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Gabriel Attal et Stéphane Séjourné, le 8 décembre 2024.
Crédit : Behrouz MEHRI / AFP
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Une transparence qui dérange. Depuis ses confidences sur sa vie amoureuse, Gabriel Attal est la cible d’attaques homophobes. Dans son ouvrage En homme libre (L'Observatoire), l'ex-Premier ministre se livre à cœur ouvert sur sa relation avec l'ancien ministre Stéphane Séjourné, désormais commissaire européen, qu'il décrit comme "l'amour de sa vie". De leur rencontre en 2015, à leur séparation de deux ans, il se confie sans détour à propos de son compagnon, son "évidence".
Une parole intime qui, chez un responsable politique homosexuel, continue de susciter des réactions bien différentes de celles provoquées par ses homologues hétérosexuels. Sur les réseaux sociaux, le patron des députés Ensemble pour la République a essuyé une vague d’insultes après la publication de son livre. Même s'il se dit "blindé", il a choisi de relayer certains messages homophobes sur son compte Instagram, appelant à ne "jamais s'habituer".
Pourtant, l'ancien chef du gouvernement, qui ne cache plus ses ambitions présidentielles, l’assure : être homosexuel n'est "pas du tout" un frein pour accéder à l'Élysée - même si les sondages montrent que sur ce n'est pas aussi simple.
Si Gabriel Attal estime que la France est plus "tolérante" qu'il n'y paraît, il pointe néanmoins "une forme de double standard" quand il est interrogé sur les critiques à son égard. "Quand un responsable politique hétérosexuel parle de son couple, on dit que c'est quelque part de la 'transparence", a-t-il noté sur le plateau de l'émission C à Vous sur France 5. "Quand on parle d'un couple d'hommes, on parle 'd'impudeur', de 'choses qui devraient rester secrètes'."
"Quand c'est un couple d'hommes, je vois effectivement des commentaires disant que c'est impudique", a-t-il regretté sur RTL, ce mercredi 22 avril. "L'homosexualité est tout de suite sexualisée. On considère que c'est quelque chose de l'ordre du privé, de l'intime", analyse l'ancien ministre Franck Riester, interrogé par RTL.fr. En 2011, alors député UMP, il avait affirmé dans un journal local que "son homosexualité (n'était) pas un secret" : il était alors l'un des premiers hommes politiques de droite à faire le choix de l'assumer publiquement.
Certains détracteurs considèrent que "c'est un choix de pratique sexuelle", note l'actuel maire de Coulommiers (Seine-et-Marne). "Mais on est comme ça, et il n'y a pas de raison de ne pas être en sincérité comme le sont les hétérosexuels." "Dès qu'un homo présente son compagnon, c'est toujours illégitime", confirme le militant Jean-Luc Romero-Michel, ancien conseiller de Paris et conseiller régional d'Île-de-France.
Quand vous parlez d'homosexualité, les gens retiennent sexualité.
Jean-Luc Romero-Michel, ancien conseiller de Paris
"Ce qu'on entend souvent c'est 'je n'ai pas besoin de savoir avec qui il couche'. C'est totalement un amalgame", ajoute Sonia Tir, autrice de Sortir du placard, LGBT en politique, selon qui "l'électorat français est encore pétri de clichés".
Au fond, le reproche adressé aux responsables politiques homosexuels semble insoluble. "S'il cachait sa vie, on dirait que c'est un PD honteux", résume Jean-Luc Romero-Michel. À l'inverse, en parlant, il s'expose à des accusations d’exhibition ou d’impudeur. Pour Franck Riester, la démarche de Gabriel Attal relève au contraire de la "transparence", notamment dans un contexte de préparation à la présidentielle. "Ce n'est pas du tout impudique ni de l'exhibitionnisme, mais une forme de respect des Français", estime-t-il.
Un raisonnement rarement appliqué aux couples hétérosexuels. "On n'a jamais vu un candidat à la présidence qui vit avec son épouse sans le dire", rappelle Jean-Luc Romero-Michel. "Dès qu'il s'agit d'un couple homo, on nous dit qu'on a le droit mais qu'on n'a pas envie de savoir, comme si on devait laisser notre proche au placard", souligne l'ancien gaulliste qui a fait partie de ceux qui ont tracé la route pour les politiques homosexuels. Il est devenu, en 2000, le premier homme politique à avoir été victime d'outing, la révélation publique de son homosexualité sans son consentement, et à avoir dévoilé sa séropositivité au VIH, deux ans plus tard.
