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"Un énième bricolage" : mais d'où viennent les 3.000 professeurs remplaçants des lycées censés être déployés en quelques heures par Édouard Geffray ?

Le ministre de l'Éducation nationale a annoncé jeudi 8 octobre l'arrivée imminente de 3.000 professeurs remplaçants dans plus de 500 lycées où la situation est la plus critique, après une nouvelle mobilisation des lycéens sur fond de violences urbaines en marge des rassemblements. Une mesure d'urgence qui ne convainc pas totalement.

Le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray assis devant des post-it d'élèves ayant noté leurs réflexions sur la situation actuelle, au lycée polyvalent de Cachan, le 9 octobre 2026.

Crédit : SIMON WOHLFAHRT / AFP

Lycées : Geffray annonce l'arrivée de 3.000 professeurs remplaçants "dans les heures qui viennent", mais d'où viennent-ils ?

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AFP & La rédaction numérique de RTL

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La mesure a de quoi interroger. En réponse au mouvement de blocages des établissements à travers le pays, Édouard Geffray a annoncé jeudi 8 octobre que 3.000 professeurs remplaçants allaient être déployés dans les lycées où la situation l'exige et que le gouvernement déposerait des amendements au projet de budget pour prendre en compte certaines demandes des élèves mobilisés.

"Grâce à un logiciel que j'ai demandé il y a un an, on a pu, en ce début d'année - c'est la première fois qu'on le déploie -, identifier les établissements qui sont dans des situations que je qualifierais de très problématiques. Il y a 114 lycées dont je dirais qu'ils sont rouges, et 400 qui sont oranges", a expliqué le ministre de l'Éducation nationale au journal de TF1.

"On a 3.000 professeurs remplaçants qui actuellement ne sont pas devant élèves. Ils voudraient l'être mais ils ne sont pas affectés devant élèves parce que jusqu'à présent on savait mal les affecter notamment. Dans les prochaines heures, ils vont rejoindre ces établissements", a-t-il ajouté. Il s'agira "essentiellement de TZR", soit des professeurs titulaires sur zone de remplacement, avait déjà précisé le ministre de l'Enseignement supérieur Philippe Baptiste sur franceinfo, réfutant tout "bricolage" et parlant d'un "soutien indispensable pour les élèves aujourd'hui."

Déployés en 12 à 24 heures selon le ministre

L'Éducation nationale compte environ 21.000 professeurs du second degré destinés au remplacement en cours d’année. Parmi eux, près de 10.000 sont des TZR, tandis que les autres sont contractuels.

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"On est en 2026 et la France découvre qu'elle a un problème de logiciel pour affecter 3.000 professeurs. C'est assez lunaire comme situation. Et puis, on peut quand même se demander qui sont ces professeurs, d'où viennent-ils ? Il ne faut pas s'attendre parce que demain à 8h30, il y a des milliers de professeurs qui débarquent dans les établissements scolaires", a réagi jeudi soir sur RTL Sophie Vénétitay, la secrétaire générale du syndicat Snes-FSU, parlant d'un "énième bricolage".

"Ces 3.000 professeurs sont en train d'être contactés en direct par les académies. Cela se passe en 12 à 24 heures donc ils vont connaître progressivement leurs affectations dans la journée ou en début de semaine car il y a toujours un petit temps de réglage", a toutefois répondu Édouard Geffray vendredi à l'occasion d'un point presse devant le lycée polyvalent de Cachan.

Une affectation repensée grâce à "un outil dopé à l'IA"

"Il y en a très précisément 3.024", selon Édouard Geffray. "Nous allons travailler sur l'optimisation de leur affectation. Cela fait un an qu'on y travaille avec un outil dopé à l'IA qui permet d'avoir une géolocalisation plus précise et qui mesure le temps de transport des professeurs, ce qui nous aide à les affecter. On optimise nos processus et la qualité de vie de nos remplaçants", a-t-il ajouté, balayant l'idée qu'un TZR dépendant d'une académie puisse être envoyée dans une autre.

Selon plusieurs sources à RTL, ces TZR - des titulaires qui ont passé des concours - étaient payés comme remplaçants, mais inoccupés, car dans une zone sur laquelle il n'y avait vraisemblablement pas de besoin. Ils attendaient donc que leur téléphone sonne et pouvaient d'ici là effectuer des missions de soutien scolaire, par exemple. On peut supposer que ces remplaçants pourront désormais intervenir sur un secteur géographique plus large dans leur académie d'affectation.

"Ils ont vocation à être affectés dans des établissements, soit en soutien lorsque leur discipline ne correspond pas à un besoin immédiatement - cela permet de prendre un petit groupe ou d'avoir du rattrapage pour des lycéens privés de cours ces derniers jours -, soit pour remplacer les professeurs absents depuis plusieurs semaines, avec un ciblage prioritaire", a fait savoir le ministre.

Il a d'ailleurs indiqué que le classement des lycées rouges et oranges, dépendait du nombre de professeurs absents mais aussi de la durée de ces absences. Et ce, "a fortiori dans les classes à examen", mais sans que l'on connaisse les seuils de chaque catégorie.

