1. Accueil
  2. Actu
  3. Société
  4. "Tu m'envoies un SMS quand tu es bien rentrée ?", ou l'angoisse du retour
4 min de lecture

"Tu m'envoies un SMS quand tu es bien rentrée ?", ou l'angoisse du retour

ÉDITO - Après et avant la fête, il y a l'angoisse du retour. Pour y pallier, on se retrouve à essayer d'anticiper les emmerdes. Quitte à se gâcher le plaisir.

Dans la série "Girls", toute excuse est bonne pour faire la fête
Dans la série "Girls", toute excuse est bonne pour faire la fête
Crédit : HBO
Morgane Giuliani
Morgane Giuliani

Les week-ends prolongés n'ont pas été créés pour se reposer. Bien sûr que non. (Ne faites pas les innocents, je ne vous crois pas.) Mais bien pour faire deux fois plus la fête que pendant un week-end normal. Le 1er novembre tombant un mardi cette année, c'était l'occasion idéale pour fêter Halloween trois soirs d'affilée (Si vous nous lisez avec la tête dans le coton à cause de vos excès de la veille, on vous fait des bisous).

On espère d'ailleurs que vous avez un peu trouvé votre bonheur parmi les conseils maquillage et look de Girls ! Parce que justement, quand on se prépare à fêter Halloween, on doit penser à des tonnes de choses. Quelle tenue ? Quelle coiffure ? Quelles chaussures ? Quel maquillage ? Combien d'hectolitres de faux sang ? Où ai-je mis cette perruque verte qui m'avait coûté un bras il y a 2 ans ?

Flipper d'avance

Si seulement nos préoccupations s'arrêtaient à avoir peur d'enfiler le même déguisement qu'une obscure connaissance du lycée ou de la fac ! Mais ce n'est pas le cas. Quand on se prépare pour aller faire la fête, une partie de notre cerveau est déjà en alerte et turbine à plein régime.

"C'est quoi comme fête ? Il y aura qui ? Principalement des potes, ou des inconnus ? Est-ce que c'est loin de chez moi ? Est-ce que ce quartier craint plus qu'un autre ? Est-ce que je fais en sorte de partir suffisamment tôt pour chopper le dernier métro ? Est-ce que je dors là-bas ? Est-ce que je m'aventure à prendre un taxi ou un Uber ? Est-ce que je connais quelqu'un avec qui je pourrais faire un bout de chemin ?" Bref, vous connaissez les livres "dont vous êtes le héros ?" C'est pareil, mais c'est clairement moins drôle (pas du tout drôle, en fait).  

À lire aussi

Ces questions ne sont pas que d'ordre pratique. On se les pose parce qu'on flippe d'avance. On flippe à l'idée qu'il nous arrive "quelque chose" sur le chemin du retour. On a peur de la mauvaise rencontre qui tourne vraiment mal. Du sifflement à la remarque, en passant par le mec/groupe qui nous suit ou fait bien pire. Toutes les filles ont déjà ressenti cette peur, voire, la ressentent quasiment à chaque fois qu'elles sortent tard le soir. Ce n'est quand même pas pour rien qu'on a adopté le réflexe de demander à nos potes de sexe féminin : "Tu me dis quand t'es bien rentrée hein ?" (Reconnaissez-le, on ne s'inquiète pour la sécurité de nos potes mecs que s'ils partent ivres morts.)

Anticiper jusqu'à s'auto-censurer

Face au risque, on essaie d'anticiper et donc, on s'adapte. C'est ce fameux moment où on se fait ces réflexions complètement déprimantes : "Est-ce que je vais vraiment assumer cette robe courte si je rentre seule ? Est-ce que je vais être à l'aise avec ces talons de 10 centimètres ? Et si jamais j'ai besoin de courir à un moment, je fais comment ? Est-ce que je vais me faire remarquer si je sors sans collants ? Et ce rouge à lèvres, il n'est pas trop voyant ? Est-ce que je prends un livre avec moi pour avoir l'air occupée dans les transports ?"

Bref, on s'auto-censure. Alors que "s'il nous arrive quelque chose", il faut garder en tête que ce n'est pas de notre faute. Jamais. Pour ceux qui ont encore des doutes, un petit schéma ne fait jamais de mal (et une image vaut 1000 mots, comme dit papi) :

Le viol n'est dû qu'aux violeurs, ok ?
Le viol n'est dû qu'aux violeurs, ok ?
Crédit : WeKnowMemes

Mais là non plus, ce n'est pas si simple. Même quand on est persuadé de cela (ce qui est mon cas), la culture du viol est tellement ancrée en chacun de nous qu'on ne peut pas s'empêcher de se poser au moins quelques-unes de ces questions. Il y a quelques semaines, une jeune femme me disait "mettre de moins en moins de jupes" quand elle sort le soir, pour anticiper les tentatives de drague des chauffeurs de Uber. 

Sur le qui-vive en permanence

Les retours à la maison sans me poser de questions, où je sautille dans la rue en sifflotant, je ne connais pas. Et je pense qu'on est (très) nombreuses dans ce cas. Je rentre en mode automatique. Je marche vite (l'avantage de mesurer deux mètres), les poings dans les poches, le nez dans l'écharpe, le casque sur les oreilles, mais avec le volume pas trop fort, ou une oreille dégagée, pour entendre "au cas où" il se passe quelque chose. J'ai l'impression d'être Iron Man à force de repérer les gens sur mon trottoir et celui d'en face, et de garder un œil sur leur comportement.

Quand je vois que le bus n'arrive que dans 36 minutes, je préfère encore marcher un peu. Parce qu'être en mouvement me donne l'illusion d'être moins vulnérable. J'évite en général de donner ma véritable adresse au taxi ou VTC. S'il me pose des questions sur ma soirée, ou ce que je fais après, je reste vague. Dans le métro, je cherche le wagon où il y a le plus de monde. "Parce qu'on ne sait jamais."

Si vous ne l'avez pas compris : c'est épuisant d'être dans l'angoisse du "peut-être". J'aimerais tellement ne pas avoir à me soucier de ça. Vraiment. N'avoir qu'à profiter de la fête, ne pas m'angoisser ni pour moi, ni pour mes amies. Mais on n'a pas le choix, tant que les mentalités n'évolueront pas, et que les dispositifs (péri)urbains ne permettront pas une plus grande sécurité pour les femmes, on sera obligé d'être sur le qui-vive en permanence. Quitte à se gâcher un peu la fête. Je vous laisse, j'ai pas encore dit à ma meilleure pote que je suis bien rentrée.

La rédaction vous recommande
À lire aussi

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/