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De Daesh à la reddition, les confessions d'un jihadiste français repenti

Assurant avoir été dégoûté du groupe islamiste, un Français d'une trentaine d'années est rentré de Syrie en mars dernier pour se rendre à la police. "Le Parisien" a pu consulter les PV d'audition et livre un récit édifiant.

Des jihadistes de l'État islamique, le 17 mars 2014. (illustration)
Des jihadistes de l'État islamique, le 17 mars 2014. (illustration)
Crédit : AFP
Marine Cluet

Face à la police française, il se présente comme un jihadiste repenti, dégoûté par les actes de barbaries de Daesh, qu'il a servi durant six mois en Syrie. Rentré en mars dernier, il assure que son retour n'est pas motivé par la volonté de commettre un "attentat" sur le sol français. Grâce aux PV d'audition qu'il a pu consulter, Le Parisien livre les confessions d'Ali (son nom a été changé), actuellement en détention provisoire. Un récit édifiant.

Après une adolescence difficile, Ali se radicalise lors d'un séjour prolongé à la prison de Fleury-Mérogis, au contact d'un groupe de détenus appelé les Frères Muslin. À sa sortie, et après des passages infructueux en Égypte et Tunisie, il estime qu'il n'a plus sa place en France. En septembre 2014, il décide alors de partir en Syrie, en passant par la Turquie. "Rien de plus simple" selon le Français.

Il a demandé à ceux qui avaient rempli un papier pour commettre un attentat-suicide de se regrouper. Ils étaient une dizaine

Ali

Il jure qu'avant de se rendre là-bas, il ne connaissait personne, ni en Turquie, ni en Syrie. Il a simplement "pris contact avec des barbus qui se sont identifiés comme étant de l’État islamique" qui l'ont conduit jusqu'à Raqqa, le fief de l'organisation. Là-bas, les islamistes ont mené leur petite enquête pendant deux jours avant de l'autoriser à s'enrôler dans leurs rangs. Après neuf jours d'entraînements physiques, cours religieux et politiques, réveil à "coup de kalach" et repas rationnés, Ali prête allégeance avec une centaine d'autres camarades. "Nous devions répéter après lui (un émir supérieur) des mots disant que nous devions prêter allégeance au seul vrai calife des musulmans, que nous lui devions écoute et obéissance."

Une fois passés ces neuf premiers jours, les choses sérieuses commencent, avec notamment l'apprentissage du maniement des armes. Kalachnikovs, pistolets, lance-roquettes et même mitrailleuses... L'arsenal est  visiblement très développé. À la fin, ils se réunissent tous autour de l'émir pour choisir leur orientation. "Il a demandé à ceux qui avaient rempli un papier pour commettre un attentat-suicide de se regrouper. Ils étaient une dizaine" explique Ali. Il assure avoir refusé une telle option, l'objectif étant seulement de faire sa hijra, c'est-à-dire l'émigration en terre d'Islam.

270.000 euros pour s'installer

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Le Français sera finalement intégré à la police islamique de Raqqa. Son quotidien consiste selon lui "à montrer à la population que la police est là, à contrôler les gens, à mettre des amendes, à régler les bagarres". Il assure également avoir reçu au moins 270.000 euros pour s'installer ainsi qu'un salaire mensuel de 80 euros. Ce qui laisse perplexe les policiers.

Les forces de l'ordre restent d'ailleurs sceptiques sur bien des points de ce récit. Le jeune homme assure par exemple n'avoir jamais pris les armes. Pourtant des messages privés et des photos de lui en treillis et kalachnikov semblent attester du contraire.

Écœuré

Les punitions infligées par la police religieuse en cas de non respect de la charia le dégouttent rapidement. Pour avoir vendu du hashich ou des cigarettes, direction la prison, sans oublier les coups de fouet. En ce qui concerne les homosexuels, les adultères, les sorcières ou encore les rebelles, c'est l'exécution assurée. Après avoir assisté à deux exécutions, celle d'un homosexuel et celle d'un homme âgé accusé de sorcellerie, Ali veut quitter l'État islamique. "Je me suis rendu compte que je n’étais pas avec des musulmans, un musulman ne pouvant pas commettre de telles atrocités."

Il explique donc avoir demandé l'autorisation de quitter la zone. Après des négociations, ce privilège rare lui est accordé. Mieux encore, une administration lui rend son passeport et le dépose en Turquie avec en prime 450 euros, ce qui lui permettra de s'acheter un aller simple pour Paris. Deux jours après son arrivée, il se rendra à la police.

Le récit de son parcours et sa bonne foi laissent les enquêteurs perplexes. Faut-il le croire ? L’expertise psychiatrique a conclu qu’il ne souffrait d’aucune pathologie mentale ou psychique. En détention provisoire, il a été mis en examen pour association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme ayant pour objet la préparation d’un ou plusieurs crimes d’atteintes aux personnes.

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