4 min de lecture Droits des femmes

Planning familial : l'association veut-elle vraiment retirer la laïcité de ses statuts ?

ÉCLAIRAGE - Dans une lettre adressée aux co-présidentes du Planning Familial, Marlène Schiappa s'étonne de la décision supposée de supprimer le concept de laïcité des statuts de l'association.

Véronique Séhier est la co-présidente du Planning Familial
Véronique Séhier est la co-présidente du Planning Familial Crédit : Planning Familial
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

"On ne comprend pas bien ce qui s'est produit." Jeudi 3 octobre, Véronique Séhier, co-présidente du Planning Familial, a découvert sur le site internet de Marianne un courrier qui lui était adressé, ainsi qu'à sa collègue Caroline Rebhi.

L'expéditrice : la secrétaire d'État Marlène Schiappa. Dans ce courrier, que RTL.fr a pu consulter, celle-ci s'étonne "de la suppression de la 'laïcité'" des "statuts" de l'association de défense des droits sexuels et reproductifs

Comme l'explique Marianne et comme il est possible de lire dans le courrier en question, le secrétariat d'État à l'égalité entre les femmes et les hommes subventionne le Planning Familial à hauteur de 272.000 euros, et dans sa lettre, menace en filigrane de suspendre le versement de ce montant annuel si suppression de "laïcité" il y a.

Il n'y a jamais eu le mot 'laïcité' dans les statuts et il a été ajouté à la charte en 2016

Véronique Sehier, co-présidente du Planning Familial
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La controverse fait suite à une enquête de Charlie Hebdo qui dénonçait en septembre dernier, la "remise en cause" du féminisme du Planning Familial. Le journal satirique y citait un "document de synthèse" censé être soumis au vote lors du congrès national de l'association qui se tiendra les 25, 26 et 27 octobre prochains à Niort (Deux-Sèvres). Celui-ci évoquait la suppression du mot "laïcité" de la "charte" du Planning Familial.

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Selon Véronique Sehier, il y a confusion. "Il n'y a jamais eu le mot 'laïcité' dans les statuts du Planning Familial, et le principe de laïcité a été ajouté à la charte seulement en 2016". Dans ce dernier document, il est en effet écrit que le planning familial "lutte contre les inégalités sociales pour construire une société laïque, égalitaire." Cependant, les statuts de l'association, cités dans le courrier de Marlène Schiappa, ne mentionnent pas les mots "laïque" ou "laïcité" une seule fois.

Un document interne non-voté

Véronique Sehier reconnaît que le document de synthèse que s'est procuré Charlie Hebdo et qui se retrouve à la source des querelles, est un document interne préparatoire des débats qui auront lieu lors du 63ème congrès annuel de l'association. 

La proposition de supprimer le concept de laïcité, que Véronique Sehier ne confirme pas, ferait ainsi partie de dizaines d'autres. "Il y a 75 associations membres du Planning qui contribuent par différents écrits à ce congrès, et chacun d'entre eux est soumis au vote et validé par le bureau", explique-t-elle.

Le Planning Familial est régulièrement au cœur de controverses autour de la laïcité. En 2018, Marianne avait déjà épinglé l'association pour une campagne de sensibilisation de l'antenne des Bouches-du-Rhône qui qualifiait le voile de vêtement de "modestie". 

Sur les visuels de cette campagne on pouvait notamment lire : "certaines femmes se sentent puissantes lorsqu'elles sont nues" ou "certaines femmes se sentent puissantes lorsqu'elles sont modestes" (ce dernier slogan était associé à l'image d'une femme voilée).

Nous proposons simplement un accueil à toutes les femmes, quelle que soit leur religion

Véronique Sehier, co-présidente du Planning Familial
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Dans son courrier, Marlène Schiappa rappelle : "La laïcité c'est le droit de croire ou de ne pas croire. Le respect de l'universalité des droits, mais aussi le refus du relativisme culturel ou religieux qui tend trop souvent à justifier les inégalités femmes-hommes".

Un discours auquel Véronique Sehier souscrit. "Pour nous, l'interprétation de la laïcité et celle qui est dans la loi de 1905 : la possibilité pour chaque personne de vivre sa religion, ou de ne pas en vivre." Elle ajoute : "Nous ne faisons pas de place au prosélytisme. Nous proposons simplement un accueil à toutes les femmes, quelle que soit leur religion."

Elle compare les accusations contre le Planning Familial, à la controverse qui a touché la FCPE le mois dernier : l'association de parents d'élèves avait été la cible d'attaques et de détournements pour une affiche qui montrait une femme voilée, accompagnée du slogan "Oui, je vais en sortie scolaire et alors ?"

Toutes ces controverses qui ont lieu dans l'opinion publique, touchent le Planning Familial, explique Véronique Sehier. "Les débats du congrès du Planning, sont à l’image de la société civile. Nous sommes une organisation de terrain, et nous sommes aussi traversés par des débats actuels." 

On ne s'oppose pas à l'universalisme

Véronique Sehier, co-présidente du Planning familial
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Parmi ces débats, cités par Marianne et Charlie Hebdo, les discussions entre féministes, dites "universalistes" et les féministes "intersectionnelles". Les premières sont issues de la deuxième vague féministe qui considère que combattre le sexisme est un combat universel, sans distinction entre les femmes.

Les secondes, prennent en compte les particularités de chaque femme concernée par le combat féministe. Ainsi, selon ce type de féminisme dit de "troisième vague", une femme noire, victime à la fois de racisme et de sexisme, aura par exemple un combat féministe différent de celui d'une femme blanche.

Selon ce même féminisme, les femmes musulmanes subiront, elles, islamophobie et sexisme, et les femmes lesbiennes, homophobie et sexisme. Le but est de mettre en lumière les situations particulières de chacune des femmes face au sexisme.

Accompagner "vers l'émancipation"

Dans le cas du Planning Familial, il s'agit d'adapter son accueil à chacune des personnes qui sont prises en charge par la structure. "On ne s'oppose pas à l'universalisme, précise Véronique Sehier. C'est simplement qu'on ne travaille pas de la même façon avec toutes les personnes."

Elle insiste : le Planning Familial défendra toujours l'accès universel aux droits pour toutes les femmes. "On se bagarre pour le droit à l'avortement, à la contraception, à l'éducation à la sexualité. Et en même temps, on voit bien qu'il y a des personnes qui sont plus éloignées des droits que les autres."

Le but est d'accompagner ces personnes le plus possible "vers l'émancipation", tout en ayant une approche spécifique pour chacune d'entre elles. Véronique Sehier et Caroline Rehbi, sa co-présidente, ont rendez-vous avec Marlène Schiappa dans la semaine pour en discuter.

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