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Faut-il passer à la climatisation en France pour lutter contre la canicule ? RN, Renaissance, LFI, écolos... Les politiques divisés sur la stratégie à adopter

Des Écologistes au Rassemblement national, les positions sur la climatisation varient, même si aucun parti ne semble être contre. Seul le RN est pour climatiser massivement, alors que EELV, LFI ou encore Renaissance temporisent.

Une climatisation. (Illustration)

Crédit : Romain Doucelin / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Marine Langlois

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C'est une question qui agite à chaque épisode caniculaire en France : faut-il ou non massivement installer la climatisation dans le pays ? En France, d'après les chiffres récoltés par Hello Watt, une entreprise qui compare les offres des fournisseurs d’énergie, 28% des maisons françaises disposent d'une climatisation en 2026 contre 13,8% des appartements. 

La France a clairement un retard sur cette question, mais surtout, elle prête beaucoup plus à débat que dans d'autres pays. D'après un sondage Ipsos publié en juin, 78 % des Français ne considèrent pas la clim respectueuse de l'environnement. 

Mais qu'en est-il du côté des politiques ? Ils se sont emparés de la question assez récemment car les programmes portés en 2022 pour la présidentielle ou en 2024 pour les législatives ne mentionnent pas vraiment la question de l'air conditionné (aussi bien à gauche, qu'à droite et au centre). Aujourd'hui, les opinions divergent même si la plupart des partis reconnaissent son utilité dans certains cas. 

RTL fait le point sur les positions de chacun. 

Un plan "tout climatiser" pour le Rassemblement national

La ligne de Marine Le Pen n'a pas changé depuis 2025. La députée RN, soutenue par Éric Ciotti, avait plaidé en juin 2025 pour un grand plan de climatisation : "Il est grand temps que la France déploie un grand plan d'équipement pour la climatisation. Je le lancerai dès notre arrivée au pouvoir. Alors que les vagues de chaleur seront hélas régulières, les services publics ne sont pas capables de fonctionner faute de climatisation, contrairement à des dizaines de pays dans le monde", avait-elle dit sur X.

Même son de cloche le 19 juin dernier au salon Vivatech pour la (possible) future candidate à la présidentielle 2027 : "C'est une décision de santé publique que d'équiper massivement l'ensemble de nos locaux publics, en commençant par les locaux qui accueillent les plus faibles, de développer la climatisation. Idéalement la climatisation réversible. (...) L'absurdité, c'est de faire mourir les gens de chaleur."

De Sébastien Chenu à Laure Lavalette en passant par Franck Allisio, tous les soldats du RN défendent ce plan. "Aujourd'hui, la climatisation est la réponse. Encore une fois, on ne se pose pas la question. Il y a des dérèglements climatiques, mais ces dérèglements climatiques ne nous amènent pas à ne pas nous chauffer l'hiver. Se climatiser l'été, c'est comme se chauffer l'hiver. On ne se dit pas que se chauffer l'hiver va polluer, non", a assuré Franck Allisio sur France 2 le 19 juin dernier

L'UDR, parti d'Éric Ciotti, a également relancé son plan pour climatiser cette année. Le groupe a déposé ce lundi 22 juin, "une proposition de loi pour rendre obligatoire la climatisation dans les écoles et les Ehpad. La canicule n’est pas une fatalité ! Choisissons la modernité et la sécurité des plus fragiles", peut-on lire sur leur compte X

Résumons : pour le RN, il faut tout climatiser. 

Le gouvernement et Renaissance, moins radical que le RN

Du côté du gouvernement, la ligne du RN de "tout climatiser" est vue comme trop radicale. "Le débat n'est pas d'être pour ou contre. Il serait absurde de s'opposer à la clim par principe et dogmatisme mais ça ne peut pas être l'alpha et l'oméga de l'adaptation au changement climatique", a déclaré le ministre de la Transition écologique Mathieu Lefèvre sur RMC le 21 juin


"Nous proposons une baisse de la TVA sur les pompes à chaleur réversibles qui font du chaud en hiver et du froid en été. Nous proposons le développement de la géothermie qui permet de développer de la chaleur et de la fraîcheur aussi. Mais le plan d'adaptation de Madame Le Pen avec de la clim partout tout le temps, ça ne fonctionne pas. Il faut privilégier les solutions passives et évidemment le cas échéant pour les publics les plus fragiles, pouvoir développer la climatisation", a-t-il ajouté. 

