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"Cela revient à guérir la maladie en tuant le patient" : François Lenglet explique pourquoi le choix de la BCE d'augmenter ses prix est risqué

La Banque centrale européenne (BCE) a décidé à l'unanimité ce jeudi 11 juin d'augmenter ses principaux taux directeurs pour la première fois depuis trois ans. Cette stratégie risque de ne pas être payante.

Les bureaux de la Banque Centrale Européenne à Francfort, Allemagne.

Crédit : Daniel ROLAND / AFP

François Lenglet - édité par Ennio Aparicio-Szkudlarek

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La remontée des taux d’intérêts nous impacte tous. Lorsque nous empruntons à la banque, celle-ci se fournit chez son grossiste, la Banque centrale européenne de Francfort. Ce jeudi 11 juin 2026, la BCE a remonté ses prix de 0,25%.

Immanquablement, votre banque va aussi augmenter ses prix. Cela signifie que nous allons payer les crédits plus chers. Cette décision n’est pas bonne pour l’économie, car cela dissuade entreprises et particuliers d’investir et de consommer, alors même que la France est déjà en croissance zéro, selon les chiffres du dernier trimestre. Le bilan n'est guère plus brillant dans la zone euro. 

Si la BCE décide malgré tout de rehausser ses tarifs, c'est parce que cette banque des banques est spécifiquement dressée à débusquer l’inflation. Dès que la hausse des prix dépasse 2%, elle est en alerte. 

Un contexte inhabituel pour cette stratégie

Le seuil se situe aujourd’hui à 3,2% à cause de la flambée des prix de l’énergie. Du coup, la BCE applique sa bonne vieille méthode : augmenter le prix de l’argent pour ralentir la demande, dans l’espoir que les producteurs n’augmentent pas leurs prix et que l’inflation redescende à un niveau acceptable. 

Cette stratégie est souvent payante. Lorsqu'on renchérit les prêts, la demande chute, et les prix se calment. Le principal levier de commande de l’activité, ce sont les taux d'intérêts. 

Le problème est que cette méthode est parfaite quand l’inflation provient d’une surchauffe de l’économie et que les salaires augmentent vite. Ce n’est pas du tout le cas aujourd’hui. L'inflation provient d’un choc extérieur : la fermeture du détroit d’Ormuz et la guerre en Iran, alors que les salaires n’augmentent que peu et que l’économie s’affaiblit. 

Risque de récession

Nous risquons donc de partir vers une récession, sans inflation, mais aussi sans croissance ! Cela revient à guérir la maladie en tuant le patient. Il faut noter que la banque centrale d’Amérique et celle d’Angleterre - deux pays où l’inflation est bien plus forte que chez nous - n’ont pas bougé une oreille.

Ce n'est pas la première fois que nos argentiers européens font preuve d'une telle rigueur. En 2008, ils avaient fait une manœuvre similaire à la veille de l’une des plus graves crises du siècle. Rebelote en 2011, en augmentant ses taux juste avant la crise de l’euro.

À leur décharge, leur métier est très difficile. Pour qu’ils tiennent au mieux leur rôle de stabilisateur, il leur faut lire l’économie de façon prospective, en tentant de deviner comment celle-ci va évoluer, alors que les déterminants sont très nombreux. Une mission aussi difficile que de conduire une voiture sans voir la route. 

Avec ce choix, ils prennent néanmoins un parti rigoureux, en mettant en risque l’activité économique de toute la zone, et particulièrement celle de la France, qui est le plus fragile des grands pays. 

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