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Le challenge "Skinny Tok" sur l'application TikTok.
Crédit : Nicolas TUCAT / AFP
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Le social commerce est en train de changer la façon d’acheter en ligne. Le principe est simple : acheter un produit directement sur un réseau social, sans passer par un site marchand classique. En Chine, le phénomène a déjà pris une ampleur spectaculaire. D’après le dernier rapport mondial de Nielsen IQ, les consommateurs chinois ont dépensé l’an dernier 900 milliards de dollars de cette façon. C’est l’équivalent de tout ce que les Américains ont acheté sur le e-commerce traditionnel sur la même période.
La différence avec le e-commerce classique est majeure. Sur un site marchand, l’internaute vient avec une intention d’achat, même vague. Sur un réseau social, il vient d’abord pour se divertir, regarder des vidéos ou discuter. C’est précisément ce basculement qui change tout : les plateformes deviennent aussi des lieux de vente.
TikTok illustre parfaitement cette évolution. Le réseau social, qui compte 25 millions d’utilisateurs en France, permet désormais d’acheter directement dans l’application grâce à TikTok Shop. Jusqu’à récemment, il fallait cliquer sur un lien puis être redirigé vers un site marchand. Cette étape a disparu. Résultat : l’achat devient presque instantané.
Cette fluidité modifie profondément le comportement des consommateurs. "Le paiement est tellement fluide qu'on n'a presque pas l'impression d'avoir payé", explique Yannick Pons, patron de Reech, expert en marketing d'influence. Sur Internet, chaque clic peut freiner l’achat, provoquer une hésitation ou pousser à comparer les prix. Avec le social commerce, ces barrières tombent.
Les plateformes ont déjà les coordonnées bancaires, les adresses et tout l’environnement nécessaire pour finaliser la commande en un clic. La livraison est lancée sans que l’utilisateur ait vraiment quitté son usage initial.
C’est aussi ce qui distingue TikTok d’une boutique ou d’un site de e-commerce. Sur une plateforme sociale, l’utilisateur n’est pas dans une logique de comparaison. Il peut acheter une paire d’écouteurs ou un parfum sans avoir cherché ce produit au départ, et sans vérifier s’il existe moins cher ailleurs.
Le social commerce repose aussi sur la personnalisation extrême des contenus. Les produits mis en avant correspondent déjà aux goûts supposés de l’utilisateur. Les recommandations sont ultra-ciblées, portées par les algorithmes de la plateforme.
L’image est parlante : une grande surface composée uniquement de produits susceptibles de vous plaire. Dans ces conditions, la tentation d’acheter devient beaucoup plus forte. Le réseau social ne se contente plus de capter l’attention ; il transforme cette attention en acte d’achat immédiat.
En France, le phénomène reste encore limité par rapport au e-commerce dans son ensemble. Le social commerce représente aujourd’hui entre un et deux milliards d’euros de ventes, à comparer aux 200 milliards d’euros du e-commerce français. La cible reste pour l’instant concentrée sur les 18-35 ans.
Pour autant, plusieurs acteurs du secteur estiment que ce n’est qu’un début. Cyril Attias, fondateur de adms.paris, une agence spécialisée dans le social commerce, considère que la tendance va fortement progresser en France. Selon lui, la vente en ligne a déjà préparé le terrain : les consommateurs ont moins de réticences à acheter un produit sans l’avoir vu en vrai, à utiliser leur carte bancaire sur Internet ou à faire confiance à la livraison.
Son constat est clair : "Ce qu'Amazon ou eBay ont mis 20 ans à construire pourrait se répliquer 5 fois plus vite." Autrement dit, les usages sont déjà là, les infrastructures aussi, et les réseaux sociaux peuvent accélérer encore davantage l’intégration du commerce dans les habitudes numériques.
Les marques et les enseignes ont bien compris l’intérêt de ce nouveau canal de vente. Carrefour, par exemple, est présent dès le départ avec des offres promotionnelles achetables en quelques secondes pour un million d’abonnés. Le social commerce ne se limite d’ailleurs pas au numérique pur: Sephora met en avant dans ses magasins les produits les plus achetés sur les réseaux sociaux.
Ce mouvement crée des passerelles entre commerce en ligne, influence et distribution physique. Une dynamique efficace pour les marques, mais qui pose aussi la question de la pression commerciale exercée sur les plus jeunes, particulièrement exposés à ces achats rapides, ciblés et peu réfléchis.
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