Recrutements supplémentaires autorisés et recours au pacte enseignant

En plus de ces 3.024 TZR, le ministre a annoncé activer deux autres leviers jeudi, puisqu'il se prépare à "autoriser les recteurs à recruter plus que ce qui est notamment autorisé", ce qui représentera "quelques centaines" de professeurs supplémentaires. Une manière de "faire en sorte que, dans les disciplines où l'on n'a pas de remplaçant, on puisse en trouver dans les prochains jours". On peut imaginer que des contractuels, ces profs en CDD qui n'avaient pas été renouvelés à la rentrée, vont finalement être réquisitionnés.

"On va également donner plusieurs centaines de milliers d'heures supplémentaires, ce qu'on appelle le 'pacte enseignant' par anticipation, aux proviseurs pour qu'ils puissent procéder à des remplacements de courte durée à l'intérieur de l'établissement", a-t-il aussi détaillé à propos de ce dispositif existant depuis 2023 afin de permettre à des professeurs de remplacer des collègues absents sur la base du volontariat.

Selon une enquête menée par le principal syndicat des chefs d’établissement, le SNPDEN-UNSA, et citée par Le Monde, 76 % des collèges et lycées avaient pourtant débuté l’année avec une dotation en baisse.

In fine, "on tutoiera probablement les 4.000 équivalents temps plein avec tout ce que l'on libère", selon Édouard Geffray.

"La première fois que nos lycéens auront un effet sur le budget"

Interrogé sur le coût de cette mesure, le ministre a estimé jeudi au 20 Heures que cela représentait "plusieurs dizaines de millions d'euros" cette année. "Ce qui compte surtout, c'est ce qui va se passer toute l'année prochaine, en 2027, grâce au projet de loi de finances sur lequel on travaille", selon lui. Le ministre a de nouveau évoqué la plateforme de concertation pour les lycéens mise en ligne depuis lundi soir, qui permet aux élèves de "faire part de toutes leurs demandes" et "de leurs inquiétudes".

"Leur parole va être entendue et nous en tirerons des conséquences aussi dans le projet de budget", a-t-il assuré. "On va d'abord leur répondre établissement par établissement. Et puis on va trouver des réponses politiques, collectives. Le gouvernement fera des propositions d'amendement dans le cadre de l'examen des projets de loi de finances sur le budget de l'éducation nationale grâce à ces contributions", a ajouté Édouard Geffray. "C'est la première fois que nos lycéens auront un effet sur le budget d'Éducation nationale", a-t-il dit.

"Le gouvernement déposera des amendements au projet de loi de finances pour 2027 pour traduire certaines propositions des lycéens en mesures concrètes, notamment sur les remplacements", a aussi indiqué le Premier ministre Sébastien Lecornu sur X. "Chaque heure de cours perdue faute de professeur remplacé pénalise les élèves. C'est une préoccupation majeure des lycéens", a-t-il écrit.

Vendredi matin sur franceinfo la secrétaire générale de la CFDT Marylise Léon a jugé la "première réponse" du gouvernement sur les professeurs remplaçants "largement en deçà de ce qui est attendu". 

L'opposition reste vent debout

Une batterie de promesses qui ne calment pas la colère de la classe politique contre le gouvernement. "C'est un effet d'annonce, le problème est bien plus profond que cela", a de son côté déploré François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains et député européen, sur RTL. À gauche, le candidat à la présidentielle François Ruffin (Debout!) s'est exclamé sur franceinfo : "Ce n'est pas une réponse, ça ! On a un ministre qui arrive comme un super informaticien qui dit 'bon, ben voilà, on a un logiciel' et on va réussir à faire des bouche-trous pour des remplacements". 

Sur X, le député Paul Vannier, spécialiste de l'éducation chez LFI, a demandé ce que le ministre de l'Éducation avait "fait ces derniers mois pour découvrir soudainement 3.000 postes de professeurs prétendument non affectés", jugeant que son discours est "un réquisitoire hypocrite contre 10 années de macronisme éducatif". 

Enfin côté RN, le porte-parole de Marine Le Pen, Laurent Jacobelli, a estimé vendredi que l'annonce du déploiement des 3.000 enseignants revenait à une "légitimation de la violence", observée en marge des manifestations lycéennes depuis trois semaines. "C'est tu casses, tu reçois", s'est indigné le responsable d'extrême droite sur Cnews-Europe1. Sur LCI, le député de son camp, Jean-Philippe Tanguy, a lui accusé le gouvernement d'avoir "menti" en affirmant qu'il n'y avait pas de problème de remplacements d'enseignants à la rentrée.

De fait, le 31 août dernier, Édouard Geffray disait que les absences seraient "marginales", avec seulement "quelques dizaines de postes vacants cette année dans le second degré". Reste désormais à connaître la réponse des lycéens également mobilisés pour plus de moyens avec des bâtiments appropriés, contre Parcoursup ou face aux emplois du temps et classes trop chargés - après ces annonces du gouvernement, lors de l'acte V du mouvement prévu mardi prochain.

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