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Sept ans après la loi "anti-fessée", un quart des parents français jugent toujours efficace la violence physique dans un but éducatif

Sept ans après la "loi-anti fessée", un quart des parents continuent de juger ce geste efficace et acceptable dans un but éducatif, selon un baromètre sur les violences éducatives ordinaires publié vendredi 17 avril par la Fondation pour l'enfance.

Une fessée (illustration)

Crédit : LOIC VENANCE / AFP

"Oui, c'est déjà arrivé" : la fessée toujours présente dans les foyers

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Hortense Crépin & Juliette Vignaud

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Bien qu'interdite depuis 2019, les fessées continuent de pleuvoir. Un quart des parents estime ce geste efficace et acceptable dans un but éducatif, selon un baromètre sur les violences éducatives ordinaires publié vendredi 17 avril par la Fondation pour l'enfance. Un parent sur cinq (22%) dit l'avoir fait au cours des 12 derniers mois.

Sur la même période, 68% des parents déclarent avoir déjà "hurlé ou crié après l'enfant", 30% avoir donné "une tape sur la main, le bras ou la jambe", et 19% "avoir utilisé des mots dévalorisants comme 'stupide' ou 'paresseux'". Au total, 83% des parents rapportent au moins une violence verbale ou psychologique, et 37% au moins une violence physique au cours de l'année écoulée. 40% des parents pensent par ailleurs que l'enfant apprend ce qui est bien ou mal grâce aux punitions corporelles.

"Je me souviens d'une grosse claque", raconte Mathilde, 12 ans, au micro de RTL. Une gifle infligée par sa maman, Laeticia, qui assure avoir revu ses méthodes avec ses deux autres enfants. "C'était sa première impolitesse, donc je m'en souviens. Je trouvais que c'était une méthode 'la plus douce' au lieu de hurler mais en fait ça sert à rien", reconnait-elle.

"Ce n'est pas très utile d'en arriver là. La deuxième a eu beaucoup moins et la troisième plus rien", poursuit-il, confiant "continuer à menacer" ses enfants d'une fessée, sans passer à l'acte.

"Ça ne règle rien"

D'autres parents, eux, assument toujours d'avoir recours à ce geste. "C'est déjà arrivé dans des situations avec un gros débordement", raconte une maman de cinq enfants. "C'est dû à une mauvaise gestion des émotions du parent et de nous-mêmes, comment on a été éduqués. Moi, j'ai été éduquée à la fessée et à la claque et je n'en suis pas morte."

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Comme elle, 39% des parents qui ont subi des punitions corporelles pendant leur jeunesse estiment que certains enfants en ont besoin pour apprendre à bien se comporter. Mais ce sont des pratiques dénoncées par les professionnels de l'enfance. 

"La fessée, ça veut dire que les parents sont débordés, sont en colère. Et c'est stupide, comme les violences éducatives, bien sûr. Ça ne règle rien, ça met l'enfant dans un processus de contre-agressivité", souligne Didier Pleux, psychothérapeute, spécialiste de l'éducation. Pour ce professionnel, il faut avant tout établir un code dans chaque famille en listant ce qui est au quotidien autorisé dans la famille et ce qui ne l'est pas.

"Ça met en évidence la difficulté des parents de savoir quoi faire justement quand ils se sentent dépassés", confirme la pédopsychiatre Anne Sénéquier, interrogée dans C'est notre époque sur RTL, parlant d'une "véritable nécessité de travailler sur la guidance parentale". "La violence engendre la violence", déplore la psychologue Catherine Verdier.

"Ça permet de clore le problème sur le moment. Sauf qu'in fine, le parent violent ne va pas voir ce qu'il va générer par derrière, c'est-à-dire l'humiliation, la non-compréhension, la frustration et la perte de confiance aussi."

Interdite par la loi

La fessée est interdite par la loi depuis sept ans, grâce à une loi portée par Maud Petit, députée du MoDem, et désormais inscrite dans le Code civil. "La phrase est très simple : l'autorité parentale s'exerce sans violence physique ou psychologique", explique-t-elle. 

Ce texte édicte donc un principe : le droit de correction parentale n'existe pas. Sauf que cette loi ne prévoit pas de sanction pénale spécifique. "Ce n'était pas le but de sanctionner, c'était le but de dire 'attention là si vous frappez vos enfants, il peut y avoir des traumas pour lui'. Mais ça ne veut pas dire que des parents ne sont pas sanctionnés lorsque ils ont commis des actes vraiment très très graves", précise la députée. La maltraitance, elle, est bien punie par la loi.

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