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Sirops, yaourts, sodas... Une forte exposition aux colorants alimentaires engendre un risque accru de diabète de type 2 et de cancers

Trois études menées par des chercheurs de l’Inserm établissent pour la première fois un lien statistique entre certains additifs alimentaires, notamment les colorants et les conservateurs, et un risque accru de maladies chroniques comme le diabète de type 2, certains cancers et l’hypertension.

Les rayons d'un supermarché près de Valence, en février 2025 (photo d'illustration).

Crédit : Nicolas Guyonnet / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Yasmine Boutaba

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Ils donnent leur couleur au sirop de menthe, aux yaourts aux fruits ou encore au cola. Omniprésents dans les produits ultra-transformés, les colorants alimentaires font désormais l’objet d’alertes scientifiques.

Deux études dans Diabetes Care, publiée le 20 mai et European Journal of Epidemiology publiée le 9 mai, par l’équipe d’épidémiologie nutritionnelle (Cress-EREN, rattachée notamment à l’Inserm, à l’Inrae et à l’université Sorbonne-Paris Nord) montrent une association entre exposition aux additifs colorants et risques de maladies chroniques.

Menées sur plus de 100.000 participants de la cohorte NutriNet-Santé, ces recherches mettent en évidence une hausse de 38% du risque de diabète de type 2 chez les consommateurs les plus exposés, ainsi qu’une augmentation de 14% du risque de cancer global. Certaines localisations de cancers apparaissent encore plus marquées, notamment le cancer du sein (une hausse de 21%) et le cancer du sein post-ménopausique (une hausse de 32%).

Des effets biologiques encore en cours d’explication

Les chercheurs avancent plusieurs pistes pour expliquer ces résultats, notamment des perturbations de la signalisation de l’insuline - hormone du pancréas qui favorise l'absorption du glucose -, des variations de la glycémie - concentration de glucose dans le sang - et des effets sur le microbiote intestinal (autrement appelée la fibre intestinale).


Certaines molécules, une fois isolées de leur matrice alimentaire d’origine, pourraient perdre leurs effets bénéfiques pour la santé "une fois isolées, purifiées et réinjectées dans des aliments ultratransformés", souligne Mathilde Touvier.


Les résultats questionnent aussi l’argument de la naturalité des additifs. La curcumine (E100), les bêta-carotènes (E160a) ou encore les colorants caramel (E150) apparaissent eux aussi associés à des risques accrus dans certaines analyses.

Une méthodologie basée sur un suivi au long cours

Les chercheurs soulignent la finesse des données collectées. Les participants déclarent leurs consommations alimentaires de manière détaillée, jusqu’aux marques des produits, tous les six mois, ainsi que leurs habitudes de vie et leur état de santé.

"C’est la seule cohorte qui quantifie précisément l’exposition aux additifs alimentaires, car elle permet d’avoir les détails de consommation jusqu’au nom commercial de l’aliment", explique la directrice de recherche Inserm Mathilde Touvier, coordinatrice des travaux.

Pour distinguer les niveaux d’exposition, les chercheurs ont classé les participants en trois groupes. Dans le groupe le plus exposé, les niveaux restent modérés, mais réguliers : "Cela peut correspondre à quelqu’un qui va consommer un soda, un plat préparé et une crème dessert, et cela de façon régulière", précise la chercheuse.

Les analyses ont été ajustées pour neutraliser les biais liés au tabac, à l’alcool, au niveau socio-économique ou à la qualité globale de l’alimentation. Elles mettent en évidence des associations robustes entre exposition aux additifs et maladies chroniques.

Une troisième étude publiée dans European Heart Journal complète ces résultats : elle montre qu’une exposition aux conservateurs (sulfites, nitrites) est associée à un surrisque d’hypertension de 24%.

Vers une remise en question des additifs alimentaires

Les chercheurs espèrent que ces travaux nourriront les réévaluations menées au niveau européen. Alors que les États-Unis s’apprêtent à interdire plusieurs colorants de synthèse sous l’impulsion du secrétaire à la santé et aux services sociaux des États-Unis, Robert F. Kennedy Jr, la réglementation européenne est jugée plus encadrée, mais encore insuffisante selon les auteurs.

Pour la chercheuse Mathilde Touvier, l’enjeu dépasse le seul comportement individuel et appelle à un meilleur étiquetage et à une information plus claire.

Ce n’est pas aux consommateurs d’apprendre par cœur une liste d’additifs à risques.

Mathilde Touvier

Même tonalité du côté des ONG. Pour Audrey Morice, membre de Foodwatch : "On ne peut plus traiter ces résultats comme des alertes isolées. Les responsables politiques doivent enfin prendre leurs responsabilités : réduire la quantité d’additifs dans notre alimentation, en commençant par interdire les additifs les plus controversés, et strictement encadrer les aliments ultratransformés."

Les chercheurs élargissent ainsi la réflexion à l’ensemble des additifs présents dans les aliments industriels. Une alimentation riche en produits ultra-transformés apparaît de plus en plus associée à des risques cardiovasculaires, métaboliques et cancéreux.

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