les Caraïbes, région où plusieurs navires sanctionnés ont tenté ces dernières années de transférer discrètement leur cargaison ou de la livrer à des acheteurs prêts à contourner les sanctions américaines.
C’est dans cette zone, au large du Venezuela que la situation bascule. Les autorités américaines obtiennent un mandat judiciaire autorisant la saisie du navire pour violations répétées du régime de sanctions. Une première tentative d’arraisonnement aurait eu lieu à la fin du mois de décembre. Le pétrolier refuse de coopérer et change brutalement de cap, déclenchant une véritable poursuite en haute mer.
Peu après, le Bella 1 disparaît à nouveau des systèmes de suivi, avant de réapparaître sous une nouvelle identité : Marinera et navigue sous pavillon russe. Pour les experts interrogés par le quotidien britannique The Guardian, ce changement de nom et de pavillon constitue une tentative claire de compliquer toute action légale contre le navire, en invoquant la protection potentielle d’un État puissant.
Malgré cela, la traque se poursuit. Pendant plus de deux semaines, les forces américaines suivent le Marinera à travers l’Atlantique Nord. Selon les informations de Sky News, cette surveillance s’appuie non seulement sur des moyens navals, mais aussi sur des avions de reconnaissance à long rayon d’action. Le Royaume-Uni apporte un soutien logistique, notamment par le biais de la Royal Air Force et de la Royal Navy, qui fournissent des capacités de surveillance et de ravitaillement.
Début janvier 2026, le pétrolier remonte vers le nord, dans des eaux de plus en plus froides, entre l’Islande et l’Écosse. Selon plusieurs hypothèses, le navire cherchait à rejoindre des eaux perçues comme plus sûres ou un port lié à la Russie dans l’Arctique.
Le 7 janvier 2026, la fuite prend fin. Le Marinera est intercepté en haute mer par les forces américaines, en exécution du mandat de saisie. Les gardes de côtes, soutenus par deux destroyers de la US Navy et des unités spéciales américaines ont procédé à l'abordage du pétrolier, appuyées également par des moyens aériens. L’opération s'est déroulée sans affrontement majeur, et le navire est placé sous contrôle américain.
La réaction internationale ne s'est pas fait attendre. La Russie dénonce une action "illégale" et contraire au droit maritime international. Elle réfute les accusations de navigation sous un faux pavillon, affirmant que Moscou avait à plusieurs reprises fourni des "informations fiables" concernant la propriété russe du navire et son statut.
De leur côté, les États-Unis soutiennent que l’opération est pleinement conforme au droit international et qu’elle s’inscrit dans une stratégie plus large visant à perturber les réseaux de contournement des sanctions. Pour le moment, aucune information n'indique si le pétrolier a été dirigé vers un port américain. La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a déclaré que l'équipage du Marinera serait transféré aux États-Unis pour y être jugé "si nécessaire" alors que la Russie demande leur rapatriement.
Ainsi s’achève le périple du Marinera : un voyage commencé dans le golfe Persique qui a donné lieu à une longue traque transatlantique.
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