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"On importe du beurre et de la farine en France !" : François Lenglet met en garde contre une "désagriculturation"

L’agriculture française ne s’est jamais remise de la disparition de la PAC historique, il y a trente ans, pointe l'éditorialiste.

Un agriculteur à Caen (image d'illustration)

Crédit : MYCHELE DANIAU / AFP

François Lenglet

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L’agriculture française ne s’est jamais remise de la disparition de la "politique agricole commune" (PAC) historique, il y a trente ans. 
La PAC historique était un système génial, entré en vigueur en 1962. Il avait deux piliers : des prix garantis pour tous les produits à l’intérieur du marché commun européen, des prix assez élevés. Et des tarifs douaniers sur les frontières extérieures qui frappaient tous les produits entrent en Europe, de façon à ce qu’ils ne fassent pas concurrence aux nôtres. C’était la préférence communautaire.

Un système génial, parce qu’il sécurisait les paysans, et qu’il a, du coup, permis à l’Europe de devenir autosuffisante au plan alimentaire, après la guerre. C’est d’ailleurs le système de la Suisse actuelle.
 
Mais pourquoi l’a-t-on quitté ce système ? Il a tellement bien marché que l’Europe a commencé à crouler sous les excédents, dans les années 1980. La PAC s’est donc mise à financer des surplus inutiles, à coût croissant... Problème. Parallèlement, les dévaluations multiples à l’intérieur de l’Europe et les élargissements à de nouveaux pays mettaient à l’épreuve le budget.

En plus, dans les années 1990, on a commencé à négocier le cadre du libre-échange international - le GATT, l’OMC, etc. - qui imposait de démanteler cette PAC protectionniste et d’ouvrir les frontières, dans le but de faire baisser les prix pour le consommateur. La PAC historique n’y a pas résisté.

Le solde commercial agricole et agroalimentaire français devrait être nul en 2025

Au début des années 1990, on a abandonné ce système avec une première réforme, qui a déconnecté les aides de la production, pour créer des aides au revenu afin de faire progressivement de l’agriculture un secteur banalisé, exactement comme l’industrie. Peu à peu, les paysans français ont été exposés à la concurrence. Celle des produits extérieurs à l’Europe, mais surtout celle des pays européens eux-mêmes, qui développaient leur agriculture. L’Allemagne par exemple, à l’Est, après la réunification. Les Pays-Bas, qui ont fait de leur agriculture une machine à exporter. L’Espagne, qui est devenue championne des fruits et des légumes. 
 
En France, ce travail d'adaptation n'a pas été fait. Ou pas bien. Pour la première fois en 2025, le solde commercial agricole et agroalimentaire français devrait être nul ! Imaginez-vous qu’aujourd’hui, on importe du beurre en France ! On importe de la farine, parce que la nôtre n’est pas assez compétitive. C’est incompréhensible. 

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À la racine de cette dégringolade, ce n’est pas le Mercosur. C’est trop de taxes. Trop de normes. Des coûts du travail plus élevés qu’ailleurs. Une productivité insuffisante. Exactement comme l’industrie. La ferme française souffre de la même maladie que l’usine française, le manque de compétitivité. Et si l’on ne fait rien, après avoir appris le mot "désindustrialisation", il va falloir ajouter à notre vocabulaire un autre néologisme, "désagriculturation".

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