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"Les moyens ne sont pas mis en œuvre pour nous protéger" : ce que réclament les pompiers en grève

En première ligne depuis juin face aux feux d'une virulence inédite, les soldats du feu sont appelés à une mobilisation de plus de six semaines à compter de ce mardi 8 septembre pour obtenir plus de moyens et un recentrage de leurs missions.

Illustration pompiers.

Crédit : DENIS CHARLET / AFP

Juliette Vignaud & Patrick Tejero & AFP

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Ils sont épuisés et en colère. Les pompiers sont appelés à se mobiliser à partir de ce mardi 8 septembre, pour une grève nationale qui doit durer six semaines. Les soldats du feu, en première ligne après un été hors-norme, réclament plus de moyens - matériels et humains - et un recentrage de leurs missions.

Malgré la passion, Gilles, un adjudant-chef de 53 ans rencontré par RTL, dit être fatigué par le métier. "Ça nous use, ça nous rend malade." Selon lui, "tout n'est pas mis en œuvre pour [les] protéger, [les] sécuriser". 

Il pointe notamment un manque d'équipement. Des pompiers doivent affronter les méga feux de forêt "avec un mouchoir sur le nez". "Ça fait 10 ans qu'on sait qu'il y a des cagoules pour nous protéger, insiste Gilles. Mais ça a un coût, on n'a pas." "Et après, on passe des journées au caisson parce qu'ils vont tous noire. Parce que les moyens ne sont pas mis en œuvre pour nous protéger", martèle-t-il. 

Meilleur financement des SDIS

Les pompiers réclament ainsi "un financement pérenne, juste et ambitieux" des SDIS (les services départementaux d'incendie et de secours), dont les dépenses de fonctionnement sont passées de 3,9 milliards d'euros en 2012 à 5,2 milliards en 2025, selon l'Observatoire des finances et de la gestion publique locales. 

"Le budget de la sécurité civile, c'est-à-dire 880 millions d'euros, va servir pour les moyens nationaux, donc à payer les colonnes de renfort, les avions, les dashs (bombardiers d'eau), les hélicoptères", etc, dit-il, alors que "nous, le financement des SDIS c'est environ 6 milliards d'euros et l'État contribue à 1 milliard d'euros environ", une contribution "pas assez importante". 

"Recentrage" de leurs missions

Les pompiers professionnels, dont plus de la moitié figurent aussi parmi les quelque 200.900 pompiers volontaires, réclament en outre "un recentrage" sur les missions de secours et de soins d'urgence aux personnes (SSUAP) qui représentent plus de 4,89 millions d'interventions en 2025, soit 87% de leur activité. 

"Aujourd'hui, on parle du feu de forêt. Demain, on va parler des inondations. Mais le reste de l'année, on parle des missions des secours pompiers" et "on est dans l'orange clignotant du 1er janvier au 31 décembre", souligne Alain Laratta, secrétaire général d'Avenir Secours, auprès de l'Agence France-Presse (AFP). 

"Pourquoi ? Parce qu'on continue à être satellisés par des missions qui ne nous sont pas propres et que d'autres ne veulent plus faire", ajoute le représentant de ce syndicat de cadres, qui s'est désolidarisé de l'intersyndicale mais appelle toutefois à la grève. 

Protection de leur santé

Les soldats du feu souhaitent aussi que l'État reconnaisse les particularités du métier. "On n'est pas un métier à risque. Par contre, je viens d'acheter une maison, l'assurance me fait payer une assurance métier à risque. Je paye 20% plus cher alors que je ne suis pas métier à risque", regrette Gilles sur notre antenne. Un statut qui lui permettrait d'avoir des avantages, comme des primes supplémentaires.

"Ce qui nous met en colère aussi, c'est qu'on ne soit pas reconnu métier dangereux", résume Xavier Boy, du syndicat FA SPP-PATS et porte-parole de l'intersyndicale, auprès de l'AFP. Plusieurs soldats du feu sont morts en intervention cette année, et des dizaines d'autres ont été blessés, en particulier lors des méga-feux du Sud-Ouest.    

L'intersyndicale réclame par ailleurs l'embauche de 21.000 professionnels, un nombre calculé sur la base d'un rapport de l'Inspection générale de l'administration (IGA) de 2025, autant de postes aujourd'hui occupés par des pompiers volontaires, explique Xavier Boy.

Loi de modernisation

Le gouvernement doit présenter mardi aux organisations syndicales les grandes lignes du projet de loi issu d'un Beauvau de la Sécurité civile. Cette concertation d'un an lancée mi-2024 devait déboucher sur une ambitieuse loi de modernisation d'un système jugé à bout de souffle, avec des financements supplémentaires à la clé, mais est restée lettre morte.  

La Fédération nationale prévient que des réponses "pas à la hauteur" de leurs attentes pourraient "renforcer la mobilisation de toute la communauté des sapeurs-pompiers" qui regroupe environ 44.300 pompiers professionnels et 200.900 pompiers volontaires. "Les sapeurs-pompiers n'attendent pas une loi de plus, mais une loi qui change réellement les choses", prévient la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPF) dans un communiqué. "Une loi de modernisation ne peut pas se contenter de moderniser les mots. Elle doit changer la réalité", insiste-t-elle.

Leur préavis court jusqu'au 20 octobre, date du début de l'examen du projet de loi de finances censé contenir d'autres mesures les concernant, avec comme point d'orgue une manifestation à Paris le 29 septembre. Le mouvement n'aura pas d'impact sur les secours car des réquisitions sont possibles.

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