5 min de lecture Attentats à Paris

Attentats à Paris : la sœur d'Antoine Griezmann se confie sur sa soirée au Bataclan

Dans un entretien exclusif au "New York Times", l'aînée de l'attaquant star des Bleus raconte comment elle a survécu à l'attaque du Bataclan qui a fait 90 morts. Elle évoque aussi sa relation de complicité avec son frère.

Le Bataclan a été le théâtre de l'attaque la plus sanglante avec un bilan provisoire de 82 morts vendredi 13 novembre 2015
Le Bataclan a été le théâtre de l'attaque la plus sanglante avec un bilan provisoire de 82 morts vendredi 13 novembre 2015 Crédit : FRANCOIS GUILLOT / AFP
Anne-Sophie Blot
Anne-Sophie Blot

Huit mois après les attentats du 13 novembre qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis, la sœur d'Antoine Griezmann se confie pour la première fois sur sa propre expérience, dans un entretien exclusif au New York Times. La jeune femme était en effet au Bataclan le 13 novembre, pendant que son frère Antoine jouait avec les Bleus au Stade de France, lors d'un match amical contre l'Allemagne. 

Alors que son frère est devenu, en quelques semaines, un héros national grâce à ses performances au sein de l'équipe de France lors de l'Euro, sa sœur aînée, qui est aussi son agent, sort du silence pour évoquer des moments douloureux. Pour le journal américain, elle revient sur le déroulé des événements. Vers 21h ce vendredi 13 novembre, alors que le concert des Eagles of Death Metal débutait au Bataclan, elle avait laissé son téléphone portable de côté. Pour cette raison, elle n'a pas vu sur les réseaux sociaux que son frère, comme les autres footballeurs, a été interrompu dans son match après une explosion à l'extérieur du Stade de France vers 21h20, provoquée par deux kamikazes. Elle n'a pas non plus appris que les complices de ces terroristes venaient d'attaquer à la Kalachnikov plusieurs terrasses dans le centre de Paris.

Clouée au sol avec son compagnon et une inconnue

Alors qu'elle était loin d'imaginer les événements qui venaient de frapper la capitale, Maud Griezmann a été elle-même victime du terrorisme, comme les autres spectateurs présents ce soir-là au Bataclan. "Au début, nous avons pensé que c'était une farce, une plaisanterie, raconte-t-elle au New York Times au sujet des premiers bruits de balles qui ont résonné dans la salle. Nous avons pensé que cela faisait partie du concert. Puis nous avons entendu les cris."

Elle et son petit ami, Simon Degoul, ont été poussés vers le coin droit à l'avant de la salle, au bord de la scène, tandis que trois terroristes faisaient irruption dans le Bataclan avec des fusils d'assaut et des grenades. Comme beaucoup d'autres personnes, le couple s'est jeté au sol pour tenter d'éviter les balles. Une femme est tombée entre eux. Maud Griezmann donne les détails de cette longue et terrifiante attente. La dureté du sol contre sa joue, ses efforts désespérés pour ne pas regarder ce qui se passait autour d'elle, et surtout pour ne pas bouger. "Si vous bougiez, vous étiez tués, explique-t-elle. Une personne à côté de moi s'est déplacée et ils lui ont tiré dessus. Ils lui ont tiré dessus et je l'ai juste entendu retomber au sol."

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Maud Griezmann raconte qu'elle ne se souvient pas précisément de la femme qui se tenait à ses côtés pendant l’horreur. Blonde ou brune, grande ou petite... Rien. Elle ne sait pas son nom ni son âge. Tout ce dont elle se souvient, ce sont les mains de cette femme. Elle en a tenu une, son compagnon Simon Degoul tenait l'autre. Alors que les terroristes accomplissaient leur macabre tâche sur la mezzanine et dans la fosse du Bataclan, Maud Griezmann, son compagnon et la femme ont enfoui leurs visages dans le sol, fermant les yeux et tenant leur corps aussi immobiles que possible, en faisant juste d'infimes mouvements avec leurs mains. Ils ont ainsi communiqué pendant 90 minutes, par de faibles compressions des doigts. "C'était le seul moyen de se dire les uns aux autres que nous étions encore en vie, rapporte-t-elle.

"Je ne pense plus au football"

Aujourd'hui, la jeune femme de 28 ans aux cheveux rouges sourit beaucoup, rapporte le journaliste du New York Times qui l'a rencontrée à Mâcon, la ville d'origine de la famille Griezmann. Elle parle avec joie de sa famille, de ses voyages et de ses tatouages, dont l'un représente la date de naissance de son frère Antoine, son cadet de trois ans. Pendant l'entretien, elle est secouée d'émotion à l'idée du match Allemagne-France de ce jeudi pour la demi-finale de l'Euro. Les Français et les Allemands se retrouveront en effet sur le terrain pour la première fois depuis le 13 novembre. "Je ne pense plus au football depuis ce qui est arrivé. J'essaie de ne plus y penser du tout", confie Maud Griezmann. 

Depuis les attentats, elle n'est pas allée voir de thérapeute. Elle n'a parlé de cette soirée avec son frère Antoine qu'une seule fois, après quoi ils ont décidé ensemble qu'il valait mieux aller de l'avant. Mais la jeune femme ne refuse pas d'évoquer ses souvenirs, même s'ils sont partiellement flous. Elle ne se souvient pas du nombre d'assaillants au Bataclan, ni où ils se tenaient, ni ce qu'ils criaient. Elle se rappelle qu'elle était surtout effrayée par le silence que par le bruit des balles, d'avoir ôté ses Dr. Martens pour pouvoir courir plus vite et de son sprint vers la porte de sortie où la police est finalement arrivée. 

Ensuite, elle a attendu dans une cour près du Bataclan avec d'autres survivants, tandis que les forces de police poursuivaient leur opération à l'intérieur. Elle a appelé sa mère avec le téléphone de son compagnon, lui a crié : "Je suis sortie ! Je suis dehors !". Elle a finalement marché pieds nus avec son compagnon pendant 10 ou 15 minutes jusqu'à la place de la République et a supplié un chauffeur de taxi pour qu'il les ramène chez eux, dans une scène improbable. "Mes vêtements étaient couverts de sang. Le chauffeur s'inquiétait pour ses sièges."

Très proche de son frère

Depuis janvier, Maud Griezmann travaille avec son frère Antoine. Elle s'occupe de faire sa publicité. Avec son diplôme en relations publiques, elle l'aide à s'orienter vers les meilleurs partenaires, surtout depuis que la célébrité de l'attaquant a pris de l'ampleur avec l'Atlético Madrid, présent en finale de Ligue des Champions. Le frère et la sœur ont toujours eu une relation spéciale depuis leur enfance. Elle le regardait jouer au foot dans la maison familiale de Mâcon, l'a encouragé à gravir les échelons dans les clubs.

Aujourd'hui, ils vivent séparément, lui à Madrid et elle à Paris, mais se voient régulièrement. Maud sera dans les tribunes du Vélodrome avec sa famille jeudi, pour encourager Antoine et les Bleus face à l'Allemagne. La grande sœur de l'attaquant français annonce aussi qu'elle sera présente au Stade de France dimanche, pour la finale, très confiante sur les chances de la France de gagner l'Euro

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