- 01m35s
4 min de lecture
La centrale nucléaire de Bugey, dans l'Ain.
Crédit : PHILIPPE DESMAZES / AFP
Je m'abonne à la newsletter « Économie »
Mettre RTL en favori sur Google
La chaleur ne menace pas la sûreté des centrales nucléaires, mais elle complique leur fonctionnement. En période de canicule, EDF peut être contrainte de réduire la puissance de certains réacteurs, voire d’en arrêter, non pas parce que les installations risquent l’accident, mais parce que l’eau rejetée dans les fleuves et les rivières devient trop chaude.
C’est tout le paradoxe de ces épisodes extrêmes : au moment même où la demande d’électricité augmente, notamment pour faire tourner climatiseurs et ventilateurs, une partie du parc nucléaire peut produire moins. Trois réacteurs ont déjà été arrêtés, au Bugey dans l’Ain, à Chooz dans les Ardennes et à Golfech dans le Tarn-et-Garonne. Sept autres tournent au ralenti.
Un réacteur nucléaire produit énormément de chaleur. Pour éviter la surchauffe, il faut le refroidir avec de l’eau, puis rejeter cette eau dans le milieu naturel. C’est pour cette raison que les centrales sont construites à proximité de grands cours d’eau, comme la Seine, le Rhône ou la Garonne.
Dans les centrales dites en circuit ouvert, l’eau utilisée pour refroidir le réacteur retourne ensuite au fleuve ou à la rivière d’origine, avec une température plus élevée, de quelques dixièmes de degré à plusieurs degrés selon les sites. En temps normal, ce réchauffement est encadré. Mais en période de canicule, les cours d’eau sont déjà très chauds avant même le rejet.
Retour en grâce du nucléaire : "À très court terme, ça ne va absolument rien changer"
00:03:06
La loi impose donc des limites pour protéger la faune et la flore aquatiques. À Golfech, par exemple, la température du fleuve après rejet ne doit pas dépasser 28 degrés. Or, avec les vagues de chaleur, la température des cours d’eau approche déjà ce seuil. Résultat : EDF doit baisser la puissance de certains réacteurs, voire les mettre à l’arrêt.
Cette tension entre production d’électricité et protection de l’environnement a conduit les pouvoirs publics à agir en urgence. Un arrêté a été publié au Journal officiel pendant le week-end pour accorder une dérogation à la centrale du Bugey, dans l’Ain. Elle est autorisée à réchauffer davantage le Rhône que d’habitude.
Avant-hier, EDF a justifié cette demande avec une formule claire : il s’agit "d'assurer la sécurité du réseau électrique". Le gouvernement et l’Autorité de sûreté nucléaire ont donné leur feu vert. L’autorisation porte sur un degré de réchauffement supplémentaire jusqu’au 20 juillet. En contrepartie, EDF s’engage à mettre en place une surveillance renforcée de l’environnement.
Cette décision acte un arbitrage délicat. D’un côté, maintenir la production électrique est jugé nécessaire. De l’autre, le risque écologique est bien réel. Si l’eau se réchauffe trop, des milliers et des milliers d’espèces peuvent mourir. Le manque d’oxygène dans une eau trop chaude provoque déjà des mortalités massives de poissons, comme cela a été observé dans la Loire.
Le problème ne se limite pas aux épisodes exceptionnels. Un rapport interne d’EDF, qui a fuité le mois dernier, révèle que 6 milliards d’espèces marines sont déjà tuées chaque année par les centrales françaises. Sont concernés "des poissons, des crustacés et des méduses". Dans ce contexte, autoriser un réchauffement supplémentaire des fleuves revient bien à faire passer la sécurité du réseau avant la protection immédiate du milieu naturel. Mais l’alternative n’est pas neutre non plus. Si certains réacteurs s’arrêtent, il faut compenser la production manquante.
Nucléaire, mon amour !
00:02:26
Or l’un des arguments avancés en faveur du nucléaire est son caractère décarboné. Quand cette production manque, ce sont surtout des sources plus polluantes, notamment le charbon, qui prennent le relais. Une pollution supplémentaire qui alimente le changement climatique, donc la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur. "Il a fallu choisir entre la peste et le choléra" peut-on résumer.
Cette succession de canicules pose désormais une question de fond : celle de l’adaptation des infrastructures françaises à des températures extrêmes devenues plus fréquentes. Accepter de réchauffer davantage les fleuves ne peut pas constituer une solution durable.
Le gouvernement a annoncé un vaste plan d’électrification du pays, fondé notamment sur la construction d’au moins six nouveaux réacteurs. Mais encore faut-il concevoir ces installations pour des étés de plus en plus chauds. Et surtout, investir dans les 57 réacteurs déjà existants pour les adapter à la France d’aujourd’hui, une France où la canicule n’est plus l’exception, mais une contrainte structurelle pour le réseau électrique comme pour l’environnement.
Ne laissez pas Google décider de vos sources.
Ajouter RTL comme source préférée
Bienvenue sur RTL
Ne manquez rien de l'actualité en activant les notifications sur votre navigateur
Cliquez sur “Autoriser” pour poursuivre votre navigation en recevant des notifications. Vous recevrez ponctuellement sous forme de notifciation des actualités RTL. Pour vous désabonner, modifier vos préférences, rendez-vous à tout moment dans le centre de notification de votre équipement.
Bienvenue sur RTL
Rejoignez la communauté RTL, RTL2 et Fun Radio pour profiter du meilleur de la radio
Je crée mon compte