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Mayotte : pourquoi des Mahorais chassent des étrangers de leurs habitations

ÉCLAIRAGE - Plus d'un millier d'étrangers ont été expulsés depuis le début d'année de leur domicile par des collectifs d'habitants qui les accusent de "vols, agressions et meurtres".

Des habitants étrangers de Mayotte rassemblés à Mamoudzou après avoir été chassés de chez eux, le 17 mai 2016
Des habitants étrangers de Mayotte rassemblés à Mamoudzou après avoir été chassés de chez eux, le 17 mai 2016
Crédit : ORNELLA LAMBERTI / AFP
Julien Absalon
Julien Absalon

Plus d'un mois après les graves heurts ayant éclaté en marge d'une mobilisation de grève générale lancée par une intersyndicale, Mayotte se trouve toujours en proie à de violentes tensions sociales. Depuis le début de l'année, et plus particulièrement ces derniers jours en mai, l'île est le théâtre d'expéditions menées par des villageois mahorais pour expulser violemment des étrangers de leurs habitations, qui sont parfois détruites et incendiées au passage, comme le relate un média local. La situation a été qualifiée "d'extrêmement préoccupante" par François Hollande, mercredi 18 mai, selon le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll.

Si les auteurs de ces actions, qui agissent par dizaines, parlent "d'expulsion pacifique contre l'immigration clandestine", la réalité est toute autre. Un témoin affirme à l'AFP avoir été chassé sous une pluie de cailloux.

Selon les chiffres de l'antenne mahoraise de la Cimade, association nationale de défense des droits des étrangers, au moins un millier de personnes, pour la plupart des Comoriens en situation régulière ou non, ont déjà été victimes de ces actions. Privés de toit, ces étrangers, parfois des femmes et des enfants, se retrouvent bien souvent dans l'obligation de dormir dehors la nuit, sur les bords de route. Si les immigrés en situation régulière peuvent compter sur l'aide d'associations pour obtenir un relogement, les individus en situation irrégulière sont quant à eux reconduits à la frontière par les forces de l'ordre.

De lourdes accusations contre les étrangers

Pour justifier ces délogements, leurs auteurs exposent leurs griefs contre les étrangers sur des tracts qu'ils distribuent dans les communes visées par leurs descentes. Le site du réseau Outre-Mer Première rapporte ainsi que des collectifs de villageois leur reproche notamment des "vols, agressions et meurtres au quotidien", d'être responsable de la "délinquance juvénile", du "chômage en masse", des "écoles surchargées" et du "système de santé débordé".

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Ces expulsions manu militari, annoncées à l'avance par ces tracts, mettent en lumière une certaine rupture communautaire au sein du département d'outre-mer, peuplé de 40% d'étrangers et qui connaît une forte vague d'immigration en provenance des îles voisines comoriennes. Ce phénomène semble s’observer plus particulièrement depuis que Mayotte est devenu une région ultrapériphérique de l'Union européenne depuis le 1er janvier 2014. Au cours de l'année 2015, selon les chiffres communiqués par le ministère de l'Intérieur, plus de 18.000 personnes ont été reconduites à la frontière par les autorités. Un chiffre qui se porte à plus de 6.500 individus à l'heure actuelle pour l'année 2016.

L'État condamne ces "exactions"

Face à la situation, les autorités locales semblent être débordées. Même si la préfecture "condamne fermement ces expulsions", une journaliste de l'AFP a constaté sur place la destruction de cases récemment construites alors que des forces de l'ordre étaient présentes. Une situation que la Ligue des Droits de l'Homme dénonce fermement. Dans un communiqué, elle dit s'indigner contre ces actions "contraires aux valeurs auxquelles Mayotte adhère au sein de la République". "Heureusement que toute la population de Mayotte ne soutient pas cette manière de se faire justice soi-même", ajoute-t-elle.

Alors que de nouvelles opérations d'expulsions sont déjà prévues pour le 22 mai et le 5 juin, l'État cherche à reprendre en main la situation. George Pau-Langevin et Bernard Cazeneuve, respectivement ministres des Outre-mer et de l'Intérieur, ont publié un communiqué commun dans lequel ils "condamnent" ces "violences", "comportements" et "exactions inadmissibles" qui "n'ont pas leur place dans la République". Pour "rétablir l’ordre républicain", le gouvernement mobilise 822 policiers et gendarmes et prévoit aussi l’arrivée de 76 fonctionnaires supplémentaires dans les services de lutte contre l'immigration clandestine. Un nouveau plan d'action devrait également être présenté à la fin du mois.

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