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Coronavirus : l'État au chevet d'Air France et Renault, un geste désintéressé ?

ÉDITO - L'ancien propriétaire des deux groupes, qui a accordé des prêts aux deux fleurons français, pourrait leur demander d'accélérer leurs transformations.

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Coronavirus : l'État au chevet d'Air France et Renault, un geste désintéressé ? Crédit Image : ERIC PIERMONT / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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François Lenglet édité par Félix Roudaut

Bruno Le Maire a annoncé, vendredi 24 avril, des prêts destinés à aider Air France et Renault à passer le trou d’air qui les frappe. La marque au Losange a en effet vu ses ventes chuter d'un quart au premier trimestre 2020, et de bien davantage au mois d’avril. Quant à la compagnie aérienne nationale, elle n’a tout simplement plus de chiffre d’affaires, puisque le transport aérien est à l’arrêt. 

Air France va donc recevoir 4 milliards d’euros de prêt bancaire garantis par l’État, et 3 milliards d'euros directement fournis par l’État. Renault disposera de cinq milliards d'euros de prêt bancaire garanti.

Ces prêts accordés par l'État ne sont pas synonymes de nationalisation pour autant. Car les directions actuelles au sein des deux entreprises restent en place, et l’État conserve la quinzaine de pour cent qu’il détient déjà dans les deux firmes. 

Mais cela pourrait changer pour Air France : il y aura très probablement une augmentation de capital dans quelques mois, à laquelle l’État souscrira. Si les autres actionnaires de la compagnie - l’État néerlandais, la compagnie américaine Delta, une compagnie chinoise - ne suivent pas, alors l’État français détiendra une participation plus importante. 

L'État demande à Air France de trouver sa "raison d'être"

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Mais tout cela ne se fera pas sans contreparties importantes. C’est d'ailleurs l’intérêt de cette opération : elle sauve l’entreprise, mais accélère les transformations. L’État a ainsi demandé à Air France de restructurer son réseau, notamment en supprimant des liaisons nationales où le train offre une alternative, de diminuer ses émissions polluantes en renouvelant une partie de sa flotte et d’améliorer la compétitivité, qui en a grand besoin.

Pour la direction, ce prêt assorti de conditions constitue un levier supplémentaire pour transformer l’entreprise, notamment vis-à-vis des pilotes, qui ont souvent été des interlocuteurs difficiles. On se souvient de leurs grandes grèves qui avaient coûté des centaines de millions d'euros à la compagnie. 

Ultime demande de l’actionnaire publique : qu’Air France se dote d’une "raison d’être", c’est-à-dire une finalité sociale ou sociétale, au-delà de la recherche de la rentabilité. C’est une nouvelle disposition de la législation française, qui fait suite au rapport Notat-Sénart sur le nouveau capitalisme.

Deux industries qui reflètent la France

Le parallélisme entre les deux entreprises est singulier. L'une comme l'autre sont des symboles du pays. En effet, elles ressemblent à la France, avec leurs bons et leurs mauvais côtés. Toutes les deux publiques auparavant, elles se sont ouvertes au privé à l'occasion d'une crise qui a failli les emporter (Renault dans les années 1980, et Air France dans les années 1990). Puis elles ont connu de belles années, dirigées par d'anciens hauts fonctionnaires de gauche, Louis Schweitzer pour l'auto et Jean-Cyril Spinetta pour l'aérien. L'une et l'autre ont racheté un concurrent international mal en point (Nissan en 1999, et KLM en 2004), pour devenir des géants respectés. 

Vingt ans plus tard, les voici à genoux devant leur ancien propriétaire, encore une fois pour demander l'aide du contribuable, comme avant. Air France n'a jamais été au bout de sa réforme, comme en témoignent les grèves incessantes. Quant à Renault, elle paye la folie des grandeurs de l'ère Ghosn. Même avec l'aide de l'État, il y a donc du travail pour les deux patrons actuels.

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