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Allemagne : quatre questions autour de la crise qui secoue le pays

ÉCLAIRAGE - Horst Seehofer, le ministre de l'Intérieur allemand, en profond désaccord avec la chancelière Angela Merkel, sur fond de crise par rapport à la politique migratoire, menace de démissionner .

Angela Merkel et Horst Seehofer à la Chancellerie à Berlin le 14 avril 2016 (archive)
Angela Merkel et Horst Seehofer à la Chancellerie à Berlin le 14 avril 2016 (archive) Crédit : ODD ANDERSEN / AFP
Cécile De Sèze
Cécile De Sèze
et AFP

L'Union européenne semble se fracturer autour d'une question polémique : la politique migratoire. Elle crée des tensions entre les différents pays, comme la France et l'Italie sur l'accueil de l'Aquarius. Mais aussi au sein des gouvernements eux-mêmes. 

C'est ce que sont en train de vivre l'Allemagne et sa chancelière Angela Merkel. Le ministre de l'Intérieur est en profond désaccord avec la politique adoptée il y a trois ans par la dirigeante d'accueillir plusieurs centaines de milliers de migrants dans le pays. Horst Seehofer a donc menacé de quitter son poste, dimanche 1er juillet. Sa décision est toujours attendue le 2 juillet.

Seehofer a indiqué trois scénarios dans lesquels : soit il cède à Angela Merkel et rentre dans le rang, ou bien il impose de son propre chef les refoulements à la frontière, quitte à être limogé, ou enfin démissionner. Quels sont les enjeux de la crise en Allemagne ?

1 - Quelles sont les raisons du conflit ?

Il a débuté peu avant la mi-juin lorsque Horst Seehofer, également président d'un parti bavarois très conservateur, l'Union chrétienne-sociale (CSU), a vu son plan pour durcir la politique d'asile bloqué par la chancelière Angela Merkel

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Elle refuse une mesure phare de son ministre : le refoulement à la frontière allemande des migrants déjà enregistrés dans un autre pays de l'Union européenne.  

Rapidement, ce conflit s'est mué en un casus belli menaçant la coalition difficilement mise en place en mars et réunissant donc la droite dure CSU, le centre-droit de la chancelière (CDU), et les sociaux-démocrates. 

2 - Pourquoi ce différend a-t-il dégénéré ?

Le ministre n'a pas voulu céder à sa cheffe et a même fixé un ultimatum à la chancelière : l'imposition de ses mesures aux frontières par décret ministériel début juillet, faute de mesures très restrictives équivalentes décidées au niveau européen. 
 
Pour sa part, la chancelière continue de s'opposer à tout refoulement unilatéral aux frontières par crainte d'un "effet domino" dans toute l'Europe qui menacerait la libre-circulation.  

Elle estime aussi avoir négocié la semaine dernière à l'arraché un accord politique européen et des accords bilatéraux dont l'effet est "plus que l'équivalent" des mesures voulues par Horst Seehofer. Dimanche le ministre a rejeté ces résultats, mettant donc le sort du gouvernement dans la balance.

3 - Le conflit porte-t-il seulement sur les migrants ?

Le conflit est bien plus profond que le seul sujet des migrants. Les conservateurs bavarois, et même certains cadres du propre parti d'Angela Merkel, paraissent vouloir régler une fois pour toutes leurs comptes politiques avec la chancelière. En effet, Horst Seehofer et les siens n'ont cessé de dénoncer sa décision d'ouvrir les portes du pays en 2015 à des centaines de milliers de demandeurs d'asile

Au-delà des migrants, la CSU juge depuis longtemps qu'Angela Merkel a trop déplacé, en près de 13 ans de pouvoir, le camp conservateur vers le centre. Du coup, pour la gauche allemande, le conflit au sein du camp conservateur est dénoncé comme "un putsch de droite".

 Plusieurs médias allemands voient aussi l'avènement d'une variante allemande du "trumpisme" car la CSU, qui prône "l'Allemagne d'abord" sur les migrants, est aussi aiguillonnée par la proximité d'élections régionales en Bavière en octobre, où selon les sondages elle pourrait perdre sa majorité absolue en raison de la poussée de l'extrême droite anti-migrants. 

Enfin, la question de la mise en place de refoulements aux frontières est avant tout symbolique, les arrivées de migrants étant en chute libre, l'Europe en général et l'Allemagne en particulier ayant déjà considérablement durci la politique d'accueil et de lutte contre l'immigration clandestine. 

4 - Quels scénarios pour la suite ?

Après avoir proposé de démissionner dans la nuit de dimanche à lundi, Horst Seehofer a suspendu cette décision pour permettre une ultime séance de pourparlers avec Angela Merkel lundi en fin d'après-midi.  

La chancelière ne peut cependant pas céder à Seehofer, autrement ce serait les sociaux-démocrates qui claqueraient probablement la porte du gouvernement.     

Si la majorité gouvernementale devait s'écrouler avec le départ de la CSU, Mme Merkel pourrait soit tenter un gouvernement minoritaire, soit essayer de constituer une majorité avec d'autres partenaires, soit choisir de se diriger vers des élections anticipées. Et un départ de la chancelière n'est pas non plus à exclure. 

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