Ce décalage peut s'expliquer par des attentes implicites autour de la fonction. "Les électeurs considèrent que ce n'est pas un sujet important, mais en même temps, ce sont les mêmes qui sont attachés à une figure de la Première dame", souligne Sonia Tir. Un paradoxe qui renvoie à un imaginaire politique encore très normé. "Il y a un attachement aux valeurs familiales traditionnelles", estime la journaliste, évoquant un "idéal de la famille présidentielle, avec une couverture de Paris Match."
L’exemple récent de Jordan Bardella, posant en une de l'hebdomadaire avec sa compagne, Maria Carolina Bourbon des Deux-Siciles, illustre cette attente. "C'est comme s'il avait besoin de rassurer", analyse Sonia Tir, dans un schéma "la femme, l'homme". "Il y a une sorte de non-dit en France sur l'évidence d'un couple à l'Élysée : un candidat et son épouse", abonde Catherine Tripon, porte-parole de l'association L'Autre Cercle, qui défend l'inclusion des personnes LGBT+ dans les milieux professionnels.
Depuis le coming out en 1998 de Bertrand Delanoë, avant son élection à la mairie de Paris, la parole s'est libérée. L'ancien ministre Clément Beaune, le député Jean-Philippe Tanguy ou encore l'ex-conseillère de Paris Alice Coffin ont contribué à rendre l’homosexualité plus visible dans la sphère politique. Une évolution notable, qui n’empêche pourtant pas les discriminations et le harcèlement de perdurer. Selon un sondage mené par l'Ifop en 2023, 35% des Français sont toujours mal à l'aise avec l'idée qu'un politique fasse son coming out.
"Quand j'ai annoncé ma séropositivité, on m'a dit que c'était scandaleux. Quand on annonce un cancer, tout le monde trouve ça courageux", témoigne Jean-Luc Romero-Michel, dénonçant une "hypocrisie (...) incroyable".
Annoncer un cancer, c'est bien. Annoncer un sida par un PD, c'est un tabou absolu.
Jean-Luc Romero-Michel
Malgré ces difficultés, la visibilité est perçue comme essentielle par les personnes concernées. "En parler, ça fait de nous des rôles modèles", souligne Laurence Vanceunebrock, ex-députée LREM ouvertement lesbienne, dans le documentaire Homos en politique, le dire ou pas ? de France télévisions.
"C'est important pour les jeunes de s'identifier", insiste Franck Riester, évoquant aussi un signal envoyé aux familles. Lui-même n'a assumé son homosexualité qu'après 30 ans, la jugeant longtemps "incompatible" avec son rêve politique. Si son orientation sexuelle n'a pas été un obstacle à sa carrière, il a fait face à une hostilité croissante au sein de son parti, l'UMP (ancêtre de LR), lors des débats sur le mariage pour tous. "Mes collègues ont glissé d’une forme de respect et de bienveillance à une opposition farouche avec des mots très forts", se souvient-il dans Homos en politique, le dire ou pas ? . Il est le seul de son groupe à avoir voté en faveur de l'union pour les couples de même sexe.
Si les hommes homosexuels gagnent en visibilité, la situation reste plus complexe pour les femmes lesbiennes. "Je ne vois pas de femme politique lesbienne en capacité d’accéder au pouvoir, visible aujourd’hui", constate Catherine Tripon. Et d'analyser : "Selon les fantasmes ou préjugés, l’homosexualité féminine n’est pas perçue comme une remise en cause d’une certaine notion de genre."
"Être homosexuelle et femme, c'est la double peine", peut-on lire dans Sortir du placard, LGBT en politique. Certaines responsables politiques préfèrent encore taire leur orientation sexuelle, de peur d’en payer le prix. "Il y a des femmes politiques qui ont été ministres et qui ont refusé de le dire de peur de perdre leur poste", assure Sonia Tir.
Une invisibilisation qui s'explique aussi par le poids du modèle hétérosexuel dans la sphère publique. Comme le résumait Alice Coffin sur RTL en 2021 : "Être lesbienne ce n'est pas seulement une orientation sexuelle (...), c'est aussi s'opposer à tout un système où tout est construit autour de l'unique modèle de l'hétérosexualité."
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