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Coronavirus : pourquoi la France est épinglée pour sa mauvaise gestion de l'épidémie

Disponibilité des masques, déploiement des tests, le groupe d'experts mandaté en juin dernier par Emmanuel Macron relève dans un rapport du mardi 13 octobre des "défauts manifestes d'anticipation, de préparation et de gestion" de la crise sanitaire.

Emmanuel Macron, le 1er octobre 2020
Emmanuel Macron, le 1er octobre 2020 Crédit : ARIS OIKONOMOU / AFP / POOL
Sarah Ugolini
Sarah Ugolini
et AFP

Alors qu'Emmanuel Macron s'apprête à faire de nouvelles annonces ce mercredi 14 octobre, face au rebond de l'épidémie, sa gestion de la Covid-19 est pointée du doigt. La mission d'évaluation de la gestion de la crise du coronavirus, mandatée en juin par le chef de l'État lui-même, a pointé mardi 13 octobre dans un rapport d'étape des "défauts manifestes d'anticipation, de préparation et de gestion" dans les aspects sanitaires.

Disponibilité des masques, déploiement des tests, coordination entre les différents acteurs et déclin de la priorité accordée à la prévention constituent autant de points faibles dans les décisions prises ces derniers mois. C'est ce que pointe le groupe de cinq experts présidé par l'infectiologue suisse Didier Pittet, qui remettra son rapport final au mois de décembre.

Les "principaux constats" ont été réunis dans un rapport d'étape "pour donner des conseils qui puissent être utiles éventuellement en ce moment", a expliqué le Pr. Pittet au cours d'une conférence de presse, alors que la France connaît une nette recrudescence de l'épidémie et que le président de la République s'exprimera ce mercredi soir, sans doute pour annoncer de nouvelles mesures.

Un "retard d'appréciation" sur la gravité de la crise

Ce premier rapport "pointe des erreurs", mais "c'est précisément pour cela que le président de la République l'a demandé. Pour (...) qu'on sache, à la lumière de ce qui nous a fait défaut, ne plus reproduire les mêmes erreurs", a assuré l'Élysée .

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Comparée à ses voisins européens, la France occupe "une position intermédiaire" en matière d'excès de mortalité, mais "présente une chute de PIB particulièrement forte", liée "pour l'essentiel à l'intensité des mesures de confinement", constate la mission.

Pour apprécier la sévérité de l'épidémie, le rapport calcule notamment que la France est restée pendant 68 jours au-dessus du seuil d'un décès lié à la Covid-19 par million d'habitants, contre 44 jours en Allemagne, mais 97 en Italie, 100 en Espagne et 183 aux États-Unis. Parmi les points faibles, "la dynamique de l'épidémie a pris de vitesse" les systèmes de surveillance sanitaire, entraînant un "retard d'appréciation" sur la gravité de la crise, estime le rapport.

"Retard dans le déploiement (des tests) à grande échelle"

"Les capteurs de détection (...) n'ont pas bien fonctionné", résume Didier Pittet : l'envolée du nombre de contaminations n'a pas été repérée et c'est seulement lorsque les patients ont afflué dans les réanimations que l'on a pris la mesure de l'ampleur du problème.

En matière de tests de dépistage, les experts font à leur tour le constat d'un "retard dans leur déploiement à grande échelle", en particulier par rapport à l'Allemagne, qui s'explique en partie parce que la France n'avait "pas l'habitude d'associer les laboratoires de biologie privée à la stratégie". C'est ce qu'a expliqué au cours de la conférence de presse Pierre Parneix, membre de la mission d'évaluation.

Le médecin de santé publique au CHU de Bordeaux regrette aussi le faible nombre d'"épidémiologistes de terrain" qui auraient été utiles pour un meilleur contrôle des chaînes de transmission du coronavirus. 

"La communication gagnerait à être améliorée"

La mission estime aussi que "la communication gagnerait à être améliorée", déplorant "un manque de pédagogie sur la pertinence des mesures mises en oeuvre, un appel réduit à la responsabilité des citoyens et une communication insuffisamment tournée vers les jeunes".

En revanche, la "gestion des conséquences économiques" de la crise sanitaire "apparaît satisfaisante" selon la mission, l'emploi ayant notamment "bien résisté" au regard de l'ampleur du choc sur l'activité économique, "grâce aux dispositifs d'activité partielle".

Autre satisfecit : le système hospitalier "a tenu" en France, "contrairement à d'autres endroits", souligne le Pr. Pittet. Mais l'"effort considérable d'adaptation et de mobilisation" fourni par les professionnels de santé "n'est pas forcément aisément renouvelable dans les mois à venir", avertit le rapport.

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