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"La menace est très présente en France" : le journaliste Pierre Gault raconte sur M6 comment il a infiltré le milieu des masculinistes

Le journaliste Pierre Gault a infiltré cette communauté afin d'écrire le livre "Dans la peau d'un mascu, enquête sur les hommes qui détestent les femmes", dans laquelle il souligne une menace aujourd'hui bien réelle en France.

Le journaliste Pierre Gault, invité du 20.10 d'Anne-Sophie Lapix dimancher 1er février 2026.

Crédit : M6

Pierre Gault, journaliste infiltré dans le mouvement masculiniste : "La menace est réelle en France"

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INÉDIT - Pierre Gault, journaliste infiltré dans le mouvement masculiniste : "Je ne suis pas ressorti indemne de cette expérience"

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Anne-Sophie Lapix & Laurène Rocheteau

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“C’est une nouvelle forme de radicalisation”. Si le masculinisme prend son origine aux États-Unis et au Canada, ce mouvement qui veut affirmer la domination des hommes sur les femmes devient de plus en plus répandu en France. Le journaliste Pierre Gault a infiltré cette communauté pour réaliser son livre, Dans la peau d'un mascu, enquête sur les hommes qui détestent les femmes

Dans cet ouvrage paru aux éditions Denoël, il révèle de l'intérieur les rouages de ce mouvement radical qui représente aujourd'hui "une menace réelle en France". 

Invité du 20.10 d'Anne-Sophie Lapix ce dimanche 1ᵉʳ février, Pierre Gault explique les dessous de ce milieu qui "prône la suprématie des hommes sur les femmes", tout en mettant en évidence la contradiction de ce mouvement : "Les femmes sont à la fois la cause de tous leurs problèmes, leurs maux principaux, mais au-delà de ça pourtant elles les obsèdent. C'est-à-dire qu'on cherche à tout prix à se perfectionner pour les séduire, à apprendre des techniques de drague pour les séduire."

Des attaques envers les femmes

Le masculinisme se base ainsi sur un discours misogyne qui oppose les femmes dites "de valeur" (celles qui sont "gentilles, douces, et donc on peut en faire ce qu'on veut", décrypte le journaliste) aux autres, notamment celles qui ont un plus haut "body count", c'est-à-dire un nombre de partenaires sexuels plus élevé. Mais ce mouvement appelle plus largement à une "riposte" des hommes dans une société qu'ils estiment "gynocentrée", c'est-à-dire dominée par les femmes. 

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Une riposte qui peut se traduire sous la forme de violences, ce qui rend d'autant plus inquiétant l'essor récent de ce chemin de pensée. La semaine dernière, le Haut Conseil à l'Égalité a alerté dans un rapport sur les dangers de ce qu'il décrit comme une idéologie structurée dotée de relais politiques, économiques, financiers et culturels. Déjà en 2014, un attentat masculiniste avait été perpétré et revendiqué en Californie par l'Américain Elliot Rodger, qui est depuis une source d'inspiration pour de jeunes masculinistes.

Et cette vague de violences envers les femmes a déjà fait son chemin jusqu'en Europe : "En un peu moins d'un an, trois attaques ont été déjouées en France," rappelle Pierre Gault. Le parquet national antiterroriste a même ouvert une enquête cet été après l'arrestation d'un jeune homme de 18 ans à Saint-Étienne, qui voulait tuer des femmes à coups de couteau. 

Des "boys clubs" sans "aucune censure"

Aujourd'hui, beaucoup de jeunes hommes tombent sur ces contenus haineux des femmes par le biais des réseaux sociaux. Les comptes d'influenceurs peuvent constituer une porte d'entrée vers ce milieu, en commençant notamment une discussion autour du sport. "Ils se servent des réseaux sociaux comme une vitrine, mais leur but, c'est d'amener leurs abonnés vers des communautés privées", explique Pierre Gault. 

Des communautés privées où la modération est inexistante, et où le contenu devient alors "encore plus radical et violent" : "Toutes ces communautés-là sont des boys clubs. Il n'y a plus aucun filtre, plus aucune censure. On est entre nous, entre hommes, donc on peut tout dire", explique le journaliste, soulignant le fait qu'il "y a des choses qui sont pénalement répréhensibles dans ce qui se passe à l'intérieur de ces communautés". 

Les réseaux sociaux, la porte d'entrée du masculinisme

Le mouvement plus large du masculinisme regroupe par ailleurs plusieurs branches, comme celle des incel (pour involuntary celibate, ndlr) qui sont généralement des jeunes hommes, "la plupart du temps vierges, qui considèrent les femmes responsables de tous leurs maux," explique Pierre Gault. À l'opposé, les MGTOW, pour "Men Going Their Own Way" (les hommes qui suivent leur propre chemin, ndlr) disent prôner "un célibat volontaire". Un argument qui "dans les faits, n'en est rien", souligne toutefois le journaliste, qui rappelle que "malgré toutes les différences dans ces mouvements-là, le point commun, c'est la haine des femmes."

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Une haine difficile à contrer tant ce type de contenu est facilement accessible sur les réseaux sociaux, avec des figures qui peuvent devenir des sortes de modèles pour les jeunes hommes : c'est notamment le cas d'Andrew Tate, ancien champion de kick-boxing, dont la notoriété s'est faite "sur toutes ses sorties misogynes et sexistes". Un "modèle" qui illustre bien les dangers des dérives de ce mouvement anti-femmes : l'influenceur anglo-américain a été inculpé au Royaume-Uni en 2024 pour viol, trafic d'être humains et coups et blessures. S'il a alors été chassé de plusieurs réseaux sociaux, il n'en a pas moins fait son retour sur X, anciennement Twitter. 

En France, l'influenceur masculiniste Alex Hitchens avait brièvement été banni de l'application TikTok pour son discours haineux, mais avait pu réintégrer le réseau social moins de 24 heures après cette mesure, et s'était même dit prêt à créer de nouveaux comptes pour déverser son contenu en cas de nouveau bannissement. 

Dans la peau d'un mascu, enquête sur les hommes qui détestent les femmes, paru aux éditions Denoël le 28 janvier 2026.

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