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L'hypermarché Carrefour de Saint-Geneviève-des-Bois le 1er juin 1963.
Crédit : Carrefour / AFP
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Il y a 60 ans, faire ses courses en France n'avait rien à voir avec l'expérience d'aujourd'hui. En 1966, les hypermarchés existaient déjà, mais ils restaient extrêmement rares : on n'en comptait que 12 dans tout le pays. Ils étaient surtout implantés en région parisienne, puis dans la région lyonnaise. Pour une grande partie des Français, les achats du quotidien passaient donc encore par plusieurs commerces.
La scène la plus courante, à l'époque, était celle d'une cliente qui allait d'abord dans un magasin d'alimentation générale pour les produits d'épicerie, puis chez le boucher, le primeur ou le crémier pour compléter ses achats. Pour les produits d'entretien, il fallait parfois pousser jusqu'à la droguerie. Le commerce reposait alors sur cette logique de parcours, bien loin du modèle actuel de la grande surface où tout est regroupé.
Le tournant commence le 15 juin 1963 avec l'ouverture du premier hypermarché à Sainte-Geneviève-des-Bois, dans l'Essonne, au sud de Paris. Pour l'époque, le magasin est gigantesque : 2.500 mètres carrés, soit 10 à 20 fois plus grand que les commerces fréquentés au quotidien par la plupart des ménages.
La nouveauté ne tient pas seulement à la taille. L'hypermarché introduit surtout une rupture dans la manière de consommer : on y trouve à la fois des produits alimentaires et des produits non alimentaires. Textile, bricolage, décoration : ce mélange des genres est alors perçu comme une révolution. Le principe du "tout sous le même toit" s'impose progressivement comme un nouveau standard.
Ces magasins s'installent loin des centres-villes, tout simplement parce qu'ils ont besoin de grandes surfaces. Cette implantation en périphérie change aussi les habitudes de déplacement. Les clients viennent en voiture, disposent de grands parkings et achètent en plus grande quantité. L'essor de l'hypermarché accompagne ainsi celui de l'automobile : dans les années 1960, les deux trajectoires avancent ensemble.
Cette transformation ne modifie pas seulement les lieux de consommation. Elle change aussi le rythme des courses. Là où il fallait auparavant multiplier les arrêts chez plusieurs commerçants, le modèle de la grande surface permet de concentrer les achats en un seul endroit.
Comparer les prix entre 1966 et 2026 en valeur brute n'a pourtant guère de sens. En 1966, les achats se faisaient en francs ; aujourd'hui, ils se font en euros. Pour mesurer l'évolution réelle, il faut raisonner en temps de travail nécessaire pour acheter un produit.
L'exemple des pâtes est parlant. Un paquet de 500 grammes coûtait 1 franc en 1966. Aujourd'hui, il vaut environ 1 euro. Vu ainsi, le produit semble 6,5 fois plus cher. Mais cette comparaison est trompeuse. En 1966, il fallait travailler 29 minutes pour se l'offrir. En 2026, 6 minutes suffisent. Autrement dit, ce paquet de pâtes coûte aujourd'hui presque cinq fois moins cher en temps de travail.
Ce décalage rappelle à quel point l'évolution de la consommation ne se résume ni à l'affichage des prix ni à la nostalgie des années 1960. Entre la disparition progressive des achats éclatés dans les petits commerces, l'essor des hypermarchés et la place prise par la voiture, c'est tout le quotidien des Français qui a été redessiné.
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