5 min de lecture Luxe

Plongée dans l'obsession des voitures chez les footballeurs

Plusieurs footballeurs témoignent de leur addiction aux voitures de luxe et des excès que cela occasionne.

Isabelle Choquet La Revue de Presse Isabelle Choquet iTunes RSS
>
Plongée dans l'obsession des voitures chez les footballeurs Crédit Image : MARCO BERTORELLO / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
La page de l'émission
Isabelle Choquet
Isabelle Choquet édité par Venantia Petillault

En voiture Simone ! Ce mercredi 18 novembre, zoom sur les footballeurs et leur bolide, une enquête du magazine So Foot. Et d'abord retour sur l'histoire de Manuel Cabit, défenseur de l'équipe de Metz. C'était il y a un an. Envie d'une virée à Paris avec son frère, Manuel devait prendre le train mais il n'y avait plus de place alors il embarque dans la Range Rover de son coéquipier Kevin n'Doram. 

Sur la route, on refait le match de la veille, on écoute du rap américain à fond et soudain plus rien. Le trou noir. Quand Manuel se réveille, il est coincé dans la carcasse de la voiture : "La première chose que j’ai pensé, c’est que mes jambes étaient arrachées, littéralement. Je ne les vois pas, je ne les sens plus. Et je réalise que quelque chose ne va pas”.

Effectivement, quelque chose, a mal tourné. N’Doram roulait à près de 190 km/h, il a perdu le contrôle. Direction l’hôpital de Reims. Des heures au bloc, et le verdict tombe : "Insensibilité des membres inférieurs". Autrement dit, Manuel Cabit est paralysé. Il a 26 ans, il vient de découvrir la ligue 1, mais son compteur de matches restera bloqué à trois. C'est étrange et pourtant, Cabit considère qu'il a eu beaucoup de chance. Il est vivant. 

Des joueurs qui y ont laissé leur vie

Nathaël Julan, joueur de Guingamp, et Junior Malanda, espoir de Wolfsburg sont tous les deux morts à 23 ans. Et que dire de José Antonio Reyes, idole du FC Séville, disparu dans un accident avec son jeune cousin de 23 ans, il roulait à 237 km/h. Toute l'Espagne l'a pleuré, ses coéquipiers se sont répandus en hommages. Sauf un, qui a jeté un froid en un phrase sur les réseaux sociaux : "Reyes ne mérite pas un hommage de héros." Un agent de joueurs renchérit : "On est chez les fous, sur la planète Mars. La fascination pour les voitures de standing a toujours existé. Mais aujourd’hui, on en arrive à des extrêmes intolérables. Il est temps de tirer la sonnette d’alarme."

Une recherche de sensations intenses

À lire aussi
Un coffre en cuir Louis Vuitton, en cours de confection luxe
Quand les trafiquants de drogue utilisent les noms du luxe pour vendre

De nombreux exemples existent : Jérôme Rothen, contrôlé à 245 km/h au volant de sa Porsche en 2008, Mickaël Landreau, qui roulait à 212 km/h avec son Audi en 2004, quelques mois après avoir participé à un spot pour la sécurité routière. Mais la palme revient au Tchèque Milan Baros, avec une pointe à 272 km/h en Ferrari sur les routes de l’Ain. 

Pourquoi de tels excès ? Il y a bien sûr la recherche de sensations. L'inconscience de la jeunesse, le sentiment d’invincibilité. Un sentiment que l’on retrouve souvent chez les Africains, dit un psy, parce que dans ces sociétés, tout est écrit. Quoi que l’on fasse, ce qui doit arriver va arriver, c’est le destin, ou le mektoub." Cette confiance est décuplée chez les footballeurs car ils se disent qu'ils ont des capacités de réaction et d’anticipation supérieures à la moyenne.

Un signe extérieur de richesse

Ils ont aussi de gros moyens et la bagnole, c'est un signe extérieur de richesse. L'attaquant Robert Maah témoigne : "Pour les footeux, la voiture, c’est comme avoir une jolie fille à tes côtés, ça te rend fier, il y a un fond de revanche sociale. Donc c’est ce que tu achètes en priorité." Il se rappelle ses débuts à Bari, en Italie : "Quand j’ai mis les pieds sur le parking, je ne savais plus où me mettre. Les trois premiers jours, le capitaine est venu à l’entraînement avec trois caisses différentes, il m’en a mis plein la tête. Le mec, il te mettait mal à l’aise juste avec sa voiture." L'agent Bruno Satin résume cela : "On peut le dire, c’est un concours de bites".

Un autre conseiller confirme : "Aujourd’hui, ils veulent pratiquement tous posséder une Maserati en guise de première voiture, alors qu’ils ne savent pas conduire". Maserati ou Lamborghini, Bugatti, Ferrari, Aston Martin… Difficile de leur faire entendre raison. "On passe pour un vieux con, dit Bruno Satin, et pour les parasites qui les entourent, vous êtes un casse-couilles, parce que vous êtes un obstacle dans leur volonté de faire acheter n’importe quoi à leur pote joueur et de toucher leur part du magot." 

Djibril Cissé confirme : "En deux ans à Auxerre, j’ai empilé quinze voitures. À l’époque, j’avais une Cadillac Escalade que j’avais entièrement modifiée. Tout l’arrière, c’était un salon, en fait. Quatre places, une grande télé, une machine à café, un frigo, une X-Box."

Certains joueurs conduisent sans permis

Pour customiser leur caisse de rêve, les footeux ont tous la même adresse : Mansory, le leader mondial de la personnalisation des voiture de luxe, basé en Suisse. "Ils veulent des choses extravagantes et uniques, dit un employé. Nous, on n’a pas à s’en plaindre, ils montrent nos modèles sur les réseaux sociaux. En un seul post, tu es vu par des millions de personnes !" Le client est roi, même s'il faut ajouter des turbos qui transforment la voiture en fusée.

Pas de scrupules non plus chez les assureurs. Les footballeurs signent généralement chez Henner Sports, une compagnie particulièrement protectrice. "En matière de contrats, on s’évertue à avoir les exclusions les plus réduites possibles. Le seul cas où l’on ne dédommage pas, c’est quand l’assuré est responsable de l’accident et qu’il conduit en état d’alcoolémie." Pour tout le reste, absolument tout le reste, les footballeurs sont indemnisés. Un luxe qui leur coûte entre 50.000 euros et 100.000 euros par an...  Le prix d'une quasi impunité.

Et quand l'assureur fait défaut, c'est le club qui compense. En janvier dernier, Yann M’Vila a accroché six ou sept bagnoles avec sa Bentley, dans les rues de Saint-Etienne. C’est l’ASSE qui a dédommagé les victimes pour étouffer l’affaire. Andy Delort, interpellé en récidive après une course poursuite du côté de Montpellier aurait lancé aux policiers : "Je m’en bats les couilles, je gagne 150.000 euros par mois." Ce qu'il conteste mais sur le fond, c'est un sentiment assez partagé. 

Même le retrait de permis n'est plus dissuasif : “Aujourd’hui, dans chaque club pro, il y a au moins deux ou trois mecs qui conduisent sans permis, dit Bruno Satin. Les clubs savent, mais ne disent rien". Le plus simple étant encore de s'acheter un permis. Ce que proposait une auto école en cheville avec des agents véreux à la préfecture de Nanterre. Entre 2.000 et 8.000 euros le papier rose. Autant dire un pourboire pour des joueurs surpayés... 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Luxe Football
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants