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Comment les médecins hospitaliers oublient leur propre santé

ÉCLAIRAGE - C’est le résultat de l’enquête alarmante réalisée par l’intersyndicale Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins. 93% des médecins déclarent avoir été au moins une fois en épuisement chronique.

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Le témoignage de Lamya sur les conditions de travail Crédit Image : AFP / PHILIPPE HUGUEN | Crédit Média : Anaïs Bouissou | Durée : | Date :
Anais Bouissou
Anaïs Bouissou édité par Marie Sasin

À l’hôpital, 54% des médecins se déclarent en épuisement chronique et 39% une fois de temps en temps. Ces chiffres s’expliquent par la pression au travail et les horaires particulièrement denses. Plus de la moitié des médecins a des horaires autour de 50 heures de travail par semaine. Pire, 25% des hommes et 16% des femmes travaillent plus de 60 heures par semaine.

Ces horaires se cumulent avec des difficultés à s’arrêter quand ils ne vont pas bien. Un médecin hospitalier malade sur deux ne s’arrête pas en cas de maladie. Les raisons sont multiples, se soigner tout seul et se débrouiller pour assurer son travail malgré tout, avoir trop de travail pour se reposer ou encore, craindre d’augmenter la charge de travail des collègues.

Pour Nicole Smolsky, médecin anesthésiste-réanimateur, "les médecins sont dans le mythe du super-héros qui n’est jamais malade, qui est très fort". Elle-même, à la suite d’une fracture de côtes et de colonne dorsale, a continué à travailler pendant une semaine avant même d’imaginer qu’elle avait peut-être une fracture. Elle a tenu à poursuivre son travail malgré la douleur.

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Mises en danger et conséquences sur la vie personnelle

Sauver des gens se fait souvent au détriment des soignants. C’est aussi l’exemple frappant de Lamya, trentenaire, jeune maman. Lorsqu’elle prend son poste de réanimateur, on lui dit clairement, qu’il est interdit de tomber enceinte. Cela ne la choque pas à l’époque, sauf qu’un an et demi après, elle attend son premier enfant.

La grossesse devient rapidement difficile, avec des horaires de travail toujours conséquents - 50 heures de travail par semaine au lieu de 70 heures - des gardes de 24 heures jusqu’à la fin du cinquième mois de grossesse et des urgences à gérer, tout en culpabilisant.

Elle conserve un souvenir douloureux de sa dernière garde : "La dernière garde je l’ai faite à la fin du cinquième mois, je contractais quasiment toute la nuit, je devais courir partout, j’ai eu deux arrêts cardiaques au cours de la même garde, enceinte. Je l’ai payé après ; bébé ne grossissait pas assez, j’ai été arrêtée par mon gynéco qui m’a dit ça suffit".

Autre témoignage, celui de Nicole Smolsky : "J'ai accouché un 31 décembre, mi-janvier mon gamin était à la crèche, c’était la mascotte de la crèche. S’arrêter pour cause d’enfant malade : impossible ! Les enfants venaient attendre à l’hôpital, pendant que leur mère continuait à travailler. Ces témoignages sont loin d’être des cas isolés. Sur les 3135 médecins répondant à l’enquête, 54% ont eu des difficultés liées à la garde d’enfants, dans la majorité des cas à cause des horaires de travail.

La question du congé maternité

Action Praticiens Hôpital et Jeunes médecins alertent notamment sur les difficultés liées à l’arrivée d’un enfant. 1 personne sur 10 interrogée n’a pas bénéficié d’un congé maternité réglementaire, souvent à cause d’une pression ressentie dans le servie et/ou d’une crainte pour les perspectives de carrière.

Et les chiffres s’accumulent : 29% des femmes avec enfant considèrent que leurs grossesses ont pénalisé leur carrière et 30% ont ressenti de la discrimination. 

Pas de meilleurs résultats côté hommes

Côté hommes, le résultat n’est pas meilleur : à l’hôpital, 1 homme sur 3 n’a pas pris de congé paternité soit parce que cela n’existait pas, soit parce qu’il ne voulait pas, soit parce qu’il n’a pas eu le droit de le prendre.

Résultat quand on demande aux professionnels de santé ce qu’ils voudraient améliorer, ils demandent à 40% de travailler moins d’heure par semaine. Parmi les autres demandes fortes : avoir une meilleure rémunération, mieux moduler sa carrière, pouvoir sortir plus tôt le soir ou encore pouvoir bénéficier plus facilement d’un statut à temps partiel.

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ÉCLAIRAGE - C’est le résultat de l’enquête alarmante réalisée par l’intersyndicale Action Praticiens Hôpital et Jeunes Médecins. 93% des médecins déclarent avoir été au moins une fois en épuisement chronique.
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2019-03-08 15:03:00
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