À écouter

Climatisation : luxe égoïste ou besoin vital face au changement climatique ?

00:32:34

Le ministre de l'Économie Roland Lescure a assuré que sur LCI que "la climatisation est le meilleur moyen de gérer ce genre de situation" mais que cela "coûte cher". "Il faut que la climatisation soit présente dans les nouveaux bâtiments, mais on ne doit pas le faire n’importe comment", a-t-il terminé. 

Alors que Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre et députée Renaissance, a dénoncé le plan du RN sur Sud Radio, rappelant que "proposer un plan massif de climatisation ne permettra pas d'atteindre les bons résultats dans les passoirs techniques, les bouilloires thermiques". "Il faut rénover thermiquement, mettre des stores, auvents et tout ce qui baisse la température passivement, et là on peut climatiser. Sans ça, on fait simplement exploser les factures", a martelé la député Renaissance. 

Enfin le candidat Renaissance à l'élection présidentielle Gabriel Attal a assuré à BFMTV : "Il faut installer la climatisation dans les établissements qui accueillent les personnes vulnérables. (...) Et il faut isoler nos établissements scolaires en matière thermique."

Résumons : pour le bloc central et le gouvernement, il faut climatiser mais sans oublier les autres solutions pour s'adapter au changement climatique. 

"Ni un tabou, ni une réponse à tout" pour les Écolos

Les Écologistes ont quant à eux été accusés d'être anti-clim, ce dont leur cheffe de fil s'est défendue dimanche 21 juin sur LCI : "Ce n'est pas notre ligne, et ça ne l'a jamais été", la climatisation n'est "ni un tabou, ni une réponse à tout", a assuré Marine Tondelier

"On ne va pas dire aujourd'hui, la clim on n'en met pas, ça coûte de l'énergie. La réalité c'est qu'il faut en urgence équiper les services publics, notamment les écoles et les hôpitaux de clim (…) Il y a des endroits où on ne peut plus se passer de clim", a continué l'Écologiste. Mais pour elle, climatiser "partout, on n'est pas en mesure de le faire financièrement". "Et si vous climatisez des logements qui ne sont pas isolés, vous n'allez pas très loin", a-t-elle conclu, en ironisant sur une position "pas crédible sur le climat" sur RN, au vu des positions prises lors des votes parlementaires. 

En 2025, Marine Tondelier avait déjà une position similaire : "Je ne dis pas que je suis contre la climatisation qui peut être une solution individuelle et collective et on voit notamment que nos services français sont en retard. Mais la climatisation n'est pas une solution magique", déclarait-t-elle à BFMTV, assurant ne pas être contre "la clim collective ou individuelle" mais que cette dernière "ne va pas tout régler". 

Cette même année, EELV a signé une motion assez défiante envers la climatisation, sans pour autant mentionner la question des Ehpad ou des écoles.

Le parti vient tout juste de lancer une pétition pour demander un "congé climatique" de maximum cinq jours par an, pour protéger les salariés exposés et les familles confrontées aux fermetures d'école. 

Résumons : pour les Écologistes, il faut climatiser mais sans oublier les autres solutions pour s'adapter au changement climatique. 

LFI n'est pas contre mais veut privilégier l'isolation

La France Insoumise a une position assez similaire à celle de EELV sur la question : ils ne sont pas contre, surtout dans les espaces recevant du public et des personnes vulnérables, mais ne veulent pas "tout climatiser" comme le prône le RN, privilégiant l'isolation. 

"Climatiser partout, ça veut dire augmenter les dégâts", a assuré Jean-Luc Mélenchon lors d'un passage au salon Vivatech. "On sait faire des bâtiments qui résistent à la chaleur. Il y a des techniques, (…) il y a 1.000 manières d’isoler un bâtiment", a-t-il continué avant de conclure : "Il y a deux choses à ne pas faire : laisser les choses en l’état et deuxièmement, aggraver le mal en croyant soulager." 

"Le débat, il ne peut pas être pour ou contre la climatisation, a de son côté déclaré Manuel Bompard, invité du Grand Jury RTL - Public Sénat - Le Figaro - M6 dimanche 21 juin. Moi, je ne suis évidemment pas opposé à l'idée qu'on installe de la climatisation, par exemple, dans tous les lieux dans lesquels des publics fragiles vont se retrouver comme les Ehpad."

