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Daesh : faut-il craindre une vague de retours de terroristes ?

ÉCLAIRAGE - Avec le recul de l'organisation terroriste en Syrie et en Irak, certains prédisent des retours massifs, mais certainement contrôlés. La question des enfants ne trouve, en revanche, pas de réponse concrète.

Un combattant de Daesh (illustration)
Un combattant de Daesh (illustration) Crédit : DELIL SOULEIMAN / AFP
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Cécile De Sèze
Journaliste RTL

C'est l'un des revers de la médaille. Depuis août 2014, la coalition internationale contre Daesh agit en Syrie et en Irak. Depuis début octobre, les troupes s'attaquent aux fiefs légendaires de l'organisation terroriste. Raqqa en Syrie, et Mossoul en Irak. Si les deux bastions n'ont pas été reconquis, Daesh montre néanmoins quelques faiblesses. Le recul de Daesh va avoir des conséquences inévitables, à commencer par le retour en Europe de combattants partis faire le jihad. À la télévision belge, le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, évoque "3.000 à 5.000 jihadistes qui pourraient revenir".

"On voit que l'État Islamique (EI) est sous pression avec les attaques à Raqqa et Mossoul. Soit les combattants belges restent là-bas pour aider à la défense de Daesh. L'autre hypothèse, et nous devons être attentifs à cela, c'est que l'État Islamique renvoie ces combattants. (...) Tous les services de renseignements sont en train de suivre cela, et échangent des informations à ce sujet. Si cette vague arrive, nous devons être prêts", a-t-il encore ajouté. 

Marc Trévidic, ancien juge au pôle antiterrorisme, s'inquiète des mêmes conséquences. En septembre dernier, il alertait déjà sur "des retours massifs de gens qui viendront nous faire la guerre" après avoir prédit que l'organisation allait "profiter de l'effervescence de l'élection présidentielle". Même son de cloche chez le procureur de la République de Paris, François Molins, selon qui l'affaiblissement de Daesh "renforce" le risque d'attentats

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L'épineuse question des enfants

Des alertes qu'il faut toutefois nuancer, car, comme le rappelle Wassim Nasr, journaliste à France 24 et auteur de L'État islamique, le fait accompli, la situation, déjà depuis le 13 novembre a changé. "C'est beaucoup plus dur aujourd'hui pour un terroriste", explique-t-il à RTL.fr. Elle a changé depuis des années. Quand de nombreux combattants du jihad ont pu rentrer dans leurs pays respectifs après l'Afghanistan ou la Bosnie, car "considérés comme étant du bon côté de l'histoire, puisque contre l'URSS ou les Serbes de Miloševic", aujourd'hui ce n'est plus le cas. "Les terroristes qui reviennent de Syrie et d'Irak sont tout de suite arrêtés, poursuit le spécialiste. Ce qui ne veut pas dire qu'aucun terroriste ne pourra passer entre les mailles des filets".

Le véritable problème qui se pose, c'est la question des enfants, insiste Wassim Nasr. "Qu'en fait-on ?", se demande-t-il. En effet, si aujourd'hui les femmes ne sont plus considérées uniquement comme victimes mais bien aussi dangereuses que les hommes, le problème des enfants risque d'être bien plus délicat. "La loi prévoit de privilégier l'approche éducative" pour ces derniers, expliquait François Molins dans les colonnes du Monde. Mais concrètement, comment faire ?

Certains enfants sont nés sur place et n'ont donc pas de papiers français. D'autres ont pu commettre des exactions forcées. Se pose alors la question de leur intégration auprès d'autres enfants ou de la difficulté de trouver une famille d'accueil pour un ancien apprenti jihadiste qui a, par exemple, pu voir des têtes sur des pics en pleine rue. Certains d'entre eux peuvent avoir le cerveau retourné par la propagande. "Même avec la meilleure volonté du monde, ça pose forcément un problème de société, insiste Wassim Nasr. Seront-ils fichés à vie ?". Des questions qui restent pour le moment sans réponse.

D'autres conséquences au recul de Daesh

L'affaiblissement de Daesh sur le terrain peut avoir d'autres conséquences. Des représailles en Europe par des cellules déjà sur place, par exemple. Pour le moment, il semblerait que les autorités aient réussi à déjouer ce qui aurait pu être une attaque d'ampleur. L'arrestation de Rida Kriket en mars dernier aurait permis d'éviter "une action d’une extrême violence par un réseau terroriste prêt à passer à l’acte", selon François Molins. Un arsenal d'une ampleur intimidante avait été retrouvé, entre autres 5 Kalachnikov, un fusil-mitrailleur, des munitions, deux bidons de 10 et 15 litres contenant de l'acide, 5 passeports français volés, 7 téléphones neufs... "C'est peut-être parce qu'il y a eu le 13 novembre et Bruxelles qu'il n'a pas pu passer à l'acte", analyse Wassim Nasr. 

Sur place, Daesh a d'autres ennemis que les Kurdes, les Turques, les Irakiens ou même Bachar al-Assad. Il y a aussi Al-Qaïda, sous la bannière du Front al-Nosra en Syrie, l'autre organisation terroriste qui sévit dans la région. Quelque peu dans l'ombre médiatique depuis les attaques occidentales de Daesh, elle peut profiter de l'affaiblissement de son rival. Un rival qui attire d'ailleurs tous les regards, ce qui laisse le temps à Al-Qaïda de s'organiser en toute tranquillité. C'est en tout cas l'analyse de François Hollande, qui déclarait, le 9 juillet dernier : "On voit bien qu’al-Nosra peut se renforcer. C’est un point important. Il faut se coordonner pour continuer les actions contre Daesh, mais il faut qu’il y ait aussi, entre tous les protagonistes russes et américains dans le cadre de la coalition, une action contre al-Nosra qui puisse être également efficace. 

Considérée comme "plus intelligente, mieux structurée, plus crédible", par de nombreuses personnes comme l'indique Charles Lister, chercheur au Middle East Institute, dans Foreign Policy, Al-Qaïda n'a d'ailleurs jamais disparu. Rappelons que les frères Kouachi qui ont commis les attentats à Paris contre Charlie Hebdo se sont revendiqués de l'organisation au Yémen. Dans un des numéros de sa revue, Inspire, Al-Qaïda appelle d'ailleurs à commettre des attentats contre la France en représailles à la captivité des deux musulmanes prêtent à commettre un attentat, interpellées en septembre. 

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2016-11-15 08:00:00
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