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Éducation nationale : les pacs blancs, l'astuce illégale des professeurs pour obtenir leur mutation

ENQUÊTE RTL - Face au système contraignant de points pour demander sa mutation dans l'Éducation nationale, certains enseignants réalisent de faux pacs. Une pratique illégale, connue de tous, mais pourtant difficile à réguler.

Un couple de "pacsés" passe devant le maire à Paris, le 11 août 2001
Un couple de "pacsés" passe devant le maire à Paris, le 11 août 2001
Crédit : AFP / Archives
Les "PACS blancs" des enseignants
02:46
Nerissa Hemani - édité par Thibault Nadal

Chaque année, des enseignants organisent des "pacs blancs", de faux pacs pour être muté plus rapidement dans la région de leur choix. Une pratique illégale, mais bien connue dans le métier. 

C'est notamment le cas de Jade, 26 ans, professeure d'anglais originaire de Grenoble, elle est affectée à Amiens dès l'obtention de son concours. Mais au bout d'un an, elle décide de se pacser : "Je me suis pacsée avec une copine, qui n'est pas ma conjointe", explique-t-elle avant de préciser que "c'est pour obtenir plus de points" pour être mutée à la rentrée 2022.

L'objectif est de retourner à Grenoble, car la jeune femme vit très mal l'éloignement avec sa famille. "Je passais des journées à pleurer, à faire des crises d'angoisse à en enchainer les arrêts de travail. Pour moi, c'était la seule solution, mis à part démissionner, mais j'aime mon travail, donc je n'avais pas envie de démissionner. Je ne pense pas que ce soit mal, il y a quand même pas mal de gens qui le font". Dès qu'elle obtiendra sa mutation, alors Jade promet de se dépacser.

Un système à points très complexe

Pour être muté, il faut accumuler les points. Un professeur obtient 20 points par année d'ancienneté puis 50 au bout de 4 ans, mais il y a aussi des bonifications : 45 points si vous exercez dans un établissement prioritaire, 150 si vous êtes pacsé

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Les académies les plus attractives et les plus demandées comme Rennes, Bordeaux, Montpellier valent très cher, jusqu'à 1.000 points. C'est pour cela que Sonia, professeure de philosophie à Nancy a décidé de se pacser avec un ami pour rejoindre Clermont-Ferrand. "L'année dernière, cette région avait plus de 500 points et moi il me fallait une dizaine d'années pour l'obtenir. Le pacs, ça donne 150 points, ce qui est une bonne marge par rapport à ce que les profs ont en moyenne", détaille-t-elle. Sonia a conscience du caractère immoral de cette pratique, mais elle l'assume. 

60% des mutations dans le secondaire refusées

Il est impossible aujourd'hui de contrôler le nombre de faux pacs, nous répond le ministère de l’Éducation nationale, qui n’a, en plus, pas d’avis sur la question, même si cette pratique est connue de tous dans la profession. 

Pour Jean-Rémy Gérard, président du syndicat national des lycées et des collèges, il faudrait inciter les jeunes enseignants à rester dans des académies peu demandées comme Amiens, Créteil ou Versailles : "La solution, mais c'est une solution à plus long terme : c'est de rendre attractifs les territoires qui aujourd'hui le ne sont pas. Mais on sait très bien que cela ne dépend pas que de l'Éducation nationale, on est aussi soumis à des questions de société qui sont beaucoup plus larges que ce qui se passe à l'école", explique-t-il.

Une prime de 10.000 euros existe déjà pour récompenser cinq ans de services en Seine-Saint-Denis par exemple. Mais cela ne suffit pas pour Elisabeth Allain-Moreno, du syndicat SE-Unsa,  pour qui le problème vient du système de mutation. "On a un système de mobilité géographique qui est totalement sclérosé. Les barèmes sont importants, par contre ils sont obsolètes. Par exemple, la bonification pour les parents isolés a été supprimée. Pour nous, ce n'est pas possible. On voit des collègues dans des situations complètement désespérées, donc ils se mettent en danger au regard de la loi, parce que leur situation n'est pas reconnue", affirme-t-elle.

Elisabeth Allain-Moreno ajoute un chiffre : 60%. C'est le nombre de demandes de mutations dans le secondaire refusées l’an passé.

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