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Coronavirus : pourquoi le confinement menace le droit à l'avortement

ÉCLAIRAGE - En cette période de confinement, les professionnels s'inquiètent pour le droit à l'IVG. Celui-ci se trouve entravé par les restrictions de déplacement et la mobilisation du personnel soignant concentré sur le covid-19.

Quelles démarches pour faire une IVG (interruption volontaire de grossesse) ?
Quelles démarches pour faire une IVG (interruption volontaire de grossesse) ?
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

Texas, Ohio : aux États-Unis, les deux États conservateurs ont profité de la crise sanitaire du coronavirus pour restreindre le droit à l'avortement. Là-bas, les IVG ne sont plus considérées comme des interventions médicales de première nécessité, contrairement à celles impliquant des patients infectés par le Covid-19. Une attaque frontale contre les droits des femmes, mis à mal en cette période de confinement. 

En France, "l'IVG n'est pas en danger au sens américain du terme", a précisé Ghada Hatem, gynécologue-obstétricienne et fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis, auprès de France Inter mercredi 1er avril. Contactée par RTL.fr, elle confirme qu'elle est pourtant menacée par les conditions de confinement qui restreignent les déplacements et rebattent les cartes du système de soin. Ainsi les femmes risquent d'être empêchées de faire les démarches nécessaires pour interrompre une grossesse non désirée à temps. 

Ghada Hatem elle-même dit avoir du pratiquer des IVG hors délai depuis le début du confinement, en passant par la procédure exceptionnelle impliquant un comité spécifique. Une situation qui ne peut pas durer selon elle. "À un moment, on ne pourra pas faire ça trois fois par jour", déplore-t-elle. C'est pourquoi ses collègues et elles réclament dans une tribune publiée dans Le Monde des mesures d'urgences, comme celles déjà mises en place pour lutter contre les violences conjugales ou pour garantir l'accès à la pilule contraceptive.

Des délais trop courts

En France, le délai de recours à l'avortement chirurgical à l'hôpital est de douze semaines de grossesse, soit quatorze semaines d'amenhorée (la date des dernières règles). Pour une IVG médicamenteuse le délai est de cinq semaines. "Avec le confinement les jeunes femmes ont peur de sortir, nos consultations sont en diminution, explique Ghada Hatem. On sait très bien que le nombre de grossesses non désirées n’a pas diminué du fait du coronavirus donc on se dit qu'elles vont arriver plus tard, peut-être même trop tard."

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Dès le 20 mars, la sénatrice Laurence Rossignol anticipait cette situation. Dans un tweet elle accusait Olivier Véran et Muriel Pénicaud d'avoir rejeté un amendement destiné à allonger le délai de recours à l'IVG, une solution parmi d'autres pour assurer ce droit fondamental en cette période de crise. "Les professionnels sont inquiets. Il y aura de nombreuses femmes hors délai et des services perturbés", assurait-elle.

Dans la foulée, associations et professionnels se sont mobilisés. Les premières ont lancé une pétition sur Change.org avec le collectif européen "Avortement les femmes décident". Signé par plus de 45.000 personnes, le texte appelle le gouvernement à s'attaquer aux contraintes qui pèsent sur les femmes souhaitant avorter en période de confinement. Concrètement, cela veut dire non seulement allonger le délai de recours à l'IVG, mais aussi supprimer le "délai de réflexion" pour les jeunes femmes mineures (celles-ci doivent attendre 48 heures entre la première consultation et l'intervention). 

Des revendications appuyées par les professionnels eux-même dans leur tribune publiée dans Le Monde, ceux-ci expliquent s'être organisés de manière "ultra-précoce" pour continuer à pratiquer les IVG malgré la crise du coronavirus. Malgré tout, les femmes restent confrontées aux mêmes problèmes. C'est pour cela qu'ils souhaitent voir le délai de recours à l'IVG porté de douze semaines de grossesse, à quatorze - soit seize semaines d'aménhorrée.

Le personnel médical sous tension

Crise sanitaire oblige, le personnel médical est mobilisé pour traiter les patients atteints du covid-19. Les salles d'opérations ont par exemple été remodelées en salles de réanimation et ne peuvent être mobilisées pour des IVG. Pour éviter que cette concentration d'activité ne porte atteinte au droit à l'avortement et pour soulager les équipes de soins, les médecins signataires de la tribune du Monde proposent que soit permise l'IVG médicamenteuse à domicile et ce, "jusqu’à neuf semaines d’aménorrhée, soit sept semaines de grossesse". "Cette option est validée par l’OMS et ne présente pas de danger particulier", précisent-ils.

Toutes et tous se disent disposés à mettre en oeuvre ces mesures quitte à défier la législation. "La loi doit aligner les pratiques médicales sur les besoins sociaux. Nous y sommes prêt(e)s, et sommes également prêt(e)s à nous mettre hors-la-loi pour appliquer ces trois mesures (suppression du délai de réflexion, allongement du délai de recours à l'IVG, et IVG médicamenteuse à domicile, NDLR)".

Contacté par RTL.fr, le secrétariat d'État à l'égalité assure "travailler avec le ministère de la Santé sur ce sujet". Dans un communiqué publié lundi 23 mars, il insistait sur le fait que les IVG restaient des "interventions urgentes" et que "leur continuité (devait) être assurée". Ghada Hatem s'attend à être déçue : selon elle, l'allongement du délai de recours à l'IVG n'est pas envisagé. Elle espère néanmoins que les IVG médicamenteuses à domicile seront autorisées.

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