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L'institution catholique Notre-Dame de Bétharram, dans les Pyrénées-Atlantiques.
Crédit : Gaizka IROZ / AFP
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Plus d'un millier d'élèves potentiellement concernés. Une commission indépendante, qui a enquêté pendant plus d'un an sur les violences commises au sein de l'institution religieuse Notre-Dame de Bétharram, dans les Pyrénées-Atlantiques, a rendu ce samedi 20 juin les conclusions de son rapport. Elle estime ainsi entre 700 et 1.500 le nombre d'élèves ayant été victimes de violences au sein de l'établissement religieux, qu'elles soient physiques, psychologiques ou sexuelles.
"On a retrouvé un discours presque de dictature, d'état totalitaire, avec des gens qui avaient été marqués par du sadisme et des méthodes dignes de la torture par une autorité permanente", rapporte sur RTL Jean-Pierre Massias, président de cette commission composée entre autres de juristes, de magistrats et de psychologues. Il évoque un sentiment de terreur permanent chez les victimes de ces violences : "La violence peut arriver à n'importe quel moment et au fond, sans même qu'il y ait le moindre prétexte pour ça. C'est là que je parle de sadisme et de torture, parce qu'il n'y a rien qui peut justifier, rendre acceptable ce genre de pratiques."
Le rapport de la commission évoque des exemples de violences commises envers les élèves de l'institution : des gifles, des enfants dénudés ou "qui passent de très longs moments sur le perron de Bétharram, notamment la nuit", des piqûres d'eau, mais également des violences sexuelles. "Il y a eu des violences sexuelles qui sont des violences tout à fait caractérisées, certaines sous forme d'agressions sexuelles, certaines sous forme de viols", confirme Jean-Pierre Massias. "Oui, il y a eu des prédateurs sexuels dans Bétharram qui ont été importants, qui ont sévi de manière forte. Et qui doivent être dénoncés aujourd'hui."
Au moins 37 religieux et laïcs ont été identifiés par la commission, mais des poursuites judiciaires semblent compromises dans cette affaire, du fait de la date à laquelle les faits ont été commis. "Beaucoup (des auteurs de violences, ndlr) sont morts, le reste est protégé la plupart du temps par la prescription." Le nombre de victimes n'est quant à lui qu'une estimation, "dans le cadre d'une extrapolation sur le nombre de victimes déclarées".
Mais le nombre de victimes réelles de violences à Bétharram pourrait être plus élevé : "On sait très bien que dans ce genre de processus, le nombre de victimes déclarées est toujours très largement inférieur à la réalité. Parce que d'abord, les victimes anciennes, souvent, elles sont décédées, ou ce n'est pas facile de parler. (...) Si toutes les victimes décident de parler, on serait sur des chiffres considérables."
Alain Esquerre, lanceur d'alerte dans l'affaire des violences à Bétharram et porte-parole d'un collectif de victimes, évoque quant à lui des chiffres "hallucinants" : "Ça voudrait dire qu'un élève sur trois est concerné. Tout le monde avait vu, quand il était élève, les punitions collectives, les humiliations, les coups à Bétharram", affirme-t-il sur RTL.
La commission d'enquête dénonce en effet une forme de violence systémique, permise par une institution basée sur une forme de "domination" : "C'est d'abord une institution catholique, donc il y a le système de la domination religieuse, et puis c'est une institution religieuse particulière, avec la domination du directeur, avec la domination par la discipline, avec un discours viriliste extrêmement marqué, avec le fait que ça peut être une maison de redressement pour des élèves dissipés, et donc ça va concourir à un système de violence", explique Jean-Pierre Massias.
Dans son rapport, la commission d'enquête parle même de "crime de masse" concernant ces violences, commises entre 1950 et 2000. L'Institut Louis Joinet, la commission qui a enquêté sur cette affaire, a été mandaté par la congrégation religieuse mise en cause, mais assure avoir pu réaliser son travail "en toute indépendance, et en toute liberté".
La commission compte proposer la semaine prochaine à toute victime de "participer à une réunion de présentation des dispositions du rapport". Elle propose également la mise en place d'un "tribunal citoyen, qui serait un tribunal symbolique, mais qui permettrait, avec une procédure de justice, de juger ces cas-là et de permettre, au fond, de donner aux victimes une tribune, quasi-judiciaire, et de montrer ce que la justice aurait pu faire et aurait dû faire."
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