3 min de lecture Terrorisme

Tirs dans un Thalys : la dénégation quasi-systématique des personnes suspectées de terrorisme

ÉCLAIRAGE - Malgré une dérive islamiste radicale attestée par plusieurs éléments de son parcours, Ayoub El Khazzani, l'auteur de l'attaque manquée dans un Thalys, se dit médusé par les accusations de terrorisme qui pèsent sur lui.

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Les terroristes nient les faits pour éviter les circonstances aggravantes Crédit Image : AFP | Crédit Média : Elisabeth Fleury | Durée : | Date : La page de l'émission
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Nier coûte que coûte avoir voulu commettre un acte terroriste est un trait récurrent de la ligne de défense des personnes suspectées de terrorisme. Interrogé depuis vendredi 21 août par les enquêteurs de la sous-direction antiterroriste à Levallois-Perret, Ayoub El Khazzani, l'homme maîtrisé dans un Thalys par des militaires américains en permission alors qu'il s'apprêtait à faire usage d'une kalachnikov et d'un pistolet automatique, a embrassé une ligne de défense visant à le décrire non comme un terroriste mais comme un marginal opportuniste.

Le jeune homme de 25 ans jure avoir trouvé par hasard un arsenal de guerre dans un jardin public près de la gare de Bruxelles. Pris d'une "idée folle", il aurait décidé de rançonner les voyageurs du Thalys avant de s'échapper en faisant exploser une vitre du train. Peu disert et ne s'exprimant qu'en arabe, il se présente comme un SDF sans argent ni logement et se dit "médusé" par les accusations de terrorisme qui pèsent sur lui, assure son avocat, malgré une dérive islamiste radicale attestée par plusieurs éléments de son parcours.

Comme Ghlam et Salhi avant lui

Cette ligne de défense laisse les policiers perplexes. Ils décrivent "un homme intelligent" à la ligne de défense "bien préparée". Une source proche de l'enquête confie ainsi au Monde qu'il "raconte n'importe quoi" et que "ses dénégations grossières rappellent les lignes de défense de Ghlam et Salhi", les deux derniers auteurs d'attentats et de projets d'attentats sur le territoire français. 

Arrêté le 19 avril dernier pour avoir projeté un attentat contre une église de Villejuif, Sid Ahmed Ghlam a longtemps gardé le silence avant de se livrer à des explications hasardeuses, évoquant notamment un complice qui lui aurait tiré une balle dans la jambe, avant d'avouer s'être blessé pour échapper aux représailles de l'État islamique.

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Interpellé le 26 juin, Yassin Salhi a pour sa part mis en avant une dispute avec son patron et sa femme pour motiver la décapitation de son employeur Hervé Cornara à Saint-Quentin-Fallavier, avant d'être accablé par des messages échangés avec des cadres de l'État islamique. 

Échapper aux circonstances aggravantes

En niant le mobile terroriste, les prévenus espèrent d'abord échapper aux circonstances aggravantes entraînées par la qualification d'entreprise terroriste individuelle ou en bande organisée. Une escroquerie en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste est par exemple punie de dix années d'emprisonnement, rappelle Le Figaro. Faute de qualification terroriste, cette infraction retombe à sept ans, voire cinq ans si la notion de bande organisée est abandonnée.

Il s'agit également d'en dire le moins possible sur les complicités dont ils ont pu bénéficier dans l'élaboration des projets d'attentats. "Ce type de défense correspond à des modes d'emploi fournis sur les forums Internet ou à des mots d'ordre des commanditaires", souligne encore un avocat habitué à défendre des jihadistes auprès du Figaro. Une méthode qui rappelle celle de la Taqiyya, ou l'art de la dissimulation, enseignée aux apprentis terroristes pour échapper aux radars des services de renseignement le temps de préparer leurs attaques. 

La tâche des enquêteurs est également compliquée par le fait que les organisations terroristes, l'État islamique en tête, ne revendiquent pas les attentats déjoués, comme le rappelle David Thomson, journaliste spécialiste des questions jihadistes à RFI.

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