4 min de lecture Chômage

Chiffres du chômage : ça ne va pas mieux

REPLAY - L'annonce d'une hausse catastrophique du nombre de chômeurs remet en question la politique du gouvernement.

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Chômage : ça ne va pas mieux Crédit Image : AFP / PHILIPPE HUGUEN | Crédit Média : Marc-Olivier Fogiel | Durée : | Date : La page de l'émission

On refait le monde avec :
- Laurence Parisot, ancienne présidente du Medef
- Elisabeth Lévy, rédactrice-en-chef de Causeur
- Christian Ménanteau, chroniqueur économique de RTL 
- Nicolas Domenach, journaliste politique

Le nombre de chômeurs a augmenté de 50.200 inscrits, en août. Chaque jour, plus de 2.000 chômeurs se sont inscrits à Pole Emploi, le mois dernier. C'est la pire augmentation depuis septembre 2013.

Ce mauvais résultat est notamment la conséquence directe de l'attentat de Nice, qui a nuit à l'activité estivale des professionnels du tourisme. C'est la défense du gouvernement, mais cela ne justifie pas tout. Pour Laurence Parisot, ces chiffres "catastrophiques", sont le fruit de causes passées et récentes. L'impact des attentats en France rentre bien sûr en compte - "Je rappelle qu'à paris, en juillet et en août, tous les grands hôtels disaient avoir fermé 20% de leurs chambres, et que certains commerçants n'ont pas du tout fait  le chiffre d'affaires qu'ils font d'habitude" - mais il n'y a pas que ça. 

Selon l'ancienne patronne du Medef, "nous n'avons pas fait, en France, toutes les réformes structurelles qu'il  conviendrait de mener pour avoir des taux de chômage comparables à ceux de l'Allemagne ou de l'Angleterre". À cela s'ajoute un autre facteur : le Brexit. "On a beau dire que le Brexit a peu d'effets, il faut savoir que beaucoup de grandes entreprises ont gelé des projets en attendant de savoir comment les futures négociations allaient se mener." Une situation qui devrait "perdurer probablement de nombreux mois". Et ce contexte global ne devrait pas s'améliorer avec la présidentielle. "Je crains qu'en plus les événements électoraux à venir ne favorisent pas une dynamique grandiose de l'économie", explique Laurence Parisot.

Le gouvernement n'atteindra pas son objectif de baisse du chômage

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Christian Ménanteau est d'accord avec l'ancienne patronne du Medef, mais s'inquiète de "l'ampleur inquiétante" de l'évolution des chiffres du chômage. "Je crois que, bien sûr, les attentats ont joué, que c'est une cause importante, mais qui est mineure dans le chiffre qui nous est présenté. On a payé au mois d'août une croissance qu'on croyait plus forte que ce qu'elle n'était réellement. Donc la machine tournait moins vite qu'on ne le pensait et évidemment, les entrepreneurs n'ont pas recruté."

Pour le chroniqueur économique, l’argument avancé par le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll ne tient pas. Selon le ministre, les demandeurs d'emploi auraient profité du mois d'août, plus long de deux jours par rapport à l'an dernier, pour s'inscrire massivement à Pole Emploi. Or, "en général, le mois d'août c'est le mois où on va moins s'inscrire". Le journaliste reste donc peu convaincu par la promesse de l'Unédic qui assure que la politique du gouvernement permettra de faire reculer le nombre de demandeurs d'emplois de 124.000 inscrits d'ici la fin de l'année. "Cela signifie qu'il faudrait que tous les mois, le nombre de chômeurs diminue de 25.00 à partir de ce matin. C'est une hypothèse assez difficile à envisager compte tenu du ralentissement vraiment très fort qu'on sent dans l'économie."

éIl va bien falloir qu'on parle enfin du chômage" dans la campagne

Après la publication des chiffres du chômages, l'ancien président Nicolas Sarkozy, aujourd'hui en campagne pour 2017, s'est lui aussi prononcé sur la question. À l'écouter, cette hausse du nombre de chômeurs est l'oeuvre "d'une politique économique en dépit du bon sens". L'économie nationale serait dans "une situation d'urgence absolue" et le changement de politique serait "la seule alternative possible". 

Il prêche bien évidemment pour sa propre paroisse et ne convainc pas Nicolas Domenach qui voit le mal ailleurs. "Je crois que l'économie, c'est aussi la psychologie et que la déprime du marché de l'emploi est liée très précisément à la déprime française, à son déclinisme, à son catastrophisme, à cet état psychologique et identitaire qui, au fond, nous abat." Et en se basant sur les différentes enquêtes d'opinion, il ne voit pas quel candidat à la présidence pourrait changer cela et faire remonter la courbe du chômage. Le seul point relativement positif qui ressort de cette affaire c'est qu'on n'en restera pas aux questions identitaires dans la campagne présidentielle. "Il va bien falloir qu'on parle enfin du chômage, de l'économie, mais aussi de où on veut emmener la France, l'incarner, la réveiller et la ré-espérer."

François Hollande a sa part de responsabilité

Si Elisabeth Lévy est d'accord sur le fait qu'il y a une "déprime française", elle pense quand même que le président en fonction a sa part de responsabilité dans la hausse du chômage. "Il me semble, moi, que François Hollande avait le choix entre deux politiques économiques et qu'il n'a pas choisi. Il est en train de payer le fait qu'il a passé deux ans à détricoter ce qu'avait fait Nicolas Sarkozy avant de reprendre un peu le même type de politique. Mais d'un autre côté, il me semble aussi que le système mondialisé tel qu'il fonctionne s’accommode du fait qu'un certain nombre de gens soient au chômage (...) Moi, je pense que ce système est injuste, qu'il crée des inégalités. Si on ne sort pas du système, à ce moment-là, peut-être que ce qui a marché un peu en Italie et en Allemagne, une politique de l'offre, des baisses des charges, etc. ça pourrait marcher. Mais il manque maintenant à François Hollande les deux ans qu'il a perdus à faire n'importe quoi."

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