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La Sécurité sociale est-elle si malade que cela ?

ÉDITO - François Lenglet se penche sur l'ordonnance du "docteur Fillon", un médecin qui se révèle "assez changeant dans ses prescriptions".

Une feuille de soins partie réservée au médecin traitant et une feuille de la Sécurité sociale
Une feuille de soins partie réservée au médecin traitant et une feuille de la Sécurité sociale
Crédit : SIPA
La Sécurité sociale est-elle si malade que cela ?
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La Sécurité sociale est-elle si malade que cela ?
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François Lenglet & Loïc Farge

François Fillon publie une tribune dans Le Figaro (daté du 13 décembre) où il précise ses intentions en matière de Sécurité sociale, s’il arrive au pouvoir en mai prochain. C’est ce qu’on appelle du rétropédalage : plus rien à voir avec les propositions qu’avait faites le candidat aux primaires, qui voulait privatiser l’assurance des soins ordinaires. Dans cette tribuneFrançois Fillon nous explique qu’il n’est "pas question de toucher à l’assurance-maladie", et "encore moins de la privatiser".

Il annonce une réforme assez vague qui, dit-il, sera faite "en concertation avec tous les acteurs". Il indique également que sa priorité n’est pas la Sécu, mais l’emploi. Une reculade étonnante pour celui qui s’est vendu comme le réformateur qui n’a peur de rien et qui, de fait, démonte son campement après la première polémique.

Une Sécu convalescente

Sur le fond, la Sécu est-elle si malade, qu’elle ait besoin d’une thérapie de choc ? Elle est convalescente. En 2015, toutes les branches de la Sécu ont réduit leur déficit ou amélioré leur excédent, pour un total de 2,6 milliards d’euros. Et c’était déjà le cas en 2014. En 2015, le déficit tout cumulé était encore de 10 milliards d’euros, dont les deux-tiers pour l’assurance-maladie. C'est quand trois fois moins qu’en 2010, où c’était près de 30 milliards. Et on attend une nouvelle réduction, significative du "trou" en 2016.

Comment s’explique cette amélioration ? Par la réforme Fillon justement, qui a permis à la branche retraite d’équilibrer ses comptes cette année, mais aussi de bonnes surprises sur les rentrées de cotisations sociales, grâce à l’amélioration de l’emploi. Il y a aussi d’incontestables efforts de gestion, à mettre au crédit de Marisol Touraine, la ministre des Affaires sociales.

L'erreur de Fillon est d'avoir effrayé le chaland avec la privatisation partielle qu'il avait annoncée

François Lenglet
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Les assurés que nous sommes ont quand même subi des déremboursements. Sur un total de 194 milliards d’euros de dépenses de santé en 2015, les remboursements de la Sécu se sont élevés à 150 milliards. Ce qui fait un taux de remboursement de 76,8%, qui est plutôt remonté dans les années récentes. C’est l’un des meilleurs en Europe.

En réalité, c’est vrai qu’il y a eu de moins bons remboursements pour certains médicaments ou soins, mais ça a été compensé par la forte progression de ce qu’on appelle les affections longue durée (ALD), c’est-à-dire les maladies chroniques, remboursées à 100% par la Sécu. Il y a donc en France des gens qui sont mieux remboursés qu’avant (les 10 millions de Français qui sont en ALD) et les autres, qui ont vu leur  protection s'éroder.

Reflux de la dette sociale

Tous ces déficits ont considérablement creusé la dette sociale, qui est de près 160 milliards d'euros. C'est une dette qui n'existait quasiment pas il y a vingt ans. Elle s'explique par la négligence des vingt dernières années, et bien sûr par la crise de 2008-2009. La bonne nouvelle, c'est qu'elle a baissé en 2015, et devrait encore baisser davantage en 2016. Le reflux a commencé.

Faut-il aujourd'hui de la chirurgie lourde pour remettre sur pied la Sécu ? Pas forcément. D'après la Cour des comptes, la part structurelle du déficit de l'assurance-maladie (ce qui est indépendante de la conjoncture), c'est 4 milliards d'euros. C'est beaucoup. Mais rapporté aux 200 milliards de dépenses de soin, ça ne fait que 2%. L'équilibre est donc à portée de main.

C'est l'erreur de Fillon d'avoir effrayé le chaland avec la privatisation partielle qu'il avait annoncée. Comme il le dit lui-même aujourd'hui, il faudra faire des efforts à ce sujet, simplifier l'extraordinaire panoplie de tickets modérateurs. Mais la priorité du futur président, quel qu'il soit, ne sera pas là.

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