3 min de lecture Justice

Jallal Hami, 24 ans, mort noyé lors d'un bizutage à Saint-Cyr

Le jeune homme de 24 ans, élève en première année à Saint-Cyr-Coëtquidan, a perdu la vie après avoir été forcé à traverser un étang à la nage en pleine nuit.

Isabelle Choquet La Revue de Presse Isabelle Choquet iTunes RSS
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Jallal Hami, 24 ans, mort noyé lors d'un bizutage à Saint-Cyr Crédit Image : JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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Isabelle Choquet édité par Florine Boukhelifa

Jallal Hami était un jeune homme de 24 ans, élève à l'école des officiers de Saint-Cyr Coëtquidan. Il a perdu la vie entre les murs de cet établissement il y a un peu plus de 8 ans. Le procès pour faire la lumière sur les circonstances de sa mort s'ouvre lundi 23 novembre à Rennes.

Pour comprendre, il faut remonter au mois d'octobre 2012. Jallal a intégré Saint-Cyr, l'école de l'élite militaire, deux mois auparavant, mais se montre moins enthousiaste que d'habitude. En cause, un groupe de deuxième année, chargé de la "transmission des traditions" ou bizutage, une pratique théoriquement interdite. 

Dans la nuit, ces étudiants viennent réveiller les nouveaux pour leur faire faire des exercices. Ils ont de mauvaises manières et leur discours flirte avec le racisme. Jallal ne les aime pas et le sentiment est visiblement réciproque. Un soir, les chefaillons demandent aux bleus d'enfiler leurs rangers et leur casque. Objectif : traverser l'étang d’une cinquantaine de mètres à la nage. Une pratique interdite de nuit en raison de sa dangerosité.

Une plainte pour connaître la vérité

Un premier groupe passe de justesse, certains élèves frôlent la noyade. Ils alertent les organisateurs, mais le bizuteur en chef s’entête : et le bahutage se poursuit sur la musique de Wagner. C'est alors que la compagnie de Jallal Hami s’engage. Au milieu du parcours, la lumière du projecteur s’éteint et le chaos s'installe. Les élèves ne réalisent pas tout de suite que l'un d'entre eux manque à l'appel. Jallal sera retrouvé noyé, près de la berge

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Le lendemain, deux officiers viennent sonner chez la mère du jeune homme, Hadjira. "Je me suis dit immédiatement deux choses. D’abord, penser à donner ses organes pour sauver quelqu’un, si possible. Ensuite, porter plainte pour savoir la vérité", explique-t-elle. L'armée voulait enterrer son fils dans un carré musulman en banlieue, mais elle s'y est opposée. Pour elle, "Jallal croyait en Dieu mais il priait n’importe où, dit-elle : mosquée, église, synagogue, il n’y a qu’un seul Dieu."

La maman était professeur de sciences naturelles à Alger. En pleine ascension des islamistes, elle refusait de porter le voile. Lorsque la guerre civile a éclaté et qu'elle a été menacée de mort, elle a alors quitté l'Algérie avec ses deux fils, Jallal et Rachid. "Nous n’avons rien emporté d’autre que les vêtements que nous avions sur le dos, dit-elle. Ça m’a fait penser aux Français en 1962."

Jallal voulait être au service de la France

Elle débarque en France enceinte de son troisième fils et ouvre un petit magasin de jouets. Pendant près d'un an, toute la famille dormira dans l'arrière boutique. "C’était une vie chiche, mais heureuse", admet-elle. Il n’y avait pas forcément l’argent pour payer l’électricité, mais toujours pour les livres. Le soir, Hadjira lit Le Comte de Monte-Cristo pour endormir ses fils.

Jalal Hami avait une passion pour l'égyptologie, mais intègre finalement Sciences Po, par la filière ZEP. De cette époque, son amie Fatoumata se souvient : "la première question qu'on nous posait, c'était "tu es entré comment ?" On avait encore à prouver." Jallal est un jeune homme brillant et ne tarde pas à faire ses preuves. 

Il lui écrit : "Fatou, c’est à nous de prouver que notre présence a un sens, c’est à nous de faire quelque chose de nos vies au profit de nos concitoyens." Elle évoque un gars très taquin, mais hyper-déterminé, charismatique. Un battant, résume son frère, au caractère en acier trempé.

À l'époque, son souhait est de "servir", "rendre à la France un peu de ce qu’elle [lui] a donné". Face à l'inquiétude de sa mère, il lui répond : “Maman, mourir sur un champ de bataille, ce n’est pas un problème pour moi." "Sur un champ de bataille oui, mais pas en France, dans une école", soupire aujourd'hui Hadjira.

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