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Avion : Airbus va-t-il profiter de la crise que traverse Boeing ?

ÉDITO - La crise que traverse Boeing incite les compagnies aériennes à se tourner vers Airbus. Mais la crainte d'une avarie technique peut impacter le nombre global de commandes.

Francois Lenglet Lenglet-Co François Lenglet iTunes RSS
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Démission à Boeing : une nouvelle pas si bonne pour Airbus ? Crédit Image : PASCAL PAVANI / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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Martial You édité par Chloé Richard-Le Bris

Muilenburg, PDG de Boeing, ne pouvait plus rester. Il y a une semaine, on apprenait que Boeing suspendait la production du 737-MAX, un tiers de ses bénéfices en 2018, près de 800 appareils cloués au sol, des pénalités à verser aux compagnies qui l'avaient acheté et surtout 346 morts dans deux crashs dont on n'a pas encore toutes les explications.

Une affaire pas si simple pour Airbus. Il est vrai que le monde des constructeurs d'avion se divise encore en 2 aujourd'hui, malgré la montée en puissance progressive des Chinois. Si Boeing est au sol, cela devrait profiter à Airbus. L'avionneur européen va d'ailleurs prendre le large avec 60 % de parts de marché dans les prochains mois. Il signe une très belle année commerciale avec 20.000 avions vendus depuis 50 ans, depuis sa création, et plus de 1.000 commandes au compteur cette année, ce qui est arrivé 5 fois seulement dans son histoire.

Mais le monde de l'aérien, c'est un peu comme celui des grands bateaux transatlantiques, on n'embarque pas un lapin à bord, ça porte malheur. Le naufrage de l'un ne vous immunise pas pour autant. Souvenons-nous des sondes Pitot. Airbus a aussi connu des crashs et des avaries techniques. Quand vous avez deux acteurs qui dominent le marché, une avarie technique qui cause des accidents mortels et qui oblige à laisser les avions au sol, cela crée un doute, un attentisme, une suspicion qui peut limiter le nombre global de commandes.

L'aéronautique, c'est un marché en tension comme les chantiers navals. Aujourd'hui, les commandes signées par Airbus seront livrées en 2024, difficile de produire plus vite et difficile pour des compagnies qui n'achètent pas un 737 de se rabattre au dernier moment sur un A320, même si on a vu des compagnies américaines comme American Airlines ou United Airlines se tourner vers Airbus ces derniers mois parce que les difficultés de Boeing ont eu un effet collatéral.

Boeing fait 30 000 personnes en France

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Le groupe américain a stoppé aussi les investissements de ses programmes à venir pour gérer uniquement le dossier 737. Le nouvel avion de taille intermédiaire, le programme NMA, New Midsize Aircraft, est gelé. Les deux compagnies américaines ont donc choisi dans le catalogue d'Airbus faute de visibilité chez Boeing.

À moyen terme, les difficultés de Boeing ne sont pas forcément une bonne nouvelle pour Airbus ou pour l'aéronautique française parce qu'on va affaiblir aussi un savoir-faire en France. On voit toujours le duel Airbus-Boeing comme un duel États-Unis-Europe, mais sur le programme 737-MAX, vous avez des centaines d'entreprises tricolores. On les appelle la "Boeing French Team". 

Sur le 737, le moteur est made in France, il est signé Safran avec des pièces qui proviennent aussi de chez l'auvergnat Aubert & Duval, ça ne sonne pas très Seattle. Les sièges sont signés Zodiac, les pneus sont des Michelin, les pièces en plastique thermoformées et composites sont fabriqués par Saint-Gobain, les capteurs, le système de surveillance, les stores du cockpit, les balises de détresse, tout ça vient de chez nous. Boeing fait travailler de façon directe et indirecte 30.000 personnes en France. 

Airbus, la valeur refuge

Airbus est la valeur refuge et cela risque de durer quelque temps encore. La gamme A320-B737, c'est 70% des ventes d'avion, donc si on manque de 737, on peut imaginer qu'on va se rabattre sur des 320. Les difficultés actuelles de Boeing, ce sont les problèmes de demain aussi pour Boeing. Aujourd'hui, le groupe de Seattle est obligé de stopper des programmes d'avenir, de réduire un peu ses investissements. Les banquiers américains ont établi que le dossier 737 coûtait 2 milliards par mois au groupe depuis mars dernier. C'est colossal.

Et puis c'est symboliquement aussi un camouflet pour l'Amérique Great Again de Donald Trump. Il avait augmenté les droits de douane de 10% sur les avions pour protéger son industrie. Christian Scherer, directeur commercial d'Airbus avait eu cette expression : "On retrouve encore les empreintes digitales de Boeing sur cette décision de Donald Trump". Aujourd'hui, les compagnies aériennes américaines l'invitent sans doute, le président américain, à regarder avec bienveillance du côté de l'usine d'assemblement de Mobile en Alabama, l'usine Airbus.

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