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Déserts médicaux : serait-il grand temps de passer de la carotte au bâton avec les médecins ?

ÉDITO - Des décennies que le problème dure et les habitants de nos campagnes ne disposent toujours pas d'une bonne offre de soin. Une pointe de contrainte peut-elle enrayer une inertie ancienne ?

Un médecin de famille examine des patients en 2013 à Eglisneuve-d'Entraigue
Un médecin de famille examine des patients en 2013 à Eglisneuve-d'Entraigue
Crédit : Thierry ZOCCOLAN / AFP
Désert médicaux : serait-il grand temps de passer de la carotte au bâton avec les médecins ?
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Anaïs Bouissou - édité par Aymeric Parthonnaud

Nos campagnes, nos banlieues sont-elles condamnées à manquer de médecins ? Même l’argent ne suffit pas à convaincre les généralistes à s’installer dans les déserts médicaux. C’est un document relevé par l’AFP, qui sonne l'alerte. Et le constat est particulièrement désespérant. 

Nous sommes en 2022 et 10 millions de Français vivent encore dans un territoire où l’accès aux soins fait défaut. Pire, les écarts d’espérance de vie s’aggravent : les habitants des départements ruraux vivent en moyenne 2 ans de moins que ceux des villes. Ce sont des chiffres de l’association des maires ruraux.

La France est incapable de reverdir ses déserts médicaux. Même l’argent n’y fait rien. Depuis 5 ans, on aide financièrement les médecins à s’installer. Jusqu’à 50.000 euros pour poser ses valises et soigner des villages entiers. En 5 ans, à peine plus de 400 médecins par an ont sollicité cette aide à l’installation. Tout compris, le panel de toutes les incitations a attiré moins de 5.000 professionnels de santé, âgés en moyenne de 49 ans. 

L’Assurance maladie le reconnait elle-même : malgré 32 millions de dépenses rien qu’en 2020 pour lutter contre les déserts médicaux, l’inégalité d’accès aux médecins généralistes s’est accentuée.

Un mal ancien

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C’est un constat d’échec terrible et ancien. Les statistiques du ministère de l’Intérieur relèvent déjà, dans les années 1860-1880, une inquiétante pénurie de médecin. À l’époque, près de 30.000 communes de France étaient sans médecin. Si on en est encore là 150 ans plus tard, c’est notamment à cause des ravages du numerus clausus, cette limitation du nombre de médecins. Il vient à peine d’être supprimé et on en verra les effets dans 10 ans.

D’autres réformes vont dans le bon sens : créer des équipes, des groupements pour mieux encadrer les patients, dégager les médecins de la paperasse et des actes simples, en déployant des assistants médicaux et des infirmiers en pratique avancée. Les communes aussi font beaucoup : construction et prêts de cabinets, facilitations à l’installation, voire offres d’emploi en salariat, parfois à prix d’or. Même les médecins des déserts médicaux font des efforts. Plus de 8.000 médecins retraités, parfois âgés de plus de 70 ans, continuent d’exercer d’après l’ordre des médecins. On tente des chèques, des suppressions de cotisation, on explique qu’il faut déployer les aides aux conjoints, le réseau internet, rendre les zones rurales attractives. Certes. Tout ceci est positif, mais les chiffres le montrent : ça ne suffit pas. 

Une insupportable "perte de chance" pour les patients

Voici la phrase terrible d’un médecin du Lot-et-Garonne : "Quand un patient vient me voir avec une saloperie, je sais déjà qu’il a une perte de chance". Quel scandale de mourir encore aujourd’hui d’un manque de soins. 

Il reste une solution qu’on ne s’est toujours pas résolu à tenter : passer de la carotte au bâton. De l’incitation à l’obligation, même temporaire, pour les étudiants en médecine : 6 mois ou 1 an d’activité en zone rurale. Pourquoi pas des stages en cabinets libéraux plutôt qu’à l’hôpital ? Pourquoi pas quelques trimestres au cours d’une carrière, le temps que la situation s’améliore et que les effectifs de médecins s’élargissent progressivement. Est-ce vraiment terrible comme solution ? Est-ce que vraiment, ce serait de nature à dégouter des vocations de généralistes ?

Évidemment, cette solution ne plait ni aux médecins qui parlent d’une fausse bonne idée, ni à l’Assurance maladie, ni même au ministère de la Santé, qui préfère dialoguer sur de nouveaux leviers, des nouvelles hausses de rémunération par exemple. Les élus, eux, cherchent des compromis pour ne braquer personne, et on se retrouve encore et toujours à se regarder dans le blanc des yeux, en espérant que ça passe. C’est terrible pour les patients, et désespérant pour les médecins des zones désertiques, seuls, débordés, à soigner des patients de plus en plus âgés sans remplaçant pour les vacances.

L'efficacité des contraintes

Aussi étonnant que cela puisse paraître, rare sont ceux qui demandent plus de contrainte. L’UNSA veut "des mesures plus coercitives". Le PS a récemment tenté une proposition de loi, rejetée par la majorité, à l’heure où 11% de la population française n’a pas de médecin traitant déclaré, où toute la chaine des hôpitaux et des urgences craque, d’autant plus en zone sous-dotée… Et le pire, c’est que c’est prouvé désormais : une pointe de contrainte peut réellement améliorer les choses.

C’est l’exemple des sages-femmes et des infirmiers qui ont à la fois des aides pour s’installer en déserts médicaux et des contraintes. Dans les territoires déjà bien dotés, ces professions doivent attendre qu’une place se libère. L'Assurance maladie a fait le bilan de ces mesures : les inégalités de territoire diminuent pour les sages-femmes et pour les infirmiers. C’est la preuve que les déserts médicaux ne sont pas une fatalité, pour peu qu’on ose demander, un peu plus fort, aux médecins généralistes de s’y installer.

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