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Fin de vie : le récit glaçant de Nicolas Bedos sur la mort de son père

RTL vous livre les principaux extraits du récit glaçant de Nicolas Bedos dans "L'Obs", qui évoque la fin de vie douloureuse de son père Guy.

Guy et Nicolas Bedos en 2005 à Paris
Guy et Nicolas Bedos en 2005 à Paris
Crédit : PIERRE VERDY / AFP
Euthanasie : le récit glaçant de Nicolas Bedos sur la mort de son père
03:29
Euthanasie : le récit glaçant de Nicolas Bedos sur la mort de son père
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Isabelle Choquet
Isabelle Choquet
Animateur

Dans L’Obs cette semaine, Nicolas Bedos livre un récit glaçant des derniers jours de son père, un plaidoyer pour l’euthanasie, écrit à la première personne. RTL vous en livre les principaux extraits, tel quel, parce que le réécrire, ce serait une trahison, et ce serait aussi bien prétentieux. "Ce n'est pas le chagrin qu'il s'agit de livrer ici, c'est la question du choix", écrit Nicolas Bedos.

"Avril 2020. Il a du mal à respirer. Il ne mange plus depuis des semaines, la maladie, le confinement, la confusion. La nuit, ne sachant plus l'heure qu'il est, il se lève, voudrait sortir, oublie qu'il est trop faible, tombe, se cogne, saigne. Tant bien que mal, ma mère le soulève, le rassure, le borde. Elle déteste le ramasser. Elle déteste le voir détester qu'elle le ramasse. 

Des mois que ça dure. La question de l'hospitalisation s'est bien évidemment posée, mais on nous a prévenus qu'en pleine épidémie l'envoyer à l'hosto, c'est l'envoyer au diable, possiblement ne plus le voir et ne plus lui parler, ne plus pouvoir glaner ces rares sursauts de lucidité. Il est donc décidé que notre père mourra dans sa chambre, pas loin de nous, près de sa femme et de ses chats", écrit encore Nicolas Bedos.

"Son esprit s'affaiblit, sa mémoire flanche"

"Quelques semaines de jeûne plus tard, il ne sort plus de son lit, ses mains sont devenues si fines qu'on a peur de les briser sous le poids des baisers. Un soir, je lui demande ce qu'il en pense, ce qu'il veut. Il me répond par un silence, balancé droit dans les yeux. D'aussi loin qu'il me revienne, mon père n'a cessé de répéter qu'il lui serait insupportable de mourir diminué, d'être un poids pour les autres, une offense à lui-même. Il s'est lié d'amitié avec le docteur T., lui a fait promettre, devant nous, que le temps venu, il se chargerait de lui faire traverser la frontière. Il le surnomme 'mon médecin assassin'", raconte-t-il encore.

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"Et puis les années passent, son esprit s'affaiblit, sa mémoire flanche. Une maladie cousine d'Alzheimer a soigneusement foutu le bordel. Nous nous sommes mis d'accord, ma mère, ma soeur et moi : il est temps. Largement. Il suffit de le regarder. Ma mère passe des coups de fil, des amis se rencardent, nous filent des numéros. Étrange impression de se refiler des contacts de dealers à la veille d'une fête macabre. L'un d'eux, médecin, me maile une ordonnance de Rivotril, un antiépileptique couramment utilisé, me dit-il, dans ces cas-là", témoigne Nicolas Bedos. Le médecin en question lui dit alors : "Ça se pratique tous les jours. Vous direz au pharmacien que vous souffrez d'insomnie chronique". 

"Je me revois acheter la mort de l'homme que j'aime le plus au monde"

"Ce n'est pas faux", reprend Bedos, "Votre père est en fin de vie, il y a une tolérance tacite. Par contre, pensez bien à vider entièrement le flacon dans sa bouche", lui dit encore le médecin. "Je me revois sur mon scooter, me rendant à la pharmacie pour acheter la mort de l'homme que j'aime le plus au monde. De retour à la maison, ma mère m'annonce que le docteur T. s'est enfin manifesté. Après l'avoir examiné, il semble bien emmerdé. Il convient parfaitement de l'issue inexorable et désagréable de la situation, mais il aurait préféré pour intervenir, que mon père soit dans un état plus somnolent, davantage coupé du monde. Il repassera demain. Je tripote nerveusement le flacon de Rivotril dans la poche de mon manteau.

La nuit suivante sera la dernière. Longue. Bouleversante. Le lendemain, le flacon est plein. Mon père n'en a pas eu besoin pour offrir à son médecin l'état somnolent apparemment nécessaire à une intervention qui eut lieu vers 17 heures. Il aura donc fallu qu'il baisse entièrement le rideau et ne pèse plus que quelques kilos pour que la société daigne choisir le jour et l'heure", dit-il.

“Mon père aurait voulu mourir autrement”. Témoignage coup de poing et grand dossier sur l’euthanasie à lire dans L’Obs.

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