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170 écrivains quittent les éditions Grasset : Alain Minc pointe sur RTL la "tentative de prise de pouvoir idéologique" de Vincent Bolloré

Invité de RTL ce jeudi 16 avril, Alain Minc annonce quitter Grasset après le limogeage de son patron historique Olivier Nora. L’essayiste évoque une "mise au pas" orchestrée par Vincent Bolloré et dénonce une "tentative de prise de pouvoir idéologique", dans un contexte de fronde massive d’auteurs.

Alain Minc, le 16 avril 2026 sur RTL

Crédit : RTL

Alain Minc sur le départ d'Olivier Nora des éditions Grasset : "Une tentative de prise de pouvoir idéologique"

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Alain Minc sur le départ d'Olivier Nora des éditions Grasset : "Une tentative de prise de pouvoir idéologique"

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Anne-Sophie Lapix

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C’est une rupture nette, assumée, et hautement symbolique. Parmi les premiers auteurs à quitter Grasset après l’éviction d’Olivier Nora en début de semaine, Alain Minc, invité de RTL ce jeudi 16 avril, justifie sa décision par "une raison affective, ça n’est jamais sans importance, c’est-à-dire mon lien à Olivier Nora et à toute la famille Nora, mais aussi pour une raison de principe", explique-t-il sur RTL.

L’essayiste inscrit son départ dans un mouvement plus large : 170 écrivains ont déjà claqué la porte de la maison d’édition, parmi lesquels Virginie Despentes, Sorj Chalandon, Bernard-Henri Lévy ou encore Vanessa Springora. Une réaction collective qui témoigne d’un véritable séisme dans le monde littéraire.

Au-delà du symbole, Alain Minc pointe surtout une transformation en cours. "On voit une mise au pas qui se dessine, qui est analogue à ce qu’on a connu au JDD [Journal du Dimanche] et dans les médias audiovisuels du groupe Bolloré", affirme-t-il.

Le limogeage d’Olivier Nora, révélateur d’un virage idéologique

Pour Alain Minc, le départ d’Olivier Nora ne relève pas d’un simple choix de gestion. Il incarne un désaccord de fond avec la ligne portée par Vincent Bolloré. "Ce qu’il est, ce qu’il pense, le libéralisme qui est le sien, ne pouvait pas correspondre à la croisade que le Vincent Bolloré d’aujourd’hui mène", analyse-t-il.

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Ancien conseiller de l’homme d’affaires pendant vingt ans, Alain Minc décrit une évolution profonde de ce dernier. "Je dis bien d’aujourd’hui, parce que moi j’ai travaillé 20 ans avec Vincent Bolloré […] avant que je mette fin à nos relations, quand le conservateur catholique […] bascule vers un croisé idéologique et intégriste", confie-t-il. Et d’ajouter : "Je ne comprends pas pourquoi cet intégrisme conduit nécessairement à l’extrême droite et pourquoi cette marche vers l’extrême droite s’accompagne d’une sympathie relative pour le poutinisme".

Au-delà du cas individuel d’Olivier Nora, Alain Minc estime que "l’opération Grasset est exactement le symétrique dans le monde de l’édition de l’opération du JDD".

"Une tentative de prise de pouvoir idéologique"

L’inquiétude principale exprimée par l’essayiste concerne l’influence potentielle de Vincent Bolloré sur le contenu éditorial, notamment dans un secteur clé : l’éducation. "Hachette est quand même le principal éditeur de livres éducatifs français […] je ne peux pas exclure qu’il veuille infléchir autant que faire se peut […] la nature des livres éducatifs", alerte-t-il.

Pour lui, la situation dépasse le cadre d’une entreprise privée. "Voilà, on est face à une tentative de prise d’un pouvoir, pas du pouvoir, mais d’un pouvoir idéologique et il faut y résister", insiste Alain Minc.

Il distingue clairement la liberté d’entreprendre de ce qu’il considère comme une instrumentalisation : "Il y a une différence de nature entre créer une maison d’édition et lui donner une vocation idéologique". Et met en garde contre une transformation en profondeur d’institutions culturelles : "Prendre une maison avec son passé, son image, pour la transformer en outil de combat […] ça c’est inacceptable".

Une "provocation" à la veille du Salon du livre

Alain Minc souligne également le calendrier du limogeage, intervenu juste avant le Salon du livre, qu’il interprète comme un signal méprisant envers le monde intellectuel. 

"Faire ça à la veille du Salon du livre, c’est une provocation supplémentaire : 'Je n’ai" rien à en foutre de ces sujets qui agitent le monde intellectuel. Je le méprise, j’y suis indifférent'", dénonce-t-il en prêtant cette intention à Vincent Bolloré.

S’il refuse de commenter certaines révélations, notamment sur une possible tentative d’imposer un auteur à Olivier Nora, il estime néanmoins que "ceci devait arriver un jour, on le savait".

Le sort des auteurs et la question des droits

La vague de départs pose aussi des questions très concrètes pour les écrivains. Tous ne disposent pas de la même liberté que lui, reconnaît Alain Minc.

"Moi je suis un privilégié […] comme je ne vis pas de l’écriture […] je suis totalement libre", explique-t-il. Mais pour d’autres, les enjeux contractuels sont lourds. "Il y a des actes d’auteur pour lesquels il y aura des débats juridiques compliqués", anticipe-t-il.

Il plaide ainsi pour une évolution du cadre légal : "Je trouverais normal que les auteurs puissent reprendre leur droit sur leur œuvre passée", comparant cette situation à la clause de conscience des journalistes en cas de changement de ligne éditoriale.

On est en train d’essayer de scier un certain nombre de contre-pouvoirs.

Alain Minc

Au fond, Alain Minc inscrit cette crise dans une réflexion plus large sur l’équilibre démocratique. "Une démocratie c’est fait de pouvoir et de contre-pouvoir […] et là, on est en train d’essayer de scier un certain nombre de contre-pouvoirs", estime-t-il.

Avant de conclure, lucide : "Ça s’appelle la démocratie libérale. Remarquez, elle n’est pas vouée à gagner puisqu’elle a perdu en Hongrie".

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