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L’arénicole, source d'une "découverte aussi importante que la pénicilline", clame le Pr Lantieri

INVITÉS RTL - Franck Zal, pdg et fondateur d'Hémarina, et le professeur Laurent Lantieri parlent d'un ver marin qui contient une molécule capables de miracles en terme d'oxygénation. Il suscite de grands espoirs.

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Franck Zal et Laurent Lantieri étaient les invités de RTL du 30 mars 2020 Crédit Image : PATRICK KOVARIK / AFP | Crédit Média : RTL | Durée : | Date : La page de l'émission
Aymeric Parthonnaud
Aymeric Parthonnaud
Journaliste

Tout a commencé avec un petit animal qui pourrait aisément passer inaperçu. "J'ai été 15 ans au CNRS et je me suis intéressé à la respiration d'un ver marin que tout le monde connaît, qui laisse des petites trace sur sur le sable des plages commence Franck Zal, docteur en biologie marine. Je cherchais à savoir comment ce ver était capable de respirer entre la marée haute et la marée basse. J'ai découvert chez ce ver une hémoglobine extracellulaire, l'ancêtre de nos globules rouges. Cette molécule n'est pas nos globules et elle a la possibilité de lier 40 fois plus d'oxygène", s'émerveille le biologiste.

"Ce ver a 450 millions d'années. Cette molécule est universelle, elle peut servir dans pas mal d'applications. La première qu'on a utilisé c'est pour la greffe pour maintenir des greffons en attente de transplantation. Les résultats ont été publiés dans le Journal of American Transplantation, nous avons montré que ces organes repartaient trois fois plus vite avec ce transporteur d'oxygène que dans les conditions classiques", complète le chercheur au micro de RTL.

Le professeur Lantieri, qui s'est fait connaître pour ses greffes notamment du visage, a utilisé cette molécule dont le nom commercial est "HEMO2life". "Les résultats ont été tout à fait spectaculaires. J'ai dit clairement que je ne ferai plus de greffes sans cette molécule. (...) C'est comme si le greffon n'était jamais sorti du donneur, comme s'il n'y avait eu que quelques minutes sans oxygène. C'est extraordinaire", s’enthousiasme le chirurgien.

"Je pense que c'est une découverte absolument majeure, au moins aussi importante que la pénicilline. La pénicilline venait d'un champignon et là on prend un ver. Ce n'est pas en rupture par rapport à ce que l'on connaît. Le protocole a été approuvé par l'Agence du médicament et hier le Comité de protection des personnes s'est réuni et si la réponse est positive les molécules partiront aujourd'hui pour un premier essai. Mais je ne voudrais pas crier victoire maintenant. Ce n'est qu'un essai, c'est quelque chose de disruptif", prévient le Pr Lantieri. 

Des "respirateurs moléculaires"

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Ce petit animal tient cette molécule de ses talents d'apnéiste. "On a montré que le ver respirait uniquement quand il était sous l'eau en tirant les molécules d'oxygène de l'eau de mer. Quand il est sur le sable à marée basse, le verre arrête de respirer et il vit sur son stock d'oxygène qu'il a fixé sur ses petites molécules, explique Franck Zal. Maintenant, allons dans un bloc opératoire. Le chirurgien prend un greffon sur un donneur. Le greffon est connecté, il est oxygéné, tout comme mon arénicole qui est sous l'eau. On lui met ces petites molécules d'oxygène qui lui permettent d'attendre la connexion à marée haute à qui la greffe faite par le chirurgien."

Quels peuvent être les usages de cette molécule ? Pourrait-on imaginer cette super-hémoglobine dans l'arsenal des réanimateurs qui luttent face à l'épidémie de Covid-19 ? "Les réanimateurs savaient mieux que moi qu'on allait se retrouver dans des situations où on n'aurait peut être pas assez de respirateurs, note le Pr. Lantieri. Pour l'instant, on tient le coup, mais on ne sait pas combien de temps on va tenir. D'où l'idée de dire peut-être que si on utilise cette molécule, eh bien, on pourra oxygéner des patients sans avoir recours à un respirateur. Peut être pas tout le temps, mais quelques heures et c'est quelques heures ou quelques jours qui nous permettent de gagner du temps. Et le temps, c'est extrêmement important dans cette bataille."

"Alors au début, lorsque j'ai présenté cette idée qui était un peu iconoclaste. Et puis, d'un seul coup, les réanimateurs se sont emparés de cette idée. (...) Ils sont au front. Il y a les professeurs Alain Combes et Jean-Michel Constantin de la Pitié-Salpêtrière et le professeur Bernard Cholet à l'hôpital Georges Pompidou, où je suis. Nous allons donc faire un essai qui est un essai très particulier. On va d'abord, si on a toutes les autorisations et on attend encore la dernière aujourd'hui, s'occuper des patients les plus graves. (...) Il y a des critères extrêmement stricts d'éligibilité

En résumé, cette molécule est une sorte de respirateurs moléculaires. "Au lieu de brancher une personne sur une machine, cette molécule peut jouer le rôle d'oxygène en transportant ces molécules d'oxygène et en les délivrant aux tissus qui en ont besoin", explique de scientifique. "Nous avons 5.000 doses qui sont présentes dans notre laboratoire. Tout simplement parce qu'on avait prévu de faire un autre essai sur la transplantation. Et donc, nous, on a mis à disposition ces produits là par solidarité avec ce qui se passe aujourd'hui pour traiter ce syndrome de détresse respiratoire. On est, on serait en capacité, donc en fonction des résultats, de pouvoir produire 15.000 doses supplémentaires si les essais sont concluants."

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