À écouter

Le Grand Jury de Manuel Bompard

00:52:06

Le coordinateur national de LFI assure qu'on "a le droit d'acheter une climatisation aujourd'hui" mais que "faire croire que la réponse à la problématique des phénomènes climatiques extrêmes aujourd'hui, c'est d'installer partout, dans tous les lieux, dans tous les logements des climatiseurs, à mon avis, c'est se tromper". Il invoque une "faisabilité" très compliquée mais aussi le fait que "généraliser l'installation de la climatisation partout, c'est produire des îlots de chaleur". 

"Le risque, c'est quand même d'aggraver le problème qu'on prétend auquel on prétend répondre. Donc, la solution, ce n'est pas ni pour ni contre la climatisation. La solution, c'est d'abord d'essayer d'avoir des modalités de rénovation énergétique des logements avec des matériaux intelligents, avec, par exemple, des volets, des stores, tout ce qu'on peut faire qui est passif, mais qui permet de faire en sorte qu'on soit moins confronté à ces températures extrêmes", a terminé Manuel Bompard. 

Résumons : pour les Insoumis, il faut climatiser mais sans oublier les autres solutions pour s'adapter au changement climatique. 

Des prises de position moindre du côté du PS et du PCF

Le Parti socialiste n'a pas été très vocable sur la question de l'air conditionné. En 2025, interrogé par l'AFP, le chef de file des députés socialistes se disait "pour la climatisation pour les établissements qui accueillent des jeunes publics", sans plus de détail. 

Olivier Faure, le premier secrétaire du parti, a de son côté interpellé Sébastien Lecornu sur X, dénonçant une "énième mise en scène" avec la réunion de la cellule interministérielle mais sans mentionner une fois la question de la climatisation. "Depuis 2003 les épisodes se sont multipliés. Il faut une politique systémique. Lancez un grand plan de rénovation thermique", a écrit Olivier Faure, demandant notamment le dégel du "fond vert qui accompagne les collectivités locales dans l’adaptation au réchauffement climatique". 

Quant au PCF, le parti a publié un communiqué ce lundi pour dénoncer "l'inaction" jugée "criminelle" du pouvoir face à l'urgence climatique. Dans ce texte, une seule mention d'air conditionné pour demander la "climatisation des écoles, hôpitaux et EHPAD". Le parti demande également un plan de rénovation national assurant que "la canicule est aussi une violence de classe". 

Et pour Place Publique, le parti de Raphaël Glucksmann, un communiqué publié le 3 juin dernier sur la canicule ne mentionne pas une seule fois la question de la climatisation, préférant se concentrer sur l'importance de l'adaptation (végétalisation, rénovation énergétique, etc). 

Résumons : pour le PS et le PCF, il faut climatiser les hôpitaux, Ehpad et écoles. Place Publique ne précise pas. 

Une question pas vraiment abordée par les Républicains

Enfin, les Républicains ne sont pas très loquaces sur la question de la climatisation et ne semblent pas vraiment avoir de ligne nationale claire. Ancienne du parti, Valérie Pécresse a dénoncé sur RTL ce lundi une "idéologie anti-clim" qui "nous a fait prendre 10 ans de retard dans la climatisation des bus". Selon elle, il y a dix ans, "la région était dirigée par une coalition de gauche avec des Verts qui avaient interdit d’acheter des bus climatisés".

Mais au premier meeting de Bruno Retailleau, le candidat LR à la présidentielle, à Paris samedi 20 juin, cette question de l'air conditionné était bien loin des esprits. La lutte contre le réchauffement climatique n'est d'ailleurs pas "une priorité absolue" pour les militants interrogés par le Huffington Post. "Je pense qu'il y a des sujets plus importants", a assuré l'un d'entre eux alors qu'un autre a ajouté : "Qu'il fasse chaud, qu'il fasse froid, c'est la météo, c'est la vie", assurant qu'il n'y a pas eu de canicule dernièrement mais "des coups de chaud". 

Vu les réactions (proches du climatoscepticisme) des votants des Républicains, il n'est pas étonnant que Bruno Retailleau ne s'attarde pas sur la question. À la toute fin de son discours, il a seulement mentionné l'écologie assurant : "L'écologie, elle est importante. Il y a une écologie de droite (…) qui ne punit pas." 

Résumons : la climatisation n'est pas dans les préoccupations des Républicains. 

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