3 min de lecture Agression sexuelle

Avec #MeTooGay, les hommes témoignent des violences sexuelles dont ils ont été victimes

À l'origine de cet élan qui s'inscrit dans la lignée de #MeToo : des accusations de viol à l'encontre d'un conseiller de Paris et de son compagnon.

Avec le hashtag #MeTooGay, les hommes gays témoignent des violences sexuelles dont ils ont été victimes.
Avec le hashtag #MeTooGay, les hommes gays témoignent des violences sexuelles dont ils ont été victimes. Crédit : Unsplash/@burningparrot
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

Tout est parti d'un témoignage. Jeudi 21 janvier, un utilisateur Twitter accuse nommément Maxime Cochard et son compagnon Victor Laby de viol. Le premier est conseiller de Paris, les deux militent au Parti communiste français (PCF). Les réactions sont immédiates : une vague de soutien et de récits similaires submerge le réseau social avec un hashtag, #MeTooGay.

Le hashtag en lui-même n'est pas né de ce témoignage, mais remonte au mois de septembre dernier. Sur Vice, le journaliste homosexuel Matthieu Foucher raconte les agressions sexuelles dont il a été victime de la part d'autres hommes et s'interroge : après le célèbre mouvement #MeToooù est le #MeTooGay ? L'article, rédigé à la première personne, est largement partagé sur les réseaux sociaux, mais contrairement à son prédécesseur, le hashtag n'a que très peu d'écho. 

Ce n'est qu'aujourd'hui, quelques jours après le #MeTooInceste dont se sont emparées les victimes d'inceste dans la lignée de l'affaire Duhamel, que le #MeTooGay connaît son véritable élan. Comme souvent, il met en lumière les dynamiques de pouvoir et de domination à l'œuvre dans les actes de violences sexuelles.

Je vois à quel point ces personnes prennent de plus en plus d'importance (...) c'est insupportable

@TT_Guillaume
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Il est l'heure du déjeuner jeudi 21 janvier quand le compte @TT_Guillaume publie une série de tweets précédée de la mention "[TW : Viol]" pour alerter sur le sujet sensible qui suit ("TW" signifie "Trigger warning", qui peut être traduit par "avertissement"). 

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"Après plus de 2 ans sans savoir mettre les mots sur ce qui m'est arrivé, je me rends compte que j'ai été violé par Maxime Cochard, conseiller de Paris et son compagnon Victor Laby en Octobre 2018 alors que je n'avais que 18 ans et étais particulièrement vulnérable", écrit Guillaume. "Je décide d'en parler publiquement car je vois à quel point ces personnes prennent de plus en plus d'importance au sein du PCF et de responsabilités à la Ville de Paris, et à mes yeux c'est insupportable."

Quelques heures après, Maxime Cochard, conseiller de Paris communiste, publie un court communiqué sur le même réseau social. Il y nie les allégations portées à son encontre et à celle de son compagnon. "Il s'agit d'une accusation totalement fausse", écrit-il. "Compte tenu de la gravité de tels propos et de leur caractère calomnieux, j'ai donné instruction à mon avocat d'engager immédiatement une action judiciaire en diffamation". Un message partagé par son compagnon Victor Laby sur son propre profil.

Soutien et témoignages

Dans la soirée le PCF Paris réagit, apportant son soutien à la victime. "Dans l'attente d'une décision de justice, comme nous en avons la pratique, des responsables du dispositif 'Stop Violences' du PCF n'appartenant pas à notre fédération, prendront en charge le suivi de ces accusations", écrit le parti dans un communiqué partagé par de nombreux élus. Maxime Cochard et son compagnon, informe le texte, ont par ailleurs été priés de se mettre en retrait de leurs fonctions.


Au moment de la publication du communiqué, le hashtag #MeTooGay est déjà un des sujets les plus discutés sur Twitter - il est même en tête du classement à l'heure où ces lignes sont écrites. Encouragé par cette première dénonciation, les hommes témoignent les uns après les autres des violences sexuelles qu'ils ont subies de la part d'autres hommes. Parfois dans l'enfance, parfois plus tard, parfois les deux. 

Une prise de conscience qui s'opère au prix d'un processus d'autant plus long dans le cas des hommes, puisque ancré dans la stigmatisation de l'homosexualité. C'est ce qu'explique Jean-Baptiste, interrogé par Matthieu Foucher dans son article précurseur. "C’est lié au fait de réveiller la honte, explique-t-il, on n’a pas envie de donner des clefs aux homophobes qui veulent voir chez nous une sexualité de personnes victimes, de personnes blessées qui vont mal et reproduisent des schémas destructeurs." 

À cet égard, #MeTooGay apparaît comme un mouvement salvateur. Depuis vendredi matin, on observe même des témoignages rédigés en anglais, signe que l'élan dépasse les frontières françaises. Les organisations féministes comme #NousToutes ont également apporté leur soutien au mouvement. "Nous vous croyons. Vous n'y êtes pour rien. C'est lui le coupable. Soutien total, votre courage est immense !" a tweeté le collectif.

Du côté du gouvernement, les ministres Élisabeth Moreno et Marlène Schiappa ont aussi toutes deux réagi en saluant la libération de la parole nécessaire permise par le hashtag. L'ex-ministre chargée de l'Égalité et sa successeure ont toutes deux tweeté, insistant sur la nécessité d'écouter les victimes, et les encourageant à signaler les violences décrites dans leurs tweets.

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