6 min de lecture Attentat à Nice

Attentat à Nice : déséquilibré ou terroriste... Mystère autour des motivations de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel

ÉCLAIRAGE - Le profil du tueur qui a fauché au moins 84 personnes sur la Promenade des Anglais à Nice divise le gouvernement.

La carte d'identité du terroriste de Nice : Mohamed Lahouaiej Bouhlel
La carte d'identité du terroriste de Nice : Mohamed Lahouaiej Bouhlel Crédit : Shutterstock/SIPA
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Quatre jours après le massacre de Nice, la France s'est figée en faisant une minute de silence en hommage aux victimes. Manuel Valls a été hué lors de la cérémonie par les personnes présentes qui ont crié "assassin" et "démission". Le coup de canon qui marque officiellement le début de la minute de silence a fait cesser les huées qui ont ensuite repris à la fin de l'hommage.

Le tueur a été identifié comme étant Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien de 31 ans vivant à Nice depuis plusieurs années. Sa carte d'identité avait été retrouvée à l'intérieur du camion blanc de 19 tonnes, dont il s'est servi pour faucher la foule sur deux kilomètres. Il a été identifié comme étant le tueur qui a causé la mort d'au moins 84 personnes, blessé 74, dont 28 sont "en réanimation" (pour 58 hospitalisés), comme l'expliquait François Molins, le procureur de la République, ce lundi 18 juin. Sept personnes ont été interpellées et placées en garde à vue. Sa femme - le divorce n'a pas été prononcé -, a été relâchée au terme d'un interrogatoire de 48 heures.

Deux jours après l'attentat, Daesh a revendiqué l'attaque menée par "un soldat" qui "a exécuté l'opération en réponse aux appels lancés pour prendre pour cible les ressortissants des pays de la coalition" qui combat l'organisation jihadiste, explique le communiqué mis en ligne par l'agence de propagande Amaq. Le point central de l'enquête concerne la personnalité de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. Ce Tunisien de 31 ans, abattu par les forces de l'ordre au terme d'une sanglante course sur la Promenade des Anglais à Nice, était inconnu des services antiterroristes.

Un homme "atteint d'une maladie vraiment très grave"

Dès le lendemain de l'attentat, les premières informations sur le terroriste filtrent. Il n'était pas fiché 's' et ne faisait pas l'objet d'un signalement pour radicalisation. Il était cependant connu de la justice pour des "faits de menaces, violences, vols et dégradations commis en 2010 et 2016". Dans un document RTL, le père de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel met en avant les troubles psychiatriques de son fils. Il se base ainsi sur une ordonnance datée de 2004. "Il a passé des périodes difficiles. Je l'ai emmené chez un psychiatre, il a pris ses traitements et il a dit qu'il était atteint d'une maladie vraiment très grave".

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Ses voisins le décrivent comme un homme dangereux, violent, qui battait sa femme et ses trois enfants. "Il n'habite même plus ici. Depuis qu'il s'est séparé de sa femme, je ne l'ai pas croisé (...) C'est un fou. Il battait sa femme. Ses enfants étaient traumatisés", raconte une voisine. Le profil du tueur reste flou et met dans l'embarras le gouvernement. Manuel Valls, invité chez France 2, indique que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel est "un terroriste sans doute lié à l'islamisme radical d'une manière ou d'une autre". 

Tandis qu'au même moment, Bernard Cazeneuve expliquait sur TF1 : "Nous avons un individu qui n'était pas du tout connu des services de renseignement pour des activités liées à l'islamisme radical, qui n'était pas fiché 'S'. L'enquête montrera si cet individu a agi à la demande d'autres individus, s'il a agi, actionné par les messages continus de Daesh qui appellent et provoquent au crime parce qu'il y avait chez lui un déséquilibre. On verra s'il avait un réseau relationnel ou pas".

Une radicalisation faite "très rapidement"

La revendication de Daesh change quelque peu le profil du terroriste. L'exploitation de son téléphone ainsi que son matériel informatique permettra peut-être d'en savoir plus sur d'éventuels liens avec d'autres jihadistes et sur ses motivations. Dimanche, ce n'était pas le cas, selon une source policière. Sur son téléphone, les enquêteurs ont trouvé des SMS envoyés quelques instants avant l'attentat. Le terroriste demandait à de possibles complices de lui apporter "plus d'armes".

Le chauffeur-livreur de 31 ans "semble s'être radicalisé très rapidement", selon Bernard Cazeneuve. Il s'agit d'"un attentat d'un type nouveau", commis par des personnes qui s'engagent "sans nécessairement avoir participé aux combats (en Syrie, ndlr), sans nécessairement avoir été entraînés", a souligné le ministre de l'Intérieur. Une question subsiste : a-t-il agi ou non sur ordre ? "Il a pu décider de passer à l'acte tout seul, de se suicider en faisant le plus de mal possible. Un coup de folie inspiré par la propagande de l'État islamique". François Molins a aussi indique que "depuis huit jours, il s'était laissé pousser la barbe, expliquant (...) que la signification était religieuse".

Un acte prémédité

Autre information : "Il a vidé son compte en une semaine et vendu sa voiture la veille du 14 juillet et il a déclaré sa radicalisation à son entourage", explique une source au Journal du Dimanche. Cependant, aucun drapeau de Daesh ou de testament n'a été laissé par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, à ce stade l'enquête, souligne le journal qui précise que aucun contact avec la Syrie n'a été établi. 

Selon le procureur François Molins, le tueur aurait dû rendre son engin le 13 juillet, c'est-à-dire la veille de son action sur la Promenade des Anglais. "Au lieu de cela, comme l'attestent divers éléments techniques, l'ancien chauffeur a effectué ce jour-là, et peut-être même la veille, des repérages afin d'avoir la certitude de faire le maximum de victimes sur le trajet programmé", précise Le Figaro. Selon François Molins, le procureur de la République, le caractère "prémédité" de l'attentat est établi. De plus, il aurait manifesté un "intérêt certain" mais "récent" pour la "mouvance jihadiste radicale". 

Entre le 1er et le 13 juillet, le tueur avait fait des "recherches quasi quotidiennes de sourates du Coran", ainsi que sur les fusillades d'Orlando et de Dallas, et l'attentat de Magnanville dans les Yvelines où deux policiers ont été assassinés. Sur son ordinateur, les enquêteurs ont trouvé des "photos en lien avec l'islam radical, en particulier des combattants arborant le drapeau du groupe terroriste Daesh (...) des couvertures du journal Charlie Hebdo, des photos de Ben Laden et du chef jihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar". Le tueur s'est aussi pris en photo à quatre reprises le 14 juillet sur ou aux abords de la Promenade des Anglais. En amont, il avait auparavant fait des recherches Internet concernant des vidéos d'accidents de voitures avec les mots-clés "horribles accidents mortels" ou "terribles accidents mortels", ou encore "vidéos choc, âmes sensibles s'abstenir".

"Pas de lien" établis entre le tueur et "les réseaux terroristes"

Mais ses intentions restent encore troubles. Quatre jours après la catastrophe, le ministre de l'Intérieur n'évoque toujours "pas de lien" entre le tueur et "les réseaux terroristes", à l'antenne de RTL. "Le mode opératoire" suit "les messages de Daesh (...) On ne peut pas exclure qu'un individu déséquilibré et très violent, et il semble que sa psychologie témoigne de ces traits de caractère, ait été à un moment, dans une radicalisation rapide, engagé dans ce crime absolument épouvantable", explique-t-il.

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